Bac 2020 : La volonté et l’action, la porte royale de la réussite

Dr Nesrine Choucri Vendredi 07 Août 2020-16:10:21 Chronique et Analyse
 Bac 2020 : La volonté et l’action, la porte royale de la réussite
Bac 2020 : La volonté et l’action, la porte royale de la réussite

« Que celui qui a réussi, lève le doigt », retentit la voix d’Abdel Halim Hafez depuis plus d’un demi-siècle chaque année à l’annonce des résultats du Bac. Pendant un moment, cette année, on se demandait si la voix d’Abdel Halim allait retentir sur les écrans de télévision et sur les ondes radio ? Est-ce que le coronavirus allait saper une tradition annuelle accompagnée de youyous, joie, stress et espoir ?

Les réponses sont arrivées par la voix du ministère de l’Education quand il a décidé de tenir les examens du Bac 2020 rejetant tout autre scénario et s’engageant fermement à protéger les candidats bacheliers d’Egypte. Promesses faites et tenues, le coronavirus est devenu un obstacle comme tant d’autres que l’on peut surmonter par la bonne organisation et la coopération.

Le marathon annuel du Baccalauréat égyptien - communément appelé « Sanawéya Ama » - fait couler chaque année beaucoup d’encre. Des parents tendus et des élèves stressés sont les principaux protagonistes de cette épreuve annuelle. Le Bac 2020 est une version particulière : les enjeux étaient différents. L’ombre de la crise sanitaire du coronavirus a eu son impact sur la tenue des examens. Dans un premier temps, le ministère ne pouvait que reporter leur tenue, puis le Jour J est arrivé. Entre ces deux périodes, beaucoup de tensions ont été vécues, des tensions parfois infondées, mais compréhensibles. Et le ministère de l’Education et de l’Enseignement a joué un rôle particulier : en plus d’organiser les examens, il est demeuré en contact permanent avec les parents pour rassurer, calmer, voire même guider.

Décidément, les temps ont changé avec la crise du coronavirus, tout a changé. Ainsi, le ministre de l’Education Dr Tarek Chawki devait créer des cellules de crise et d’informations afin de communiquer au maximum avec les parents en vue de les réconforter et de les rassurer. A l’ère de la technologie de pointe, et  du coronavirus, la communication est le mot d’ordre et elle prend des formes diverses : des conférences de presse, des messages via portable, des pages officielles pour chaque ministère sur Facebook. Une évolution que les générations d’antan n’avaient pas vécue : car dans le temps, il fallait attendre le journal de la nuit ou le journal télévisé de 21 heures pour avoir n’importe quelle information. Mais trop de communication permet aussi aux parents de rechigner et de refuser tout le temps. Alors, les parents - qui sont des partenaires dans le processus éducatif - contestent souvent les décisions du ministère de l’Education. En cela, ils sont souvent animés par la peur de voir leurs enfants atteints de coronavirus.

Pourtant, le ministère de l’Education a travaillé de concert avec le ministère de la Santé et de la Population pour garantir le bien-être des candidats bacheliers. Même si au début, le brouhaha de l’inquiétude des parents couvrait les efforts déployés par les deux ministères sécurisant les enfants avec sérieux et dévouement.

Et le coronavirus a bel et bien changé tout le paysage : dans le temps, avant d’aller aux examens, on achetait une nouvelle trousse, des stylos, des crayons, et des gommes. Bref, des fournitures scolaires. Là, les parents ont fait des achats bien différents : masques, visières, gel hydroalcoolique, gants étaient à l’ordre du jour. Des provisions entières avaient été achetées avant les examens pour garantir la protection des jeunes bacheliers. Et les écoles se sont transformées très vite en campement où le thermomètre vous attend à la porte pour vérifier votre température avant de vous donner l’accès à la porte royale des examens.

Dans les médias, de nombreux conseils avaient été donnés pour maintenir les bacheliers en bonne santé : mesures préventives sur le port du masque, lavage de la main, distanciation, utilisation du gel et du savon pour se nettoyer les mains, etc… Même la nutrition des jeunes bacheliers était dans la ligne de mire : fruits, légumes, aliments riches en antioxydants et en vitamines C étaient également fortement conseillés pour améliorer l’immunité.

Autant d’éléments qui inquiétaient les parents : ces derniers ont essayé d’exercer une pression sur le ministère de l’Education pour reporter les examens, mais là, le ministère était assez ferme lorsqu’il a assuré qu’il s’agit d’une décision d’Etat, ajoutant que ce dernier s’engageait à prendre toutes les mesures nécessaires pour garantir aussi bien la sécurité que le confort des candidats bacheliers. C’est ce qui s’est bel et bien réalisé. Le ministère a essayé toutefois de se montrer très flexible, permettant aux élèves inquiets de reporter eux-mêmes leurs examens. Il n’était donc pas possible de supprimer une année en entier pour des bacheliers qui étudient depuis le mois d’août 2019.

Il faut reconnaître que le ministère de l’Education s’est montré très compréhensif à l’égard des candidats bacheliers. En effet, les responsables de l’Education en Egypte se sont rendus compte du fait que les élèves étaient cette année stressés plus que d’habitude. Stressés pour deux raisons principales : les examens du Bac, ce qui est ordinaire, mais aussi le coronavirus. Face à cela, le ministère a cherché à régler au fur et à mesure tous les problèmes notamment quand il y avait des plaintes concernant la difficulté de certaines épreuves. Concernant la gestion du stress et son impact sur la performance des candidats au Bac, les parents avaient une position mitigée. Certains étaient plus stressés que leurs propres enfants, d’autres au contraire cherchaient à calmer, soulager et réconforter. Quant à l’impact, il y avait ceux qui craignaient l’échec ou les mauvaises notes à cause du stress du coronavirus. D’autres au contraire disaient que dès que les jeunes candidats bacheliers se trouveraient face à la copie d’examens, ils oublieraient tout et répondraient aux questions en déployant le maximum d’efforts.

Finalement, l’expérience a bien démontré que les candidats au Bac ont au moment de l’examen oublié quasi-totalement la peur du coronavirus et se sont uniquement focalisés sur leurs examens et leur avenir. De même, les personnes sceptiques assuraient que les examens se tiendront à une phase de pic de la pandémie. Or, les examens ont commencé avec le début de la chute de la courbe. Et les candidats bacheliers ont passé les examens dans des conditions très bonnes leur permettant de poursuivre leur objectif sans problèmes majeurs, ni troubles de santé.

L’expérience des examens du Bac 2020 a également prouvé que les parents sont des partenaires importants dans le processus éducatif et qu’ils ne jouent pas un rôle passif. Au début, leur rassemblement devant les portes des écoles dans l’attente de leurs enfants menaçait de propager le virus davantage, il a fallu que le ministre de l’Education leur lance plusieurs appels et que des mesures draconiennes soient déployées pour que ces derniers soient plus réceptifs et se distancient.

A chaque fois qu’il y avait des difficultés, les responsables ont cherché à les régler par la communication, le dialogue et l’effort. L’expérience des examens du Bac 2020 a - malgré quelques inconvénients - démontré que les gens craignent surtout ce qu’ils ne connaissent pas et qu’ils ont tendance à l’attaquer. Avant la tenue des examens, un stress collectif poussait les uns à parler d’un « suicide ». Or, les faits ont révélé que c’était bel et bien des examens comme tant d’autres, avec un caractère exceptionnel qui a été géré. Tous les problèmes peuvent être gérés tant qu’il y a une nette coopération entre les ministères. Les ministères de l’Education et de la Santé ont su faire appliquer les mesures préventives au sein des écoles et intervenir dans de rares cas d’urgence.

Le peuple est un vrai partenaire actif, son rôle n’est pas seulement de refuser ou de s’opposer, mais parfois, son rôle c’est de respecter au maximum les lois en place.

Cette expérience pourrait vraiment permettre l’application de bien d’autres en cas de seconde vague de coronavirus. L’essentiel est que la volonté de réussir a permis la réussite, et une année de la vie des jeunes candidats au Bac a été sauvée. La volonté et l’action sont réellement la porte royale de l’avenir.

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