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« Le Fils de Sofia », sentiments d’un enfant perdu

Hala El-Maoui Vendredi 22 Juin 2018-15:35:26 Art
« Le Fils de Sofia », sentiments d’un enfant perdu
« Le Fils de Sofia », sentiments d’un enfant perdu

Nombreuses étaient les réalisatrices qui ont donné la parole aux enfants pour décrire le monde à partir de leur imaginaire dans la 21 ème édition du Festival Flying Broom qui a baissé ses rideaux récemment à Ankara.  « Le Fils de Sofia » comme exemple.

« Le Fils de Sofia » de la réalisatrice Elina Psykou produit en 2017 et projeté dans les compétitions de plusieurs festivals internationaux a remporté le prix de meilleur long métrage de fiction au Festival International de Tribeca.

L’Histoire :

Le film s’ouvre sur l’image rapprochée d’une grande peluche dans un aéroport. Nous voyons le petit Misha, venant de son pays la Russie, qui rencontre sa mère Sofia à l’aéroport d’Athènes.  Elle a l’air triste, lui aussi. Il prend la peluche alors qu’il n’a plus l’âge de jouer avec. Nous comprenons qu’il y a eu des années de séparation. Le film se situe en 2004 lors des Jeux Olympiques à Athènes. Misha regarde sa mère silencieuse, ou presque, durant tout le trajet comme pour éviter une déception. L’adolescent apprend de d’elle qu’ils vont loger chez un vieux monsieur malade dont elle prend soin. Un premier mensonge et une première fissure dans cette relation mère/fils. Misha découvre très vite que sa mère lui mentait tout le temps. Elle a déjà vu toute seule leurs émissions russes préférées alors qu’il les lui enregistrait toutes sur des cassettes vidéos. Misha se voit sa vie tout de suite contrôlé, par son beau père grec, un ancien animateur de programmes d’enfants. Misha ne comprend pas la langue et ne voudrait pas en faire l’effort. Il a perdu sa mère dans cette démarche d’immigration- où la Grèce a cette époque recevait un flux de migration de la Russie. Mais Misha trouve le salut dans le monde de fantaisiste qu’il s’était crée en se mettant dans la peau d’un ours, imaginant tous les animaux sauvages comme de vrais amis. Et c’est là l’un des points forts intéressants du film : le réalisme magique qu’introduit la réalisatrice pour donner une autre dimension à la réalité de cet enfant. « Le Fils de Sofia » raconte oui une histoire personnelle d’un enfant et une mère qui se sont perdus à cause d’une séparation forcée par le départ de la mère pour l’étranger à la recherche d’un meilleur avenir. Mais le meilleur n’est jamais au rendez-vous. Même pour le vieux, qui suite à une thrombose, se retrouve paralysé et proie facile à la vengeance du petit Misha. Une métaphore forte sur la situation de la Grèce après cette date. Autre force de cette fiction est le contexte social. En effet le film décrit une xénophobie pour les migrantes venues de l’Europe de l’Est. Une xénophobie qui met au cœur du film la question de l’identité nationale surtout quand l’amie grecque du vieux se pose des questions sur la maitrise de Misha de la langue grecque et sur la succession de l’appartement. Le meilleur n’est pas non plus pour la Grèce qui a commencé une vraie descente économique depuis cette date. Et là il faut signaler la corrélation entre la situation de Misha qui est sur le point de quitter l’enfance et d’entamer cette dure période de transition vers l’âge adulte, la Grèce aussi quittait le temps de la tranquillité. La fin du film laisse le spectateur sur sa faim : Misha se transforme en animal et refuse de répondre à sa mère. S’en sortira t-il? Elina Psykou a habilement su manier réalisme et métaphore dans une fiction qui accroche par les sentiments plus que par les évènements.

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