Al-Azhar promeut la «bonne» musique pour sublimer âme et esprit

Hanaa Khachaba Samedi 30 Juin 2018-16:19:30 Chronique et Analyse
Al-Azhar promeut la «bonne» musique  pour sublimer âme et esprit
Al-Azhar promeut la «bonne» musique pour sublimer âme et esprit

Plus que jamais, le renouvellement du discours religieux s’impose. Les médias ont effectivement un rôle important du fait des stéréotypes qu’ils véhiculent. Pour corriger une pensée originairement tolérante et ouverte sur l’autre, il est impératif que les Musulmans possèdent à nouveau une bonne presse n’inspirant ni crainte ni méfiance. L’objectif serait de réduire les préjugés islamophobes susceptibles de creuser davantage le fossé entre les communautés. Ceci dit, la plus haute autorité de l’Islam sunnite en Egypte, les prestigieuses institutions et université d’Al-Azhar, prend en charge cette épineuse mission. Comment modifier un discours religieux accusé par des Occidentaux de diffuser des pensées réactionnaires? Le Grand Imam, Ahmad Al-Tayeb, avait annoncé un projet de loi qui criminalisera les discours de haine, en particulier contre toute croyance. A ce propos, les démarches de réforme prennent plusieurs aspects dont celle qui fait l’objet de cet article…

 

L’Université d’Al-Azhar a fait plaisir à ses étudiants… et étudiantes! Une troupe musicale formée des deux sexes a pris forme en son enceinte. Une idée qui est certes jugée par l’opinion publique comme audacieuse et du moins, inhabituelle. «L’idée seule aurait été critiquée avec virulence», constate Ibtissam Zidane, chef de l’activité artistique à l’Université d’Al-Azhar. Mme Zidane tient à remercier du cœur les responsables de l’Université, en particulier Dr Mohamed Al-Mahrassaoui, recteur de l’Université, ainsi que les grands cheikhs azharis d’avoir permis à ce rêve de devenir réalité.

Le président Abdel Fattah Al-Sissi n’avait pas tort quand il a invité les oulémas de la mosquée d’Al-Azhar à renouveler le discours religieux. Il leur a fait porter la responsabilité face à Dieu et au peuple, car la prolifération de la pensée obscurantiste et destructrice qui prétend porter le drapeau de l’Islam est en quelque sorte le résultat du déclin du rôle des médias religieux.

Un simple toilettage du discours religieux ne suffira pas, il faut tout réviser! Car comme l’avait dit le chef d’Etat, la modification du discours religieux est la clef pour vaincre le terrorisme et l’extrémisme. L’éducation nationale, dans les écoles et les universités azharies et gouvernementales, est censée donc répandre une culture de fraternité et de tolérance, d’ouverture et de respect de l’autre.

Si l’urgence de renouveler, aujourd’hui, le discours religieux de la part des oulémas d’Al-Azhar était nécessaire, en d’autres termes, le retour aux origines de la référence religieuse, à savoir un retour à un Islam tolérant et éclairé, et qui représente là, la vraie religion, il en reste pas moins que cette révision demeure insuffisante à moins qu’elle ne soit pas accompagnée de transformations radicales aux niveaux de l’éducation, des textes religieux instrumentalisés afin de servir des intérêts étriqués, de la situation économique et sociale.

Par exemple et à titre indicatif, le rôle des écoles et des universités devra progresser pour contrer une occidentalisation de la culture et de l’art arabes. De nouveaux courants artistiques doivent avoir la chance de s’épanouir en vue de stopper l’abandon de riches biens culturels de cette nation.

L’Université d’Al-Azhar a désormais sa troupe artistique qui chante en son nom. La bande, mixte, est composée des étudiants(es) de la quatrième année. «Nous choisissons les paroles de nos chansons avec beaucoup de soin. On évite le contenu vide et les grossièretés», affirme Mme Zidane.

Combattre la pensée radicale et réactionnaire passe d’abord par la diffusion d’une pensée correcte et modérée. Et l’art est l’un des moyens les plus efficaces du changement.

Les jeunes chanteurs ont du talent, s’en félicite celle qui travaillait avant comme spécialiste sociale à l’Université de Fayoum avant de rejoindre celle d’Al-Azhar. Mme Zidane a pensé à créer cette troupe musicale mixte et concurrencer sous le nom de l’Université d’Al-Azhar dans les différentes compétitions artistiques.

On lui a réalisé son ambition. L’annonce a été lancée. «Venez nombreux participer à notre bande artistique!» Et les candidats venaient de toutes les facultés de l’Université. 16 étudiants(es) sur 600 ont été sélectionnés. La chorale, elle, se compose de 25 garçons et filles. A l’Université d’Al-Azhar, il y a aussi une troupe d’arts folkloriques conduite par le talentueux maestro Hassan Fikri et la grande musicienne Nahla Békir, professeur de pédagogie musicale à l’Université de Helwan.

Une musique peut-elle être qualifiée de conservatrice? C’est l’adjectif utilisé par Mme Zidane pour décrire les mélodies soigneusement choisies pour sa troupe mixte. «Nous tenons à présenter un art respectueux qui correspond au prestige et à la position d’Al-Azhar», affirme-t-elle. Les chansons sont variées. Il y a le chant religieux, inchad. Les célèbres chansons patriotiques figurent certainement dans le répertoire de la troupe composée des jeunes filles et garçons azharis.

La tenue vestimentaire des jeunes artistes devait de même respecter l’esprit déférent et obligeant d’une université aussi ancienne et prestigieuse qu’Al-Azhar. Pour les filles, des robes longues et aux manches longues sont confectionnées. Un voile bien assorti confère une douce beauté à ces visages angéliques. Chanter ne signifie aucunement s’afficher peu vêtue sur scène!

Notre jeune troupe musicale mixte a fait vibrer les cœurs. Elle a moissonné plusieurs prix dans de nombreuses compétitions artistiques. L’autre troupe d’arts folkloriques n’est pas non plus passée inaperçue. Toutes deux se préparent à participer à un grand concours artistique organisé en août prochain sous les auspices du ministère de la Jeunesse.

«Al-Azhar ne s’oppose ni aux arts ni à l’innovation», a insisté à dire le vice-président de cette prestigieuse institution millénaire, Abbas Choumane. Il a, par contre, dit qu’Al-Azhar touche de près les problèmes de la société et était toujours proche des foules et se met à l’écoute de leurs soucis. Choumane s’est alors adressé à tous ceux qui travaillent dans le domaine artistique en ces mots: «Nous pouvons tous travailler harmonieusement afin d’élever et promouvoir le goût public». Et voilà bien le message précis d’Al-Azhar, ensemble, nous mettrons de côté les divergences et cultiverons nos ressemblances pour sublimer âme et esprit.

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