« Le chemin de Jada », un livre jeunesse qui prône l’acceptation de soi

Ghada Choucri Mercredi 08 Juillet 2020-13:57:38 Jeunesse
« Le chemin de Jada », un livre jeunesse qui prône l’acceptation de soi
« Le chemin de Jada », un livre jeunesse qui prône l’acceptation de soi

Partagé entre la fable moralisatrice et la douceur enfantine, « Le chemin de Jada » est une véritable ode au colorisme. Dans l’antre d’un âge qui rime avec candeur et innocence, Jada, petite fille à la peau foncée essuie les critiques racistesdes villageois. Une histoire poignante qui n’est qu’un cinglant écho à notre société. L’autrice Laura Nsafou a décidé de briser les tabous et de mettre en lumière la beauté du métissage à travers cet inspirant personnage.

Le fil rouge de cet ouvrage repose sur la vie de deux jumelles : Iris et Jada. Elles se ressemblent comme deux gouttes d’eau, à une nuance près. Elles ont : « les mêmes yeux de chat, le même nez rond, les mêmes longues nattes, le même médaillon... Le seul détail qui les distinguait, c’était la couleur de leur peau ».

Histoire en demi-teinte : du complexe de l’acceptation de soi

Jada est comparée à un corbeau, un enfant de la nuit tandis que sa soeur est adulée pour sa couleur dorée, claire comme le soleil. Un contraste entre le dénigrement et l’adoration qui a fait naître chez Jada un immense complexeet une grande frustration. Jada est véritablement laissée dans l’ombre pendant que sa soeur reçoit un amoncellement de compliments. Chatouillée par l’envie de s’évader et ne plus avoir à subir les critiques dégradantes, Jada décide de prendre son envol et de fuir cette vie maussade.

D’une plume poétique, on suit ce petit bout de femme au coeur d’une aventure haute en couleur. La jeune héroïnefend l’obscurité et s’enfonce dans une infinie forêt. À la lisière du crépuscule, les étoiles s'agrippent à sa peau et font rayonner son teint coloré. Sa peau était brunes comme les prunes du printemps et foncée comme les ailes d’un papillon moiré. Une citation lyrique teintée d’optimisme qui met en exergue chaque facette de la beauté noire.

Coup de projecteur allégorique sur la thématique du colorisme

L’une a la peau aussi claire que l’acacia, l’autre aussi foncée que le cacao, deux nuances sur une palette inépuisable de couleurs divines. Cependant, la société a créé un malaise et a fait germer de basses mentalités. Le colorisme ne date pas d’aujourd’hui mais il reste plongé dans l’oubli. Ce mal insidieuxcorrespond à une hiérarchisation des pigmentations de peau. Les peaux noires sont laissées en coulisses, alors que les peaux blanches sont toujours sur le devant de la scène. Un mépris encore actuel, qui a poussé l’autrice afroféministe Laura Nsafou à s’approprier ce sujet social de façon subliminale.

Elle arbore cette thématique tabou pour éveiller les consciences sur cette forme de racisme trop peu mentionnée en France. Avec les illustrations enchanteresses de Barbara Brun, cet ouvrage aux allures de conte de fées masque une réalité plus sombre. Mais l’autrice ingénieuse vogue entre métaphores et soupçons de magie pour inculquer une belle leçon de vie. Résultat : le chemin vers la toléranceet l’estime de soi est long. On en voit le bout seulement en se détachant des diktats de la société.

Cette fabuleuse épopée est une source d’inspiration inépuisable pour les jeunes filles noires et métissées. D’une plume auréolée d’espoir, « Le chemin de Jada » nous mène jusqu’à la route de l’émancipation. Dignes des plus belles constellations, les peaux d’Iris et Jada rayonnent. Ce livre est une arme pacifique efficace pour épingler l’intolérance.

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