“2019-nCoV”, Quelques lettres et chiffres qui ont mis la planète en émoi

Marwa Mourad Lundi 10 Février 2020-13:10:58 Chronique et Analyse
Coronavirus : Réponses aux questions des lecteurs
Coronavirus : Réponses aux questions des lecteurs

Baptisé 2019-nCoV, ce nouveau virus apparu en Chine en décembre dernier continue de s’étendre. Mais de nombreuses inconnues empêchent encore de déterminer son impact mondial. Quelques lettres et chiffres qui ont mis la planète en émoi. Ce nouveau virus a fait plus de 700 morts et a conduit l'OMS à déclarer « l'urgence internationale.

D'où vient ce nouveau coronavirus ? Comment s'en prémunir ? Quelles conséquences pour la planète ? Voici ce que l'on sait du 2019-nCoV, qui a contaminé des milliers de personnes et tué des centaines.

 

 

Les coronavirus forment une famille de virus variés qui peut infecter aussi bien l'homme que l'animal. Leur nom signifie "virus en couronne" et vient du fait qu'ils possèdent tous un aspect en forme de couronne lorsqu'ils sont observés au microscope. Les coronavirus ont été identifiés pour la première fois chez l'humain dans les années 1960. Il s'agit de virus causant des maladies émergentes, c'est-à-dire des infections nouvelles dues à des modifications ou à des mutations du virus. Les coronavirus humains causent principalement des infections respiratoires, allant du rhume sans gravité à des pneumopathies sévères parfois létales. Ils peuvent aussi s'accompagner de troubles digestifs tels que des gastro-entérites.

 

Qu'est-ce que le 2019-nCoV ?

Le 31 décembre, l'Organisation mondiale de la santé(OMS) a été informée de plusieurs cas de pneumonie d'allure virale dans la ville de Wuhan, dans le centre de la Chine. La découverte du 2019-nCoV, en lien avec ces pneumonies, a été officiellement annoncée par les autorités chinoises le 7 janvier. Le 30 janvier, l'OMS a décidé de décréter une urgence sanitaire mondiale.

Le nom « nCoV » signifie « nouveau coronavirus ». Les coronavirus sont une grande famille de virus, découverte en 1967, qui provoquent des maladies allant d'un simple rhume à des pathologies plus sévères. On les appelle ainsi en raison de l'enveloppe du virus, en forme de couronne. Le 2019-nCoV est un parent du syndrome respiratoire aigu sévère (Sras), apparu également en Chine, en 2002.

 

Quels sont les symptômes ?

Les personnes contaminées par le 2019-nCoV peuvent développer des symptômes similaires à ceux d'une grippe modérée: fatigue, frisson, fièvre et des signes respiratoires de type toux ou essoufflement.

Mais ce virus peut s'avérer mortel chez les patients les moins résistants. Les personnes atteintes de maladies chroniques préexistantes telles que l'hypertension, maladies cardiovasculaires, diabète, maladies hépatiques, maladies respiratoires semblent plus susceptibles de développer des formes sévères, de même que les personnes âgées.

 

D'où vient le virus ?

Les chercheurs estiment que ce nouveau virus provient probablement des chauves-souris, comme celui du Sras. Mais on ne sait toujours pas quel animal l'a transmis à l'homme. Crocodile, rats, serpents, renards, louveteaux, porcs-épics… Des espèces bien différentes étaient vendues sur le marché de Huana, à Wuhan, que les premiers cas recensés ont fréquenté.

Une équipe chinoise a émis l'hypothèse du serpent à l'origine de la contamination, mais elle a aussitôt été contestée par d'autres experts, qui penchent plutôt pour un mammifère. Dans le cas du Sras, l'hôte intermédiaire était la civette.

Aucun traitement spécifique n'a été identifié à ce jour. Seuls les symptômes peuvent être soulagés. Dans une interview accordée à France 24, l'épidémiologiste chinoise Li Lanjuan a déclaré qu'il faudrait environ trois mois pour prouver qu'un vaccin est efficace contre ce coronavirus. Des spécialistes que nous avons interrogés se montrent beaucoup plus prudents, comme Anne Goffard, virologue et chercheuse au CHU de Lille (Nord) : « Si vraiment ils y arrivent, chapeau! »

 

Comment le virus se transmet-il ?

La plupart des premiers patients atteints par ce nouveau coronavirus s'étaient rendus sur le marché aux fruits de mer de Wuhan (fermé depuis le 1er janvier), où cohabitaient serpents, blaireaux ou encore rats vivants. L'hypothèse d'une maladie transmise à l'origine par les animaux est donc privilégiée.

Compte tenu du nombre élevé de nouveaux cas rapportés par les autorités chinoises depuis le 19 janvier, la transmission interhumaine est aujourd'hui avérée. « Il est probable que ce coronavirus soit similaire à celui des autres coronavirus humains, qui sont généralement transmis lors de contacts étroits après l'inhalation de gouttelettes infectieuses émises lors d'éternuements ou de toux par le patient, ou après un contact avec des surfaces fraîchement contaminées par ces sécrétions. Les coronavirus survivent jusqu'à trois heures dans le milieu extérieur, sur des surfaces inertes sèches. En milieu aqueux, ces virus peuvent survivre plusieurs jours. »

 

Quelle est la période d'incubation?

Dans une étude chinoise publiée par le New England Journal of Medicine, les chercheurs estiment que la période d'incubation, soit celle qui précède l'apparition des premiers symptômes, est de l'ordre de 5,2 jours en moyenne. Mais elle varie grandement en fonction des patients. Le 27 janvier, l'Organisation mondiale de la santé évoquait une fourchette de 2 à 10 jours pour l'apparition des symptômes. La France a elle décidé de confiner pendant 14 jours les Français rapatriés de Chine.

 

À quel stade un patient est-il contagieux ?

Cette question cruciale reste encore sans réponse. La contagion est-elle possible avant même l'apparition des symptômes, comme pour la grippe ? C'est ce que suggéraient les autorités chinoises, le 26 janvier. Mais cette hypothèse ne peut être confirmée avec certitude car elle s'appuie sur l'observation de quelques cas.

 

Quels sont les pays touchés ?

Des cas de malades contaminés par le nouveau virus ont été confirmés dans vingt pays (jusqu’à l’heure de la rédaction de l’article):

- Treize en Asie : Chine, Thaïlande, Japon, Hongkong, Singapour, Taïwan, Macao, Malaisie, Corée du Sud, Viêt Nam, Népal, Cambodge et Sri Lanka.

- Trois en Europe : la France, l'Allemagne et la Finlande.

- L'Australie, les Etats-Unis, le Canada et les Emirats Arabes Unis.

 

Qui sont les victimes ?

Le coronavirus de Wuhan a déjà fait 720 morts, selon un dernier bilan publié samedi. Trois agglomérations de la province orientale du Zhejiang, à plusieurs centaines de kilomètres de Wuhan, ont décidé de limiter les déplacements.

Le bilan de l'épidémie de coronavirus continue de grimper. Dans la seule Chine continentale (hors Hong Kong et Macao), 490 personnes sont mortes, la plupart à Wuhan et dans la province du Hubei (centre), dont elle est le chef-lieu, selon le dernier bilan des autorités locales publié mercredi 5 février. C'est largement plus qu'en 2002-2003 lors de la crise du Sras (349 morts).

Par ailleurs, une personne est morte à Hong Kong, un homme de 39 ans déjà fragilisé par d'autres problèmes de santé et qui s'était rendu fin janvier à Wuhan, la métropole chinoise où est apparu le virus en décembre.

Dans son point quotidien, la commission provinciale de la Santé dans le Hubei a aussi fait état d'une forte augmentation du nombre de personnes infectées, avec 3 156 nouveaux cas confirmés. Le nombre de porteurs du virus dépasse désormais les 24 300 au niveau de la Chine continentale, a indiqué mercredi la Commission nationale pour la santé.

 

Quelle est l'ampleur de l'épidémie ?

Mercredi 29 janvier, l'OMS a annoncé que l'épidémie de coronavirus avait dépassé celle du Sras en 2002-2003, en nombre d'infections.

À l'époque, le virus avait fait 774 morts dans le monde, dont 490 en Chine continentale. En France les médecins restent attentifs à l'évolution de l'épidémie mais tiennent à relativiser sa dangerosité par rapport à d'autres. La grippe a, par exemple, fait 18 317 victimes en 2014-2015 et 9900 en 2018-2019.

 

Quelles précautions adopter pour éviter toute contamination ?

Les conseils pour éviter d'attraper le virus sont les mêmes que pour une grippe ou un rhume. Respecter des mesures d'hygiène standard : se laver régulièrement les mains, se tenir éloigné des personnes malades, tousser dans son coude, utiliser des mouchoirs à usage unique.

Contrairement aux croyances, le port du masque chirurgical n'est pas conseillé car son efficacité n'a pas été démontrée. Il est recommandé uniquement pour les personnes malades symptomatiques afin d'éviter de diffuser la maladie par voie aérienne.

À ceux qui partent en voyage en Asie, dans des pays voisins de la Chine, il faut éviter les contacts proches avec une personne malade, avec des animaux vivants ou morts, s'éloigner des foules et, surtout, se laver les mains. « Les voyageurs doivent se promener avec une solution hydroalcoolique. Si tout le monde se lavait les mains parfaitement, on aurait beaucoup moins d'épidémies », insistait, dans Le Parisien, Paul-Henri Consigny, médecin infectiologue, directeur du centre médical de l'Institut Pasteur.

 

Comment réagir en cas de soupçon de contamination ?

Si vous présentez des symptômes du coronavirus 2019-nCoV, n'allez pas aux urgences car vous risqueriez de contaminer des patients déjà fragilisés par d'autres maladies.

Le cas suspect doit contacter le Samu (15), qui le mettra en relation avec un infectiologue. Si le spécialiste juge que la personne peut être contaminée par le 2019-nCoV, elle sera prise en charge et isolée dans un service d'infectiologie. Un examen biologique spécifique permettra de confirmer l'infection.

 

Dates clés de l'épidémie

•   Le 31 décembre 2019, l'Organisation mondiale de la Santé en Chine est informée de plusieurs cas de pneumonies dans la ville de Wuhan. 44 personnes sont infectées entre cette date et le 3 janvier 2020.

•   Le 7 janvier 2020, les autorités chinoises identifient un "nouveau type de coronavirus".

•   Le 13 janvier, un cas importé est recensé en Thaïlande.

•   Le 15 janvier, le virus cause la mort d'une première personne à Wuhan, un homme de 69 ans.

•   Le 23 janvier, trois villes chinoises dont Wuhan sont placées en quarantaine.

•   Le 25 janvier, trois personnes contaminées sont recensées en France, deux à Paris et une à Bordeaux. Ce sont les premiers cas enregistrés sur le continent européen.

•    Le 30 janvier, l'Organisation mondiale de la Santé décrète l'urgence de santé mondiale. Cette mesure n'avait été décrétée que 5 fois depuis sa création (pour Ebola (deux fois), la grippe H1N1, Zika et la poliomyélite). 

 

 

Sources :

OMS

INVS

France 24

Le Monde

Futura-Sciences

L’Obs

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