Al-Tikiyya, cette cuisine bénévole combinant qualité, amour et goût

Hanaa Khachaba Mercredi 22 Juillet 2020-11:49:53 Chronique et Analyse
Al-Tikiyya, cette cuisine bénévole combinant qualité, amour et goût
Al-Tikiyya, cette cuisine bénévole combinant qualité, amour et goût

Ils sont jeunes, motivés et généreux. Altruistes et ayant bon cœur, ils travaillent pour dessiner le sourire sur les lèvres de ceux qui sont dans le besoin. Dans une salle désinfectée où sont éparpillés des ustensiles de cuisine, des arômes appétissants chatouillent les papilles. Des centaines de boîtes à manger sont superposés sur quelques tables, contenant de la nourriture confectionnée par amour et…finesse. « Al-Tikiyya », c’est une association caritative créée par un groupe de jeunes du gouvernorat de Charquiya. Leur mission est de fournir de la nourriture aux plus pauvres. Il ne s’agit pas de n’importe quelle nourriture ! Les repas doivent être présentés comme dans les plus beaux restaurants. « A manger avec les yeux avant la bouche ! », c’est leur devise.

 

 

 

Une cabine de stérilisation, des surblouses, des masques et un médecin bénévole supervisant les mesures de lutte contre le Covid-19. On n’est pas dans la salle d’opérations dans un hôpital. C’est plutôt la salle de cuisine de Tikiyya.

Ce nom est très connu à Zaqaziq dans le gouvernorat de Charquiya. « Tikiyya » est un terme turc désignant un lieu de refuge pour les voyageurs aux moyens modestes. Le mot est dérivé du verbe arabe « yataki » qui signifie s’appuyer contre, pour dire s’asseoir confortablement sur un sofa en s’accoudant sur ses appuis. Al-Tikiyya a profité de la crise sanitaire du Covid-19 pour confectionner des plats équilibrés, sains et succulents pour les personnes qui ont besoin de soins particuliers.

Il y a quelques années, un groupe de jeunes bénévoles ont eu l’idée de créer cette association caritative pour préparer, au départ, des plats gratuits aux personnes nécessiteuses. Cette année, leur cuisine s’est complètement métamorphosée au gré des circonstances actuelles.

Karim Fouda, fondateur de Tikiyya, se confie : « Depuis un certain moment, nous avions l’habitude de confectionner le repas de l’iftar (le repas de rupture du jeûne du mois de Ramadan) en plus de certains repas distribués tout au long de l’année aux personnes dans le besoin. Cette année, compte tenu des mesures de prévention liées au Covid-19, on a décidé de modifier notre menu pour contenir des repas sains et respectant les normes d’hygiène et de précaution sanitaire. Mon but est d’offrir aux personnes aux moyens modestes des repas similaires à ceux servis dans un restaurant étoilé ».

Fouda aspire à multiplier les repas de sa cuisine Al-Tikiyya pour nourrir près de 30 mille habitants à Charquiya. Il a indiqué que dans son équipe de bénévoles, il y a aussi un médecin chargé de superviser les mesures de prévention. Il y a une cabine spécialement conçue pour qu’il puisse accomplir sa tâche en toute tranquillité avant que les autres bénévoles n’aient accès à la salle de cuisine.

« On procède d’abord par la désinfection complète des travailleurs. Ces derniers enfilent ensuite des surblouses et se masquent pour pouvoir se mettre à l’œuvre », note Fouda. Il existe aussi des signes indicatifs dans la cuisine pour montrer aux travailleurs où ils doivent se tenir afin de respecter la distanciation sociale.

« La bienfaisance est notre vocation », lâche-t-il, répétant que pour lui il est de prime importance de distribuer des repas d’excellente qualité à tous les niveaux, sur le fond comme sur la forme. Pour ce, Al-Tikiyya achète des matériaux de bonne qualité, comme des boîtes alimentaires isothermes pour garder les repas chauds et appétissants.

Un chef cuisiner confectionne les repas. Des bénévoles filles et garçons se chargent du rangement et de l’emballage. Al-Tikiyya assure la livraison à domicile pour éviter des encombrements aux alentours ou à l’intérieur du siège. Chaque jour, des livreurs à domicile bénévoles prennent les boîtes alimentaires isothermes bien emballées pour les distribuer à des associations caritatives dans des villages, à des auberges réservés aux personnes âgées ou aux familles pauvres dont des membres font partie de la main-d’œuvre irrégulière.

La cuisine de Tikiyya a créé en janvier dernier un véhicule baptisé « Dafa », réchauffement en arabe, qui arpentait les rues dans les nuits de l’hiver où les températures étaient très basses pour offrir aux habitants dont le travail les obligeait à rester tard dans la nuit hors de chez eux, des soupes aux lentilles réputées pour être excellentes dans le froid. Les voyageurs étrangers et les étudiants venant d’autres villes peuvent aussi bénéficier de ces repas confectionnés par amour.

 

Le bénévolat, entre travail et engagement

Les bénévoles ont des motivations spécifiques : altruisme, recherche de sens, socialisation, remboursement d’une dette, citoyenneté, joie et plaisir, désir de rester utile au monde…. Ils ont des motivations au moment de leur entrée au bénévolat, et ils en ont d’autres pour en changer ou pour arrêter.

Les bénévoles changent parfois d’activités, ils font un peu de zapping ou de picorage, ou bien ils s’engagent parfois dans deux types d’actions en même temps, par exemple l’une ludique et l’autre caritative. Ils y ont donc des motivations et des intérêts différents. Beaucoup d’entre eux, dont des femmes, agissent au niveau local et quotidien pour des intérêts qui leur sont proches.

Dans certains cas, les bénévoles sont directement concernés par l’objet de l’association ; dans d’autres, ils s’impliquent, ils essaient de résoudre un problème qui n’est pas le leur comme ces bénévoles qui aident dans les Restos du Cœur. Ils aident, gèrent et revendiquent. Ils peuvent avoir des motivations spécifiques, comme celles de porter témoignage ou tout simplement de rendre ce qu’ils ont reçu, reconnaissants d’être dans une meilleure situation.

On utilise souvent le terme « engagement » pour caractériser leurs actions. Pourtant, ils ne se donnent pas vraiment en gage, et ils ne sont pas tous comme des engagés dans une armée ! Ils ne sont pas tous en gage comme le serait un otage volontaire, mais dans la mesure où ils ne reçoivent pas de salaire (sauf symbolique), ils s’offrent ou plutôt ils offrent leur temps, leur image et leur réputation.

Le mot « engagement » : implication… involvement en anglais, correspond bien à la réalité du bénévolat militant. Le bénévole n’est pas là pour gagner sa vie et échanger sa force de travail contre un salaire, il est rarement là pour s’occuper (ça existe), il est là parce qu’il a choisi librement d’agir.

Les bénévoles sont dans une contre-culture dans la mesure où beaucoup d’entre eux agissent dans des organisations non lucratives : les associations sont hors de la concurrence. Bien que les objectifs de carrières ne soient pas totalement exclus de leurs desseins, les bénévoles agissent pour les autres et pour une communauté.

La notion d’engagement renvoie à celle de militantisme : lutter pour une cause. Si les bénévoles gèrent des associations, rendent des services (aider aux sorties des écoles, collecter des fonds, organiser une bibliothèque dans un village), ils sont aussi dans la revendication (pour une nouvelle loi, pour défendre les personnes sans logement). Les bénévoles ont un rôle fondamental : celui de dénoncer, signaler, être des vigiles, des médiateurs. Ce sont des passeurs. Le militantisme est souvent du côté de l’action bénévole car les bénévoles risquent moins que les salariés. On peut militer sans salaire, on peut moins militer au risque de son salaire, sauf dans des engagements syndicaux ou politiques.

Source :

www.cairn.info

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