Attention ! Coronavirus, l’épidémie des fausses informations

Marwa Mourad Mardi 24 Mars 2020-14:01:46 Chronique et Analyse
Attention ! Coronavirus, l’épidémie des fausses informations
Attention ! Coronavirus, l’épidémie des fausses informations

De nombreuses intox sur la pandémie circulent actuellement sur Facebook, YouTube et consorts. À tel point que les géants du web ont décidé d'agir. Alors que le monde se confine de plus en plus face au coronavirus, les intox sur le Covid-19, elles, fleurissent. Sur Internet, les messages mensongers se multiplient; dans les discussions de groupe, les fausses informations circulent très rapidement et le sujet est vraiment grave. Malheureusement, une plateforme ne semble pas participer à l'effort de guerre : WhatsApp. L'outil de discussion instantanée, propriété de Facebook, est le rendez-vous de toutes les intox, comme le relèvent Le Monde et l'AFP. Selon l'agence française, "la majorité des conseils présents sur ces messages sont faux ou infondés", ce qui pose problème. Nombre d’informations fausses circulent et, que ce soit par malveillance ou par maladresse, évitons-les et évitons leur propagation.

 

 

Depuis le début de l'épidémie de coronavirus dans le monde, les fausses informations ou fake news se multiplientet se répandent à une vitesse exponentielle. Vous avez peut-être reçu un message d'un ami qui vous veut du bien et qui vous conseille de boire du thé chaud pour combattre le coronavirus. Soi-disant transféré par un médecin, il prodiguerait des "informations simples et accessibles" .

Comment les connaître ? Ce sont toujours des conseils qui viennent d'un médecin, d'une amie pneumologue qui a travaillé dans un hôpital auprès de patients atteints de Covid-19 ou, plus impressionnant encore, de chercheurs issus des groupes de travail sur les remèdes au nouveau coronavirus. Mais la plupart du temps, ces messages, transmis massivement sur WhatsApp ou Messenger - et de plus en plus viraux, eux aussi - sont truffés de fausses informations. On les retrouve aussi massivement partagés sur Facebook, souvent copiés-collés et partagés des centaines de fois.

Tous ont une source différente mais présentée comme fiable (et souvent proche de l'expéditeur... mais quel expéditeur ?) : 

•  "Le Dr X a donné une conférence aux enfants... en voici le résumé"

•  "Message d'un médecin que je connais (...)"

•  "Information d'un chercheur collaborant avec le groupe de travail qui lutte contre l'épidémie de coronavirus (...)"

Si le début du texte change à chaque fois, on retrouve des formules quasi-identiques par la suite, attestant l'hypothèse d'un message viral se transformant régulièrement, à la façon des chaînes d'e-mails ou des légendes urbaines. 

Passons au crible les affirmations de ce type de messages reçus sur les téléphones portables, Facebook, Whatsapp ou Messenger :

"L'infection ne se présente pas comme le rhume habituel, avec le nez qui coule ou une toux avec cathares et crachats mais au contraire avec une toux sèche". 

C'est une erreur : Le coronavirus Covid-19 peut provoquer des écoulements nasaux, des crachats, car les symptômes peuvent d'abord être similaires à un rhume.

"Le virus s'installe d'abord dans la gorge, provoquant une inflammation et une sensation de gorge sèche : ce symptôme dure 3 à 4 jours (...) Le virus descend dans la trachée, s’installe dans les poumons causant une pneumonie. Ce passage a besoin d'environ 5 à 6 jours". 

C'est une erreur : selon l'Organisation Mondiale de la Santé, les principaux symptômes restent la toux, la fièvre, l'essoufflement et les difficultés respiratoires. Certains patients (jusqu'à 80%) n'ont même aucun symptôme du tout. Ils sont dits asymptomatiques mais restent contagieux. La durée d'incubation varie de 1 à 14 jours selon l'OMS.

"Le virus ne résiste pas à la chaleur, il meurt s'il est exposé à des températures de 26-27°C". C'est une erreur : On ne sait pas du tout à l'heure actuelle quel est l'effet de la température sur le Covid-19. Que ce soit lors de l'ingestion de boissons chaudes ou concernant le retour du printemps.

"Le liquide chaud neutralise le virus et il n'est pas difficile de les absorber". C'est une erreur : L'eau chaude n'a aucune incidence sur le virus. Ni l'eau tout court comme le précise cet article de l'AFP. Buvez de l'eau pour vous hydrater, mais pas pour lutter contre la maladie.

"Sur des surfaces métalliques, il survit 12 heures! (...) Le virus peut vivre caché dans les vêtements et sur les tissus pendant environ 6h à 12h". C'est infondé : Aujourd'hui, personne ne peut affirmer combien de temps le virus survit sur les surfaces. "Le coronavirus est assez grand. Il a un diamètre d'environ 400 à 500 nm. Cela signifie que tout type de masque peut l'arrêter."

C'est une erreur : Les autorités sanitaires françaises recommandent le port de deux masques spécifiques. Le FFP2 au filtrage étroit pour les professionnels de santé en contact avec des malades, et des masques dits chirurgicaux pour les malades afin qu'ils évitent de projeter le virus. Selon un rapportde février dernier, le Covid-19 a un diamètre de 60 nm à 140 nm.

 

Comment se protéger des “fake news”?

Pour ne pas être infecté par ces "fake news", mais aussi pour éviter de contaminer vos proches, le Progrès Egyptien vous donne quleques conseils simples qui vous permettront de vous protéger de la désinformation.

Méfiez-vous du bouche à oreille numérique

La manière dont une information est partagée doit vous faire tiquer. Il y a plus de raisons de la mettre en doute si elle vous arrive dans votre boîte aux lettres électronique par un mail de votre grand-mère, qu'elle a elle-même reçu de quelqu'un d'autre, sur WhatsApp par un message de votre cousin dans votre groupe familial, partageant un contenu en provenance d'un autre groupe, par une publication d'un "ami" qui apparaît dans votre fil Facebook. Il y a plus de raisons de croire une information si elle est publiée par un média connu et reconnu.

Ne croyez pas les arguments d'autorité

Avez-vous remarqué comme les rumeurs sont souvent accompagnées d'une petite phrase assurant que l'information provient d'un éminent spécialiste, parfois anonyme, travaillant de préférence à l'autre bout du monde et dont vous n'avez jamais entendu parler ? La mention de cette figure, censée faire autorité, n'a qu'une seule raison d'être : donner de la crédibilité à la fausse information.

Voici quelques-unes de ces formules employées dans les dernières "fake news" les plus virales à propos du coronavirus : "Cette information vient de médecins actuellement sur le front de lutte contre le virus..." Ou encore : "Les experts de Taïwan fournissent une auto-vérification simple..." Ou mieux : "Sérieux excellents conseils de médecins japonais traitant des cas de Covid-19". Quels sont leurs noms ? Existent-ils seulement vraiment ?

L'intox ne vous le dira pas, évidemment

L'une des multiples variantes de l'intox sur les conseils pour se protéger du Covid-19 commençait par ces mots : "Voici de nouvelles informations qui proviennent d'un chercheur de Shenzhen transféré à Wuhan pour collaborer avec la task force contre l'épidémie de coronavirus."

Maîtrisez vos émotions

Les fausses informations jouent sur vos sentiments pour se propager. Leurs auteurs veulent que vous vous sentiez choqués, révoltés, inquiets, soucieux ou même apeurés, afin que cette émotion vous pousse à partager à votre tour leur contenu. Les "fakes news" se servent aussi de notre "biais de confirmation" : nous avons envie de croire à certaines choses et elles nous enferment dans nos convictions.

Les intox autour du Covid-19 n'échappent pas à la règle, en ne manquant pas de vous rappeler que "cela peut sauver beaucoup de monde", comme celle-ci, qui prétend fournir un test respiratoire à faire soi-même chaque matin pour s'assurer qu'on ne souffre d'aucune infection respiratoire. Vous allez être tenté de répandre la bonne nouvelle autour de vous. N'en faites rien. Vous risquez au contraire de les mettre en danger. 

Lisez les commentaires 

Cela peut vous sembler paradoxal, mais si vous devez vous méfier de ce qui est écrit et partagé sur les réseaux sociaux, nous vous conseillons dans le même temps de lire les commentaires écrits en réponse à une publication douteuse. Il arrive très souvent que des internautes mettent en doute la véracité du contenu ou alertent sur sa fausseté. Parfois même, ils fournissent une capture d'écran ou un lien vers une page internet confirmant que vous êtes bien face à une "fake news".

Ne partagez pas l'intox parce qu'elle vous le demande

Une fausse information n'existe que parce qu'elle est partagée massivement. Sans cette viralité, la désinformation n'a que peu d'effet. C'est d'ailleurs pour ça que la très grande majorité des messages suspects que vous recevez comportent une voire plusieurs phrases vous demandant avec insistance de les envoyer à votre tour à tous vos proches. On trouve par exemple ce genre de formules : "Je suis en train de l'envoyer progressivement à tous mes amis, n'hésitez pas vous aussi à le transférer le plus possible." Ou : "Partagez cette information avec votre famille, vos amis et vos connaissances." Ou plus impérieux : "Copiez, imprimez, faites passer." Ou même un locanique: "Partagez massivement..." Notre conseil : ne le faites pas.

Essayez de vérifier par vous-même si l'information est exacte

Face à l'information qui vous est présentée, vous devez faire preuve d'esprit critique. Posez-vous quelques questions simples. Qui est l'auteur du message ? Est-il anonyme ou est-ce un organisme connu ? Les sources qu'il cite existent-elles ? Que partage habituellement le site internet, la page Facebook, le compte Twitter sur lequel vous avez trouvé cette publication ? D'autres médias sérieux donnent-ils eux aussi cette information ? N'est-ce tout simplement pas trop gros pour être vrai ?

Dans le texte, la photo ou la vidéo, des détails incohérents peuvent souvent vous amener à douter de la véracité du document. Ecoutez donc cette petite voix qui vous dit : "C'est bizarre ça quand même..." En cas de doute, ne partagez pas.

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