“L’IFAO joue pleinement son rôle de coeur de réseau scientifique !” (2)

Dalia Hamam Jeudi 01 Août 2019-15:58:38 Archéologie
Le nouveau directeur de l’Institut Français d’Archéologie Orientale avec la journaliste du Progrès Egyptien Dalia Hamam
Le nouveau directeur de l’Institut Français d’Archéologie Orientale avec la journaliste du Progrès Egyptien Dalia Hamam

Le mois dernier, l’Institut Français d’Archéologie Orientale (IFAO) a accueilli son nouveau directeur. M. Laurent Coulon a été choisi à la tête de cet important institut qui, par ses fouilles et ses programmes de recherche, éclaire l’histoire de l’Égypte de la préhistoire au XXe siècle. Interview deuxième partie.

 

*Le Progrès Egyptien : Quels sont les régions où l'IFAO effectue ses travaux d'excavations?

* Le directeur Laurent Coulon : Traditionnellement,  l'IFAO développe les chantiers sur les sites anciens comme Der El-Medina à Louxor, Dendera à proximité la région thébaine. L'IFAO a, depuis les années 60, élargi ses recherches sur les marges en Egypte, comme les déserts occidentaux avec les oasis Kharga, Dakhla et de Bahariya. D’ailleurs, à l'est sur les déserts orientaux; depuis une vingtaine d'années, sur les ports de la mer Rouge avec Ain El-Sokhna ; et depuis une dizaine d'années, Wadi El-Jarf sur la mer Rouge, on fait des découvertes récemment des papyrus de Khéops. Il y avait des travaux aussi au Gebel Al-Zeit.   

*Le Progrès Egyptien : Avec une trentaine de missions, pensez-vous d'élargir les travaux de fouilles de l'Institut?

* Le directeur Laurent Coulon : L'Institut possède une trentaine de missions, avec ce chiffre, on atteint un maximum de nos possibilités d'élargir le nombre de missions. Donc, on cherche à poursuivre nos activités dans ces sites pour approfondir nos recherches et aussi valoriser les sites et publier nos résultats.

*Le Progrès Egyptien : Comment l'IFAO choisit-il les sites de fouilles?

* Le directeur Laurent Coulon : Ces sites sont choisis soit parce qu'ils font partie de la tradition de recherche de l'IFAO. Par exemple, les grands temples ptolémaïques, comme à Edfou, à Dendara, à KômOmbo, à Coptos, à Ermant et à Médamoud. Donc, c'est une des grandes spécialités des chercheurs de l'IFAO que d'étudier et publier les inscriptions de ces temples ptolémaïques. Certains sites ont été aussi explorés par des papyrologues, puisque l'étude de la papyrologie et l'étude de ces papyrus grecs est aussi une grande spécialité de l'IFAO. Il s’agit notamment des recherches qui sont en cours à Tebtynis, avec une mission franco- italienne, en association avec l'Université de Milan et la mission de Philadelphie à Fayoum. Celle-ci a été lancée très récemment en collaboration avec un chercheur de l'Université de Taiwan, sous la direction de Ruey-Lin Chang, un ancien membre scientifique de l'IFAO et qui a lancé ce chantier à Philadelphie. Il y a d'autres recherches liées à la période copte comme dans le site de Baouît en Moyen Egypte. Et puis, on a des chantiers dans le domaine de l'archéologie islamique. Certains ne sont plus fouillés actuellement, mais on est en train de publier le matériel issu de fouille, comme dans le site de Foustat, au chantier de la muraille du Caire. De plus, nous sommes en train de réfléchir à l'ouverture d'un nouveau chantier d'archéologie islamique. C'est une perspective qui n'est pas mise en place. Pour ma part, je souhaite que l'IFAO continue à travailler dans ce domaine de l'archéologie islamique pour le quel nous n'avons pas de chantiers actifs pour l'instant.

*Le Progrès Egyptien : Quelles sont les deux nouvelles missions qui ont réussi à joindre récemment l'IFAO?

* Le directeur Laurent Coulon : L'IFAO est devenu une sorte de plateforme qui regroupe une très grande partie des missions archéologiques en Egypte, c'est pour cela que  l'IFAO a choisi aussi de s'associer à la mission de fouille à Tanis et aussi de collaborer avec la mission franco-suisse de Saqqarah.

*Le Progrès Egyptien : Comment prenez-vous la décision de collaborer avec une telle mission?

* Le directeur Laurent Coulon : C'est un accord qui est passé entre les chercheurs de ces missions et l'IFAO, qui estime que la collaboration va être fructueuse. C’est en fait une aide qui est logistique où l'IFAO va envoyer certains de ses restaurateurs ou prêter des matériels à ces missions. C'est aussi une aide pour la publication des résultats, puisque l'IFAO possède une imprimerie et une maison d'édition qui va permettre à ses missions de publier leurs résultats. Par exemple, cette publication qui concerne la mission de Saqqarah, c'est l'IFAO qui l’a faite.   

*Le Progrès Egyptien : Selon votre avis quel est le projet le plus important auquel  l'IFAO a contribué?

* Le directeur Laurent Coulon : C'est vraiment difficile de choisir parmi les grandes découvertes qu'a fait l'IFAO pendant les années passées. Evidement, les papyrus de la mer Rouge. Je trouve que ces papyrus sont les plus importants, notamment par la date, qui remonte au règne du roi Khéops, puisque ce sont des documents très rares sur cette période. Ces papyrus ont éclairé la manière d'organiser les chantiers de construction de la grande pyramide de Khéops. Ce sont des documents exceptionnels. On a aussi d'autres découvertes toute aussi importantes sur la côte méditerranéenne. On a découvert récemment des niveaux archéologiques tout à fait nouveaux, avec notamment un temple qui est apparu relativement détruit, mais qui donne des fragments de reliefs de l'époque ramesside sur un site qu'on n'a jamais trouvé aucun vestige pharaonique. L'archéologie évidement n'est pas uniquement fondée sur les découvertes mais aussi la recherche scientifique qui est mené sur la documentation. On contribue évidement à la meilleure compréhension de la civilisation égyptienne en publiant les données fournis par ses sites. Ça peut-être à la fois des inscriptions ou des matériaux archéologiques qui va permettre ensuite de fournir du matériel à des historiens pour comprendre mieux l'organisation de ces sites. C'est pour ça que nous avons repris les fouilles anciennes qui avaient été incomplètement documentées pour pouvoir renouveler la fouille de ces sites. Par exemple, dans le site de Médamoud ,où les fouilles ont repris depuis quelques années, on a récemment redécouvert des ateliers de potiers, avec la mise en évidence exceptionnelle d'un four de potiers quasiment intact, qui nous donne des informations exceptionnelles sur la production de céramique en Egypte ancienne.

*Le Progrès Egyptien : Comment vous allez coopérer avec le ministère des Antiquités?

* Le directeur Laurent Coulon : On a plusieurs moyens de coopération avec le ministère, évidement dans le domaine de la restauration et de la valorisation des sites. Citant par exemple sur le site de Tanis, il y a un projet de coopération entre l'IFAO et le ministère des Antiquités pour améliorer et valoriser le site pour les touristes, en plus de la restauration et de la protection des tombes royales de Tanis. On associe à une meilleure information à destination des touristes et la réalisation des panneaux d'informations, un centre qui sera destiné à accueillir les visiteurs avec des projections de films et des documentations relatives à des objets découverts sur les sites. Donc, ce programme a bénéficié d'une subvention spéciale du gouvernement français, et il va être mis en œuvre dès cet été. On collabore aussi pour la formation des inspecteurs du ministère. Nous organisons chaque année des "fields school" avec une partie de formation théorique à l'IFAO et une formation sur le terrain pour ces inspecteurs. Cette année, cette information a eu lieu à Medamoud. L'année prochaine, nous espérons monter une formation spécialisée sur la céramologie: l'étude la céramique égyptienne, qui aura lieu au Caire et dans la région thébaine, notamment à Karnak, pour former des inspecteurs à l'étude de la céramique égyptienne. Ce qui nous est demandé par le ministère des Antiquités est de faire une formation à plusieurs niveaux, c'est-à-dire que le niveau 1 sera une formation générale, puis niveau 2 et 3 seront des niveaux spécialisés aux stagiaires plus avancés.

*Le Progrès Egyptien : Est ce que l'IFAO va contribuer à des projets nationaux comme le Grand Musée égyptien ou le Musée de la Civilisation ?

* Le directeur Laurent Coulon : Nous avons proposé notre collaboration, suite à la demande du ministre, pour un suivi scientifique, comme par exemple la réalisation des cartels des objets. Nous sommes prêts à fournir notre expertise scientifique si on nous le demande. Par exemple, il y a une sorte de coopération entre des muséeseuropéens: musée de Louvre, musée de Turin, le British Muséum, le Musée de Berlin, qui se sont associés avec un financement européen pour participer à la réorganisation du Musée égyptien à Tahrir. L'Institut Français d'Archéologie Orientale est aussi partenaire de ce projet. Pour la partie qui concerne le musée du Louvre et l'IFAO, ils sont chargés du redéploiement des objets concernant le trésor de Tanis. En fait, il y a tout une espace qui a été libérée pour le trésor de Toutankhamon qui sera exposé au Grand Musée égyptien (GME), où il y aura une exposition du trésor de Tanis.

*Le Progrès Egyptien : Comment organisez vous les manifestations annuelles de l'IFAO?
* Le directeur Laurent Coulon : Chaque année, l'IFAO organise un appel à projet. C'est-à-dire pour 2019, nous avons reçu les propositions des chercheurs à la demande de l'IFAO pour l'organisation des manifestations de l'année prochaine. Ces manifestations sont organisées très à l'avance et selon les programmes de recherche. À l'IFAO, les chercheurs organisent, normalement, soit des colloques soit des conférences. On nous propose une date dans l'année, et ensuite, nous nous organiserons pour répartir sur toute l'année tous les événements qui auront lieu. C'est pour ça, il y a une planification à l'avance de tous ces événements.

* Le Progrès Egyptien : Et comment choisissez-vous les thèmes de ces colloques?

* Le directeur Laurent Coulon : On élabore un programme scientifique qui se fond sur la documentation que l'on étudie à l'IFAO. Par exemple, nous avons une tradition d'étudier les ostraca hiératique ou les papyrus issues des sites qu'on a exploré. Et donc, à partir de cette documentation, qui est un sujet traditionnel de l'IFAO, on peut élaborer de nouveaux thèmes. Par exemple, il y a une recherche sur l'écriture égyptienne qui a été mise en œuvre à l'initiative d'une chercheuse française. Ce programme de recherche s'intéresse à tous les types d'écriture égyptienne comme notamment le démotique, l'hiératique, … etc. La documentation que nous étudions concerne soit l'écriture soit l'enseignement de la société égyptienne ancienne.

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