Confinement : quel impact positif chez les jeunes 



Ghada Choucri Mercredi 20 Mai 2020-15:05:31 Jeunesse
 Confinement : quel impact positif chez les jeunes
Confinement : quel impact positif chez les jeunes

Voici venu le temps du déconfinement. De toutes parts on entend dire que rien ne sera plus jamais comme avant. Touchés de plein fouet par cette crise sanitaire, les adolescents en sortiront eux aussi changés. Se pourrait-il que ce soit en bien ? Le confinement a-t-il pu avoir des effets positifs ?

Durant de longues semaines, les jeunes se sont adaptés à une nouvelle vie. Coupés physiquement de tout lien social, ils ont dû suivre l’école à la maison, partager le quotidien confinés avec leurs parents, supporter la promiscuité, faire face à l’ennui et à la sédentarité, et parfois affronter des situations familiales tendues… Au-delà des aspects anxiogènes, les jeunes ont pu développer de nouvelles compétences, prendre conscience de certaines valeurs, découvrir un rapport au travail inédit et renouveler leurs relations familiales.

L’école à la maison

« Ma fille n’a pas tellement envie de retourner en classe, souligne Marie-Pierre, mère de Valentine, 15 ans. Pendant le confinement, elle a découvert une nouvelle manière de travailler. Elle se fait des plannings à la journée, semble beaucoup plus volontaire que lorsqu’elle fait ses devoirs en temps normal. Comme elle est en troisième, elle était censée passer le brevet cette année. Je pensais que le fait qu’il soit annulé et que les notes obtenues durant le confinement ne comptent pas la démotiverait. Mais au contraire, ça l’a complètement responsabilisée. Elle a décrété qu’elle travaillait afin de se sentir au niveau lors de sa rentrée en seconde ». Pour certains élèves, ne plus être dans un système scolaire classique a enlevé une certaine rigidité et donné plus de sens à leur travail. Ils ont découvert une nouvelle « liberté » qui les a poussés à sortir de leur zone de confort. Ils ont développé leur capacité à s’organiser, à gérer leur temps, bref, à faire preuve d’autonomie. « Ce que je remarque, c’est que la plupart des élèves apprécient d’organiser leur temps. Les horaires imposés par l’école sont difficiles à supporter pour les adolescents. Ensuite, les bons élèves ont su s’auto-discipliner. Mais il y en a qui ont vraiment laissé certaines matières au bord de la route », précise Sophie, professeure de français dans un lycée lyonnais. À l’occasion de l’école à la maison, des jeunes ont découvert leurs professeurs sous un nouveau jour. Le contact direct par mail ou par téléphone les a rendus plus “humains” et donnait l’impression qu’ils s’intéressaient à eux individuellement. Les jeunes se sont rendu compte des efforts que leurs professeurs faisaient pour s’adapter, être créatifs et leur fournir des contenus et des présentations adaptés à la situation.

Le retour à l’école

Enseignants et élèves ne se considéreront sans doute plus de la même façon, et les ressources développées par certains leur seront toujours utiles. Que restera-t-il de ce nouveau rapport au travail et aux enseignants que certains élèves ont découvert ? L’expérience de l’école à la maison sera-t-elle bénéfique pour l’enseignement « à l’école » ? « Je pense que lorsque nous retournerons au lycée, nous serons à nouveau pris par le temps, la pression, la fatigue… remarque Sophie. Mais malgré tout, cette nouvelle relation qui s’est instaurée avec les élèves peut perdurer. Les échanges par mail ont créé une connivence plus importante qui restera ». « Je crains cependant que cette autonomie acquise – notamment dans les milieux favorisés où le cadre de vie était propice au travail – ne soit pas transposable à l’école, déplore Michel Fize, sociologue, et auteur de L’École à la ramasse. On risque de se retrouver dans une situation compliquée : le système relationnel – entre les élèves et les professeurs – se sera modifié, mais le système institutionnel classique va se remettre en place, sans changement. Il suffit de tendre l’oreille : si les jeunes ont envie de retourner en classe, c’est pour retrouver leurs amis. Avec un bémol probablement pour les élèves de terminale, qui ont pu être perturbés par la fermeture du lycée. D’ailleurs, si les jeunes doivent aller en cours sans que la proximité avec les copains ne soit possible, si l’école ne peut plus remplir son rôle de convivialité, cela risque de ne pas être tenable pour les jeunes »« Je suis bien consciente que les élèves ont d’abord hâte de retrouver leurs copains, reconnaît la professeure de français. Mais je veux croire que la transmission du professeur est plus vivante que les photocopies ! Certains me disent avoir envie de retrouver l’interactivité de la salle de classe et que les cours ‘normaux’ leur sembleront plus intéressants après avoir expérimenté l’école à la maison ».

Les relations familiales

Quoi qu’il en soit, l’école à la maison aura peut-être apaisé les relations familiales, aidant les parents à se détacher de la performance scolaire et à regarder leur enfant avec davantage de bienveillance. Pour une fois, les relations parents/enfants n’ont pas tourné qu’autour des notes. « Les parents auront probablement changé de regard sur leur adolescent à l’occasion du confinement, souligne Michel Fize. Dans les familles où ça se passe bien, les parents ont pu s’apercevoir que leur adolescent ne se résumait pas à de simples notes. Ils ont vu qu’il savait s’organiser, ont pu échanger avec lui et se rendre compte qu’il avait des choses à dire ! Ce confinement a peut-être été l’occasion de découvrir son enfant sous un jour différent  Certains parents ont même appris à connaître leur enfant et à passer du temps avec lui. Discussions, échanges, jeux de société… Autant de moments partagés que le confinement a fait émerger, dans certains foyers. Il faut bien se dire qu’en confinement, ce n’est pas le mode habituel de fonctionnement, on est dans des rapports différents. Lorsque les contraintes extérieures vont à nouveau rentrer dans la maison – les trajets, les horaires, la fatigue –, on peut se demander jusqu’à quel point ces nouvelles pratiques vont perdurer. Mais il y a peut-être un espoir…», suggère le sociologue. Certains parents s’apercevront qu’il aura fallu ce confinement pour apprendre à passer du temps de qualité avec son enfant… Cela pourra aider chacun à revoir ses priorités et à prendre conscience que le retour à la vraie vie ne doit pas empêcher de profiter de moments précieux.

Une nouvelle philosophie de vie ?

Lors du confinement, certains jeunes ont aussi pu appréhender d’autres manières de fonctionner. Ils ont découvert les grands élans de solidarité, certains se sont rendus utiles… ils ont été contraints de ne pas consommer, ou de consommer différemment. Peut-on espérer qu’ils en tirent des leçons de vie positives, avec de nouvelles priorités comme l’envie d’être davantage tournés vers les autres ? « Certains vont sans doute regarder la vie d’une autre manière, suggère Michel Fize.Peut-être mettront-ils des critères différents sur le mot « bonheur ». Mais je crains que les bonnes habitudes ne perdurent pas, sauf si la prise de conscience était antérieure au confinement. Le poids des habitudes est terrible. Comme dans tout, l’exemplarité des parents sera primordiale. Si chacun retourne à sa vie sans plus saluer son voisin, il y a fort à parier que les jeunes en fassent autant. En revanche, il se peut que cette crise sanitaire sans précédent crée une vraie solidarité au sein de cette génération d’adolescents : ils seront ceux qui l’ont traversée, qui ont été confinés, ceux qui n’auront pas passé le brevet, le bac. Il faut dire que nous sommes dans des conditions tellement anormales et surréalistes. Les jeunes vont sans doute en retirer une certaine fierté, un peu comme des anciens combattants, ou ceux qui ont vécu mai 68 », ajoute le sociologue. Il restera aux parents la lourde tâche de les aider à donner du sens à tout ça.

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