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Voyage dans les coulisses de la presse égyptienne

Dr Nesrine Choucri Mardi 08 Mai 2018-13:50:22 Chronique et Analyse
 Voyage dans les coulisses de la presse égyptienne
Voyage dans les coulisses de la presse égyptienne

Le 3 mai, c'est un jour inoubliable pour tous ceux qui prennent leur plume afin de changer le monde autour d'eux. C'est la journée mondiale de la presse. Tous les ans, la Journée mondiale de la liberté de la presse permet de célébrer les principes fondamentaux de la liberté de la presseà travers le monde, de défendre l’indépendance des médias et de rendre hommage aux journalistes qui ont perdu la vie dans l’exercice de leur profession. Le 3 mai a été proclamé Journée mondiale de la liberté de la presse par l’Assemblée générale des Nations Unies en 1993, suivant la recommandation adoptée lors de la vingt-sixième session de la Conférence générale de l’UNESCO en 1991.

 

 

 

La célébration principale de la Journée mondiale de la liberté de la presse 2018 a eu lieu à Accra, au Ghana du 2 au 3 mai. La Journée mondiale de la liberté de la presse 2018 a offert à différents acteurs l’occasion de se pencher sur les interactions entre les médias, le pouvoir judiciaire et l’état de droit, dans le cadre du Programme de développement durable à l’horizon 2030. Les sujets abordés étaient pertinents pour la concrétisation des Objectifs de développement durable DD, en particulier pour l'ODD 16, qui a mis l'accent sur la promotion de sociétés justes, pacifiques et inclusives. L'événement a encouragé la discussion, sensibilisera aux défis actuels liés à la liberté d'expression et promouvra leur compréhension. De plus, l'événement a abordé les progrès réalisés en la matière.

Sur le plan mondial, évidemment, ce fut un événement important. Mais, aussi sur les plans égyptiens et arabes, il y a aussi une célébration importante. Sur le plan arabe, l'Union des Journalistes arabes a assuré que ce jour était important afin de célébrer la presse et garantir la liberté d'accès et d'échange des informations.

En Egypte, la presse égyptienne a une longue histoire qui rappelle la grandeur et la noblesse de ce métier. Nul ne peut nier son rôle en faveur de la patrie d'autant plus qu'elle a toujours assumé la première ligne de défense du pays. Jadis, elle avait permis de s'opposer aux colonisateurs et d'exprimer les aspirations des Egyptiens. En temps de guerre comme de crise, elle a permis de défendre l'Etat et ses intérêts.

Il ne faut pas oublier que l'Egypte a été le premier pays arabe à connaître la publication du journal. Pendant l'Expédition française en Egypte en 1798, Napoléon Bonaparte a fait paraître deux périodiques: le Courrier de l'Egypte et la Décade égyptienne. Mais, après son départ, la publication des périodiques s'arrête, mais pas le projet de presse. En 1819, Mohamed Ali Pacha lance le premier organe officiel «Al-Waqa'ee Al-Masriya» (Les faits égyptiens) en langue arabe et turque. Une grande figure de la scène intellectuelle en Egypte y a collaboré, il s'agit en l'occurrence de Refaa Al-Tahtaoui.

Un Français du nom de Camille Turies a publié le «Moniteur Egyptien» en 1833 qui s'arrête quelques mois après sa création. En 1865, la première revue médicale et gazette militaire ont vu le jour. Puis, le ministère de l'Education et de l'Enseignement a publié son organe «Rawdat Al-Modares» en 1870. C'est avec le libéralisme du khédive Ismaïl que l'on voit apparaître en 1876 le fameux «Al-Ahram» (Les Pyramides) à l'initiative des deux frèresTékla.

Etant le premier pays arabe à avoir eu sa presse, elle est également le pays arabe qui s'est sérieusement occupé de la formation professionnelle des journalistes. Ainsi, en 1937, l'Université Américaine au Caire a créé une filière de journalisme. Deux plus tard, l'Université du Caire lance l'Institut supérieur du Journalisme qui a été transformé en Faculté de Communications de Massesen 1971.

C'est aussi le pays qui a défendu l'instauration du premier Syndicat des journalistes dans le monde arabe. Le Syndicat des journalistes est officiellement né en 1941, mais c'était le fruit d'une longue lutte pour faire triompher les droits des journalistes.Suite à la demande présentée par l'ancien premier ministre Ali Maher à la Chambre des Députés, ledit syndicat a été officiellement formé le 31 mars 1941. La création du syndicat est le couronnement des efforts des pères spirituels de la presse égyptienne. Car, le premier syndicat a été fondé en 1912, mais à l'époque, le syndicat était encore «en voie de fondation». Il s'agissait des propriétaires d'un nombre de journaux qui ont pris cette initiative.

Ensuite, le premier ministre a décidé le 27 novembre 1939 de soumettre la loi pour la création du syndicat au Parlement. Deux ans de débat avant qu'elle ne soit votée en 1941. La première assemblée générale s'est tenue au mois de décembre de la même année. A l'époque, le syndicat n'avait pas encore un siège. Les réunions se tenaient dans les maisons de presse lesquels sont Al-Ahram, Al-Balagh et Al-Masri.

Une longue histoire qui fait de la presse égyptienne, héritière d'un parcours long et noble. D'ailleurs, c'est un des rares pays où des journaux sont publiés en diverseslangues: arabe, français, anglais et même italien. Dans le passé, comme au présent, la presse en langue étrangère notamment francophone avait sa place très importante. Le Progrès Egyptien a, derrière lui, de longues années d'histoire: plus de 130 ans. D'abord, fondé le 4 juillet 1868 à Alexandrie, il sera publié jusqu'en 1870. Un nouveau journal est fondé par le grec EteoclisKyriacopoulo en 1893. La presse d'expression francophone demeure jusqu'à nos jours au centre d'intérêt des lecteurs comme des institutions officielles d'Egypte.

A cette occasion, les députés de l'Egypte ont salué la presse assurant que ce jour estimportant pour célébrer la liberté de la presse. En effet, le secrétaire de la Commission de la Culture et des Médias au Parlement, le député Dr Nader Mostafa a dit: «Je souhaite voir la presse égyptienne réaliser davantage de réussite, rappelant qu'elle est passée par d'innombrables défis et difficultés au cours de la dernière période, notamment la hausse des prix d'imprimerie et la baisse de la distribution».

Mostafa a ajouté que le journaliste continuait à assumer la responsabilité de la patrie, le comparant à un «soldat qui porte son arme (le stylo) pour défendre sa patrie».

Le député GalalAwarah, adjoint de la Commission de la Culture et des Médias, a félicité les journalistes égyptiens en ce jour, assurant que la nouvelle loi sur la presse et les médias verra bientôt le jour. Et de renchérir:«Cette loi constitue un devoir envers la presse et les médias pour réglementer la profession et faciliter l'accès des journalistes aux informations.»

 

Quelques figures de la presse égyptiennes :

Quelques figures de la presse égyptienne sont incontournables en parlant de la Journée internationale de la presse. Ces noms vont demeurer gravés par des lettres en or dans l'histoire journalistique d'Egypte. Il s'agit en l'occurrence de Mohamed Al-Tabeï, Mostafa Amin, Ali Amin et Rosa El-Youssef. D'autres noms sont aussi importants et inoubliables.Les quatre noms sont liés l'un à l'autre et parler de l'un signifie inéluctablement de citer l'autre.

Fatma El-Youssef compte parmi les pionniers de l’investissement en Egypte. Pour elle, l’investissement n’était pas des transactions commerciales qui peuvent lui rapporter de l’argent. Fatma El-Youssef est allée plus loin que tous. Elle a investi dans le domaine culturel et intellectuel par la création de son fameux magazine «Rosa El-Youssef». Consciente de l’importance que joue la culture dans le façonnement de l’esprit de l’homme, elle s’est élancée dans le journalisme. Un journalisme singulier et de qualité. Le magazine est né grâce à la coopération fructueuse entre Fatma El-Youssef et le jeune journaliste talentueux Mohamed Al-Tabeï. Cet homme est considéré de nos jours le père spirituel de la presse égyptienne vu qu’il a mis en place une école journalistique très singulière. Pénétrer de plein pied la scène de la presse était difficile pour les hommes puissants. Alors qu’en est-il pour les femmes? La présence d’Eve était inacceptable d’autant plus que la presse était une vraie jungle et une terre fertile pour les conflits politiques et sociaux. Une fois de plus, Fatma El-Youssef n’a pas hésité à faire déplacer des montagnes pour réaliser ses desseins. Le premier numéro de Fatma El-Youssef est paru le 26 octobre 1925. La démocratie est une valeur authentique pour Fatma El-Youssef qui a rédigé l’éditorial du premier numéro. Effectivement, elle a publié dans ce premier numéro un article du grand écrivain Ibrahim Abdel-Qader El-Mazni dans lequel il réclame à Fatma El-Youssef de quitter le monde de la presse et de rejoindre ses collègues sur les planches du théâtre.

Al-Tabeïa pris sous sa protection le jeune Mostafa Amin et son frère Ali Amin qui deviendront plus tard les fondateurs de la maison de presse d'Al-Akhbar. Jusqu'à nos jours, ces quatre noms demeurent les plus importants dans l'histoire de la presse égyptienne et arabe.

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