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Aider autrui, c'est se libérer de son égo et s'ouvrir au monde

Dr Nesrine Choucri Lundi 11 Juin 2018-14:49:41 Chronique et Analyse
Aider autrui, c'est se libérer de son égo et s'ouvrir au monde
Aider autrui, c'est se libérer de son égo et s'ouvrir au monde

Notre vie est une succession de hauts et de bas. On se perd souvent dans le tourbillon de notre vie, on croit que l’on passe par les expériences les plus difficiles et les épreuves les plus rudes. On craque devant des choses si simples comme une amie ingrate, la rupture avec un amant. Face à des épisodes pareils, on déprime et on a l’impression que la planète arrête de graviter. Souvent, les petits chagrins de notre vie prennent le dessus et contrôle toutes nos émotions. Nous oublions alors que cela n’est pas la chose la plus importante, que ce n’est pas la chose prioritaire.

 

Quand la vie nous donne des coups, on oublie l’essentiel et on chavire. Mais, il suffit d’un mois de charité comme Ramadan pour ouvrir les yeux et connaître la vraie valeur de chaque chose autour de nous. Le vrai sens de la vie ne réside pas toujours dans l’accumulation de biens, ni de succès. Parfois, il faut savoir dépasser ses sentiments de consommation pour atteindre d’autres plus nobles. Le jeûne évidemment en nous séparant des plaisirs de la chair nous pousse à valoriser davantage tous les éléments spirituels autour de nous. En plus du jeûne, de la prière, de la méditation, il y a une cure que nous oublions souvent et que nous rappelle à quel point nous sommes humains : l’aide. « Aide-toi, le ciel t’aidera », dit l’adage. On répète cette phrase avec beaucoup d’insouciance et pourtant c’est une vérité. Aider autrui, c’est surtout s’aider soi-même.

L’aide n’est pas toujours un acte de charité uniquement. Aider c’est un acte avant tout d’ouverture vers l’autre, et de soutien humain. Le Progrès Egyptien a fait l’expérience d’accompagner des jeunes volontaires qui aident soit des personnes âgées, soit des personnes démunies. Mais, nous ne sommes pas axés sur le côté en général triste concernant la misère d’autrui, nous avons décidé d’adopter une autre approche : observer les donneurs, non les receveurs.

La majorité des articles articule la misère ou la difficulté des uns, mais nul n’évoque ce brin de lumière qui pénètre le cœur des donneurs. Le Progrès Egyptien a décidé de plonger dans ce monde et de le découvrir.

« Je passais par une phase très sombre dans ma vie, j’étais déprimée en raison de la trahison d’amis et d’amants, la perte d’un membre de ma famille. Je pensais que la vie n’avait aucun sens. Quand quelqu’un me disait, il faut valoriser ce que l’on a et oublier ce que l’on n’a pas, cela m’irritait. Ces phrases n’avaient aucune valeur à mes yeux. Puis, un jour, une amie a insisté pour me faire visiter un quartier moins nanti. D’abord, j’ai tout de suite constaté qu’il y a des choses que l’on ne valorise pas assez parce qu’on les prend pour acquises. On ne pense pas que nous avons une chance et que d’autres personnes en sont privées », a dit Nanise Karim, jeune femme de 37 ans.

Et d’ajouter : « Aider autrui et être utile à la société a beaucoup d’autres avantages, carcelapeut chambouler votre vie, voire même votre vision du monde. Se sentir un soutien à des personnes déshéritées procure une sorte de quiétude et vous sortez vite de votre univers chaotique, vous revoyez le tableau différemment et vous commencez à vous dire que tous les petits détails ne comptent pas. Rien ne compte, si ces personnes ont pu surmonter ou vivre quotidiennement les mêmes difficultés, je peux le  faire moi aussi. La vraie souffrance ce n’est pas les petits détails qui nous font mal comme le reproche d’une camarade ou le regard ingrat d’un supérieur hiérarchique. Ce n’est plus l’infidélité d’un amant. La vraie souffrance, c’est de voir autant de personnes dans le besoin et de leur tourner le dos juste pour fermer son cœur et continuer à graviter dans ses vaines douleurs », a-t-elle poursuivi.

Quant à Radwa Sayegh, elle a dit : « Moi, j’ai toujours étudié la pyramide de Maslow. Mais, je ne l’ai jamais comprise. La première fois que je l’ai vue, c’était quand j’ai commencé à faire du volontariat et aider les autres. Beaucoup de personnes n’ont pas leurs besoins psychologiques. J’ai grandi avec l’idée que la charité c’est juste donner de l’argent. Evidemment, c’est bien et prioritaire, mais cela ne donne pas le même effet que de se déplacer corps et âme pour venir en aide à quelqu’un d’autre. Aider, c’est comprendre, partager, soutenir et se libérer de son ego qui est souvent très pesant. Tout le monde n’attend pas une aide financière, beaucoup attendent un soutien moral, une façon de faciliter leur vie, etc … ».

Quant à Hassan Ahmed, il a dit : « Aider à mon avis ne doit pas être juste faire des preuves de charité. Cela se fait de manière plus profonde. D’abord, il faut apprendre à regarder ces personnes avec un large sourire dans les yeux, leur faire preuve de respect, les écouter et chercher à régler réellement leurs problèmes, mais pas seulement trouver une solution immédiate. C’est pourquoi, moi, je préfère les aides qui sont surtout sous forme de réhabilitation, en créant un avenir à ces personnes, c’est une partie de soi qui pousse ailleurs, on ressemble alors à la plante dont les graines sont cultivées partout et fleurissent partout ».

Aider les autres c’est sans aucun doute faire fleurir notre âme avant toute chose. Sortir de son cocon pour découvrir le monde différemment, le revoir d’un nouvel angle, le réinventer et le réécrire.   

 

 

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