C'est la science qui le dit: Les personnes “détecteurs” des “fautes” sont moins agréables et plus fermées

Marwa Mourad Vendredi 23 Août 2019-19:09:17 Chronique et Analyse
Les personnes “détecteurs” des “fautes
Les personnes “détecteurs” des “fautes

Les scientifiques viennent de mettre le doigt sur un sujet sensible sur Internet: les erreurs grammaticales. D’après leurs conclusions, il semblerait que les personnes qui s’en offusquent sans cesse soient, de manière générale, « moins agréables et plus fermées » que celles qui les laissent passer.

Vous voyez de qui on parle ? Sur Facebook par exemple, nous avons tous quelques amis qui s’empressent de commenter dès qu’ils remarquent une faute dans n’importe laquelle de nos phrases… Des tests psychologiques ont révélé qu’il s’agissait souvent de personnes peu ouvertes, ayant une facilité toute particulière à juger les autres. Cela peut sembler évident, mais c’est la première fois que des chercheurs parviennent à démontrer qu’un trait de personnalité peut déterminer la réaction d’un individu face à une faute d’orthographe ou de grammaire. Cette avancée permet notamment d’en apprendre beaucoup sur la communication sur le net.

« C’est la première étude à montrer que les traits de personnalité des lecteurs ont des conséquences sur leur interprétation du langage »explique la scientifique Julie Boland, de l’Université du Michigan, aux États-Unis. Et d’ajouter :« Durant l’expérience, nous avons analysé les jugements sociaux que les lecteurs ont sur les auteurs. »

L’équipe de scientifiques à l’origine de l’étude a réuni 83 participants et leur a demandé de lire un mail de réponse à une annonce pour une colocation. Ce dernier contient différentes sortes d’erreurs. Des coquilles comme « vosu » au lieu de « vous », mais aussi des fautes plus importantes comme « ces » au lieu de « c’est ». Une fois l’étape de la lecture terminée, les 83 personnes doivent émettre un jugement sur l’auteur. Son intelligence ? Sa sympathie ? Sa personnalité ? Serait-il un bon colocataire ? Etc.

À la fin de l’expérience, les scientifiques leur posent la question suivante :« Avez-vous repéré des erreurs grammaticales ou des fautes d’orthographe ? Si oui, à quel point cela vous a-t-il dérangé ? » Ensuite, toujours à la demande de l’équipe d’étude, les participants ont dû compléter un test de personnalité. Ce dernier avait pour but de cerner leurs traits de caractère et de définir s’ils sont plutôt ouverts, agréables, extravertis, intravertis, consciencieux, prétentieux, altruistes ou égocentriques. Quelques questions portent aussi sur leur âge, leur parcours, et leur opinion sur la langue et son interprétation, une façon de mieux percevoir leur manière de penser.

En général, tous ont fait part de leur ressenti selon lequel le potentiel futur colocataire qui avait fait des fautes de grammaire et des coquilles dans son mail était moins bon que celui qui n’en avait fait aucune. Mais certains l’ont jugé beaucoup plus durement que d’autres. Et c’est là que cela devient intéressant. Les personnes dites introverties ont largement plus tendance à juger directement la personne qui a écrit le mail, compte tenu des erreurs qu’elle y a fait. En revanche, les extravertis ont beaucoup plus de facilité à passer au-dessus de ça, sans émettre de jugement négatif.

De plus, les participants reconnus comme « plus consciencieux mais moins ouverts » étaient plus sensibles aux coquilles, alors que ceux avec une « personnalité moins agréable » étaient plus heurtés par les erreurs grammaticales. «Sans doute parce que les gens moins sympathiques sont en général moins tolérants sur le fait de prendre des libertés avec la convention » ont conclu les chercheurs, dans leur rapport.

Un jugement qui serait particulièrement révélateur

L’une des questions posées aux candidats portait sur l’idée qu’ils se faisaient de l’auteur à partir de la simple lecture des textes. Les options de réponses étaient comme suit :

« Je pense que je pourrais bien être ami avec cette personne »

« L’auteur serait un bon colocataire »

« L’auteur me ressemble énormément »

« L’auteur me semble sympathique »

 « L’auteur a l’air d’être plus sophistiqué que la plupart de mes amis »

« Cette personne semble moins intelligente que la majorité de mes amis»

« L’auteur a l’air consciencieux »

« L’auteur semble attentionné »

« L’auteur semble être quelqu’un de fiable »

Une autre question avait pour objet 5 traits de personnalité : extraversion, conscience, agréabilité, neuroticisme (une forme de négativité émotionnelle) et ouverture. Les différents participants ont alors été interrogés pour savoir s’ils avaient pu relever des erreurs grammaticales ou de simples fautes de frappe et à quel point cela pouvait les irriter.

Les résultats auraient du coup suggéré que les extravertis avaient tendance à ne pas juger selon les erreurs, à la différence des introvertis. Un tel contraste s’expliquerait par le fait que les extravertis sont plus amenés à faire la distinction entre une erreur et la personne qui l’a commise, alors que quelqu’un d’introverti pourra assez facilement associer étroitement les deux.

Il faut néanmoins rappeler que cette recherche n’a porté que sur un petit échantillon de 83 personnes, ce qui représente un nombre insuffisant pour tirer une conclusion définitive.

«Ce qui est nouveau, c’est cette constatation que nous avons faite qui dit que les traits de personnalité du lecteur ont un impact sur la perception des fautes de frappe ou de grammaire. Sachant que la littérature contemporaine traitant de la relation entre la personnalité et le langage n’a fait qu’observer quelques aspects de la production de langage, sans prendre en considération aucune forme de son interprétation», disent les auteurs de l’étude, Julie E. Boland et Robin Queen, dans leur rapport.

Pour conclure, disons que d’un point de vue général, les personnes qui commentent et vous font remarquer que vous faites des fautes, celles qui sont touchées par un non-respect de la langue, sont la plupart du temps des introverties. Elles réagissent ainsi grâce ou à cause de leur personnalité. En effet, comme l’ont démontré les scientifiques via de subtiles expériences, il existe un lien très fort entre résistance aux fautes et trait de caractère.

Et vous? Si vous ne faites pas partie de ces personnes, peut-être que vous avez un ami proche qui est un « fanatique de la grammaire » ? Confirmez-vous ce que suggère cette étude ?

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