Barrage de la Renaissance... Entre l'intransigeance éthiopienne et les droits hydriques égyptiens

Nevine Ahmed Mercredi 24 Juin 2020-16:11:43 Chronique et Analyse
Barrage de la Renaissance... Entre l'intransigeance éthiopienne et les droits hydriques égyptiens
Barrage de la Renaissance... Entre l'intransigeance éthiopienne et les droits hydriques égyptiens

Dans les flots du Nil, il y a plus que de l'eau... toute une vie et une glorieuse civilisation. Débouchant sur un point mort, les négociations sur le Barrage éthiopien de la Renaissance se sont arrêtées et l'Egypte a soumis tout le dossier au Conseil de Sécurité de l'ONU, pour sauvegarder ses droits hydriques dans les eaux du Nil, sans pour autant nuire aux aspirations de développement de l'Ethiopie.

Il est unique par sa contribution à la civilisation humaine et la grandeur des fascinants vestiges, et singulier par ses crues, ses paysages uniques et ses écosystèmes, le Nil est un parcours singulier. Autour de ce singulier Fleuve majestueux, l'Afrique doit pencher pour la coopération et la solidarité au lieu de se déchirer, jugent les experts et politologues.

Les premiers vers de l'Hymne au Nil - un texte du XXème siècle Av.J.C. - disent : "Gloire à Toi, Dieu secret sorti des ténèbres secrètes. Tu désaltères les troupeaux. Tu abreuves la Terre. Route céleste, tu descends des hauteurs. Ami des blés, par qui croissent les graines".

Plusieurs pays africains se partagent donc le Fleuve. Le plus fameux des dossiers à présent, est celui du Barrage que l'Ethiopie a construit et désire remplir pour servir ses aspirations au développement. Mais puisqu'on se partage les eaux du Nil, il faut aussi prendre en considération les intérêts des autres pays et ne pas nuire à leurs droits dans les eaux du Fleuve.

Des rounds de négociations autour du barrage éthiopien ont garni la scène et le parcours diplomatique a toujours prévalu, pour ne pas se laisser prendre par les feux des divergences. Les trois pays : L'Egypte, le Soudan et l'Ethiopie, ont avancé, chacun, leurs points de vue quant aux procédures de remplissage et de fonctionnement du Barrage de la Renaissance. Et après être parvenus à un protocole signé en 2015, sur l'étude des points techniques - point de divergence principal - les deux négociateurs (l'Egypte et le Soudan) aussi bien que les médiateurs (les Etats-Unis et la Banque Mondiale) ont été surpris par une remarquable intransigeance de la part de l'Ethiopie, qui insiste à procéder au remplissage du barrage, bien avant même de se mettre d'accord avec les deux autres parties sur les procédures et règles de remplissage qui garantissent les droits de l'Egypte et du Soudan.

A la recherche d'une solution équitable pour le partage des eaux du Nil, que l'Ethiopie pense qu'elles lui appartiennent, sans les autres pays (Ce qui contredit les chartes internationales et dénie les droits de l'Egypte et du Soudan et du Soudan du Sud dans les eaux du Fleuve), l'Egypte a frappé à toutes les portes de la diplomatie, et a fini par soumettre tout le dossier au Conseil de Sécurité des Nations Unies pour trouver une issue.

Les eaux du Nil, un droit historique de l'Egypte

Les tentatives éthiopiennes relatives au Barrage de la Renaissance contredisent les droits historiques et authentiques de l'Egypte dans les eaux du Nil, d'autant que Le Caire avait conclu - depuis le XIXème siècle - de nombreux accords internationaux avec les pays d'amont à ce propos (Un protocole le 15 avril 1891 entre la Grande-Bretagne et l'Italie, en vertu duquel, le gouvernement italien s'engage à ne pas entraver le flot des eaux du Fleuve par une quelconque construction, laquelle pouvant affecter le flot des eaux). En 1993, un accord-cadre a été conclu entre l'Egypte et l'Ethiopie, pour affirmer la coopération entre les deux parties dans tout ce qui concerne le Nil. Les deux pays se sont engagés à n'établir aucune activité concernant les eaux du Nil pouvant affecter les intérêts de l'autre partie. Cet accord affirme également la nécessité de protéger et de sauvegarder les eaux du Nil, ainsi que de coopérer et de se consulter toujours autour des projets conjoints.

Al-Sissi : Les eaux du Nil, une question de vie ou de mort

Le Président Abdel Fattah Al-Sissi n'épargne aucun effort sans ouvrir le dossier du Barrage de la Renaissance devant les sphères internationales, pour confirmer les droits hydriques de l'Egypte dans les eaux du Fleuve, tout en prenant en considération le droit de l'Ethiopie au développement. Mais cela ne doit pas se faire aux dépens des droits égyptiens légitimes dans les eaux du Nil, martèle toujours le Président.

Le Chef de l'Etat a tempêté : "Les eaux du Nil sont pour l'Egypte une question de vie ou de mort. C'est une question existentielle, ce qui fait incomber une grande responsabilité à la communauté internationale, qui doit remplir son rôle et inciter les différentes parties à être flexibles lors des négociations pour parvenir à une solution équitable qui réalise les intérêts communs".

Dans ses différents entretiens avec les leaders du monde, le Président Al-Sissi a discuté du dossier du Barrage avec le numéro un américain, Donald Trump. Ce dernier a affirmé l'engagement de son pays à faciliter les négociations afin de déboucher sur un accord équitable entre les trois pays.

Récemment, dans un entretien téléphonique avec le Président de l'Afrique du Sud, Cyril Ramaphosa, le Président Al-Sissi a échangé les points de vue avec le Président de l'UA, qui - à son tour - a affirmé partager les mêmes visions que le Président Al-Sissi sur les droits hydriques de l'Egypte et de l'importance des négociations sur ce dossier.

Un round de négociations qui a débouché sur un grand "zéro"

Le ministère égyptien de l'Irrigation et des Ressources hydrauliques a annoncé que le dernier round de négociations entre l'Egypte, le Soudan et l'Ethiopie n'a réalisé aucun progrès et a débouché sur un grand "zéro", à cause de l'intransigeance des positions de la partie éthiopienne. Addis-Abeba a refusé de discuter les points juridiques et techniques engageants.

Le ministre Dr Mohamed Abdel Aati a souligné que l'Ethiopie cherchait à s'acquérir un droit absolu pour l'établissement de projets sur le Nil Bleu. Ainsi, l'Ethiopie a-t-elle refusé que l'accord sur le Barrage de la Renaissance compte un mécanisme juridique engageant susceptible de régler les litiges. Elle a de même refusé que l'accord comporte des mesures efficaces pour faire face à la sécheresse.

Ainsi, l'Ethiopie poursuit-elle son intransigeance et ses positions rigoureuses, tout au long des négociations, qui ont duré presque une décennie, alors que l'Egypte tentait tous les moyens pour faire aboutir les négociations.

Le Conseil de Sécurité dans un tweet : Il est temps de conclure un accord sur le Barrage avant son remplissage

Il existe près de 257 millions de personnes qui vivent sur le Nil, ce qui signifie que le Conseil de Sécurité doit conclure une bonne et équitable affaire concernant les eaux du Fleuve. Dans un tweet, le Conseil de Sécurité de l'ONU, souligne qu'il est temps de conclure un accord sur le Barrage avant son remplissage.

Ce tweet confirme donc les droits hydriques de l'Egypte et du Soudan contre l'Ethiopie qui tente de s'accaparer des eaux, sous prétexte des projets de développement et de production de l'énergie électrique. Prétexte largement réfuté par de nombreux experts du domaine, affirmant que l'Ethiopie aurait pu construire un petit barrage pour réaliser ses aspirations au développement.

L'Immigration lance une initiative pour défendre les droits égyptiens dans les eaux du Nil

Le ministère égyptien de l'Immigration a lancé une initiative pour défendre les droits historiques de l'Egypte dans les eaux du Nil, et a ainsi appelé les Egyptiens à signer cette initiative, via le site électronique consacré à ce but. De nombreux citoyens ont positivement répondu à l'appel du ministère, pour confirmer une fois de plus les droits hydriques de l'Egypte que l'Ethiopie essaie de nier.

Une démarche soudanaise auprès du Conseil de Sécurité

Le ministère soudanais des Affaires étrangères a envoyé un message au Conseil de Sécurité de l'ONU, en vertu duquel Khartoum demande d'encourager toutes les parties concernées par le dossier du Barrage de la Renaissance, à mettre de côté l'intransigeance et à rejeter tous les actes unilatéraux qui peuvent affecter la paix et la sécurité régionales et internationales.

Le Soudan a de même appelé à appuyer tous les efforts qui visent à la reprise des négociations autour des règles de remplissage et de fonctionnement du Barrage, avec "une bonne intention de parvenir à un accord global et satisfaisant pour toutes les parties".

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