BD jeunesse : l’adolescence à l’épreuve du chagrin d’amour et du deuil

Ghada Choucri Mercredi 12 Juin 2019-14:25:07 Jeunesse
BD jeunesse
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Laisser l’enfance et ses jeux innocents derrière soi, l’école pour le boulot, les moments d’insouciance pour un quotidien normé. Pas simple de grandir avec pour seul horizon un angoissant âge adulte. Voici trois albums, où malgré l’adversité, l’espoir jaillit de la couleur ou d’une note de musique.

“The Wendy Project”

Une nuit d’orage, Wendy perd le contrôle de sa voiture, qui tombe dans la rivière. Avec elle et ses deux petits frères à l’intérieur. Le jeune Michael ne reparaît pas, et Wendy s’enferme dans l’image qu’elle a cru voir ce soir-là : son frère s’envolant vers un ciel lumineux, en compagnie de Peter Pan… Perte de l’innocence et passage à l’âge adulte, des thèmes classiques de la fiction ado traités ici par le prisme de l’œuvre fondatrice de J.M. Barrie, Peter Pan. La rouquine, traumatisée par la mort de son frère, trouve dans son rêve éveillé une bouée de sauvetage à ses angoisses persistantes, en même temps qu’une explication « rationnelle » à la disparition du corps. Elle tente tout pour s’envoler à son tour et rejoindre les enfants perdus, associe son coup de foudre du lycée à l’espiègle Peter, et semble peu à peu basculer dans une forme de psychose. Sous le pinceau virevoltant de Veronica Fish, le scénario de Melissa Osborne joue habilement des codes du roman adolescent, et de la forme du carnet intime, où un flot de couleurs chatoyantes vient donner vie à un morne quotidien en noir et blanc. Les grands sentiments se percutent, le fantastique remplace la douleur par l’espoir, et les enfants finissent toujours par grandir. Mais plus forts et moins apeurés. Le résultat manque parfois un peu de subtilité, mais l’énergie est rare. Et belle.

“Le Silence des étoiles”

Illustratrice et instagrameuse très suivie, Sanäa K. livre ici une longue bande dessinée autobiographique racontant un chagrin d’amour. Des larmes qu’on soigne avec une pâtisserie de chez Pierre Hermé, un ressentiment qu’on étouffe avec une soirée au champagne ou une nuitGame of Thrones en avalant des nouilles instantanées. Jusqu’à tourner la page, effacer le contact sur son téléphone, mûrir un peu, aussi. Au-delà d’un graphisme à première vue lisse et parisiano-girly, on découvre un soin du détail épatant et un sens du dialogue aigu. Certes, Sanäa est autocentrée et pourra agacer. Mais sa narration impeccable et son autodérision délicieuse font que n’importe quel lecteur pourra s’identifier à cette urbaine accro au portable, qui galère, en amour et au boulot, mais qui peut compter sur sa petite tribu pour garder la tête hors de l’eau. Une tranche de vie d’aujourd’hui, tour à tour drôle et attendrissante, bien plus réussie que sa couverture trop mièvre.

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