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Cham El-Nessim … La fête “salée” !

Dimanche 08 Avril 2018-14:07:38 Dossier
Cham El-Nessim … La fête “salée” !
Cham El-Nessim … La fête “salée” !

Cham El-Nessim est par excellence la fête de tous les Egyptiens. Un jour où l'on met de côté les différences de croyance et les problèmes quotidiens pour célébrer une fête purement égyptienne qui annonce le début du printemps.

 Par Nevine Ahmed

   et  Hanaa Khachaba

 

Pluies diluviennes, rues recouvertes de la gadoue, poussière,  chaleur suffocante ou froid glacial, rien n’empêche les Egyptiens, à peine un congé officiel est annoncé, de prendre la route! Ce peuple amateur des deux «f», flemme et fêtes, fait peu de cas de l’état du mercure, surtout quand il s’agit d’un ou de plusieurs jours fériés. Ici comme ailleurs, on adore les vacances! Les congés sont sacrés, rien au monde ne devrait les gâcher. On adore ces journées ensoleillées passées au bord du Nil, sur les plages ou dans les espaces verts. On ne raterait certainement pas l’occasion de fuir le vacarme de la capitale sous prétexte qu’il fait mauvais temps! Bon an, mal an, les familles font les bagages pour partir à l’aventure.

Pour Cham El-Nessim, tout le monde a certes fait ses préparatifs. En ce jour spécial, les Egyptiens font d'habitude des provisions de poissons salés, de harengs et de «fessikhs». L'oignon et les pois chiches sont maîtres. Le panier de provisions remplis et garnis de toutes sortes de spécialités pour ce jour. Les familles partent pour un rapide congé au bord de la mer, ou se dirigent vers les parcs et les jardins publics dans les quatre coins du pays pour célébrer l'occasion.

Ce jour est par excellence une journée pour l'unité nationale. «C'est le jour où Musulmans et Chrétiens oublient leurs croyances, et fêtent ensemble», lâche Mme Effat Al-Tawil, mère de famille. D'ailleurs, c'est toujours le cas en Egypte. N'est-ce pas ce sont les Egyptiens musulmans qui décorent le sapin lors des fêtes de Noël et ce sont après eux, les Egyptiens chrétiens qui accrochent le fanous lors du Ramadan?!

Les historiens racontent que Cham El-Nessim est une célébration pharaonique de «la plantation» des cultures. Elle remonte à la troisième dynastie (environ 2700 ans avant notre ère), précise Mohammed Arafa, professeur d'Histoire à l'Université du Caire.

Le nom vient de «shemu», qui signifie «création» dans le dialecte égyptien et du mot arabe «al-neseem», ou «brise», qui fut ajouté plus tard parce que cette célébration est liée à la brise du printemps, explique-t-il toujours.

Cham El-Nessim est donc la fête nationale qui, contrairement aux autres fêtes aux aspects différents, réunit les Egyptiens dans la joie de manger et de se promener. Cham El-Nessim est la meilleure chance de découvrir les rituels des Egyptiens quant aux modes de célébration de cette fête.

Outre du poisson salé et autres mets prisés, les spécialités de cette fête sont les œufs colorés, qui sont un symbole de création, a expliqué Arafa.

«A l'époque des Pharaons, les gens avaient pour coutume de décorer des œufs avec des symboles religieux et de les placer dans des paniers, alors que le poisson salé, ou fessikh, fait référence au caractère sacré du Nil et que l'oignon symbolise la volonté de vivre», a-t-il expliqué. «De même, la salade représente la fertilité et les pois chiches représentent l'arrivée du printemps.» Le lundi de Pâques est donc traditionnellement le grand pique-nique du peuple.

Cham El-Nessim est un jour férié en Egypte. Tôt dans la matinée, de nombreuses familles se donnent le plaisir de se promener dans les jardins publics, en felouque dans le majestueux fleuve du Nil. D’autres partent à la campagne pour échapper au vacarme de grandes villes. C’est généralement une belle escapade pour les Egyptiens qui se retrouvent accablés par maintes pressions pendant toute la semaine. L’essentiel est de changer d’air, de sentir le zéphyr à l’extérieur. Un déjeuner à l’extérieur est donc un must pour compléter le plaisir.

A dire Cham El-Nessim et fessikh, donc «Chahin» ou le roi du poisson salé. Ce dernier impose son savoir traditionnel et son label sur le marché depuis plus de 90 ans. Il est le roi indétrônable du métier. A chaque Cham El-Nessim, cette échoppe qui ne dépasse pas les 2 mètres x 1 mètre, devient la «Mecque» des gourmets.

Les grappes de «batarekh» (les œufs de harengs ou de mulets) sont étalées là soigneusement comme si des bijoux précieux. L'illustre «fassakhani» (vendeur de fessikh) de Bab El-Louk, a une notoriété indiscutable auprès d'une clientèle qui le connaît de père en fils.

Les portraits du père et du grand-père du propriétaire du magasin sont accrochés sur le mur pour raconter une histoire de longues années dans un métier dont ils sont fiers et qu'ils n'ont jamais pensé changer.

Le logo «Chahin» confirme que ces poissons sont bons à consommer, il faut l'admettre, car ce n'est pas d'importe où que vous pouvez acheter le fessikh.

Il y a quelques jours, le travail se fait dans l'échoppe d'arrache-pied. Tout le personnel se préparait pour les longues files d'attente des clients, venus de tout bord, pour acheter ses fessikhs. La production est essentiellement de Nabaro à Kafr El-Cheikh ou Mansoura, ville très réputée pour la fabrication de fessikh.

L'échoppe, propreté et hygiène sont respectées. L'étiquette «Chahin» les garantit et est synonyme de luxe, puisque la famille a œuvré de longues années pour forger son nom. Bien sûr que sa renommée a dépassé les frontières. Dans les pays arabes et même européens, on connaît «Chahin» et ses fessikhs. Les commandes sont faites outre-mer ! Le prix c'est cher, reconnaît-on, mais la qualité est assurée.

En ce jour particulier réputé avoir un effet bénéfique, des familles parsèment la pelouse des parcs publics. Des marmites de mahchi (sortes de légumes farcies avec du riz aux herbes) jonchent le sol, autour desquelles une ribambelle d’enfants courent gaiement çà et là, s’en moquant des cris des mamans et de leurs avertissements! Cham El-Nessim est souvent l’occasion des retrouvailles en famille. Des semaines d’avance, les familles s’organisent afin de pouvoir partir ensemble en voyage. Au bord des plages, l’odeur pénétrante du fessikh devient moins gênante.

Si Cham El-Nessin a perdu tout caractère religieux, selon lequel les offrandes furent données aux dieux, le rituel demeure. La tradition égyptienne lie entre cette fête du printemps et l’envahissement des espaces verts. Attendu d’année en année, Cham El-Nessim représente pour beaucoup de familles égyptiennes aussi un beau renouement avec ses voisins, surtout si ces derniers sont de confession différente. Au vu du rythme rapide de la vie quotidienne, les voisins échangent à peine les salutations. A cette occasion, ils veillent à s’offrir de petits cadeaux symboliques. Un panier d’œufs colorés, des friandises pour les enfants ou un paquet de poissons salés, tout s’accepte entre voisins. Le partage de la fête lui donne tout son charme, car véritablement Cham El- Nessim est par excellence une fête égyptienne, ni musulmane ni chrétienne.

C'est vraiment une belle fête qui rassemble les Egyptiens, et ce qui se passe au Caire et dans le reste des gouvernorats égyptiens à l'occasion de Cham El-Nessim est sans égal, car chacun s'empresse de trouver une place dans les parcs et les jardins publics, et les enfants sont aux anges, en particulier quand ils commencent à ouvrir leurs œufs de couleurs. Joyeuses Pâques et Cham El-Nessim à toutes et à tous.

 

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