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Chemins de fer: Le renouveau est de mise

Nevine Ahmed Mercredi 08 Août 2018-13:13:52 Chronique et Analyse
Al-Sissi a présidé, il y a deux jours, une réunion avec une délégation russe spécialisée dans le domaine ferroviaire
Al-Sissi a présidé, il y a deux jours, une réunion avec une délégation russe spécialisée dans le domaine ferroviaire

Maintenant ou jamais. La réhabilitation des chemins de fer avec l’aide d’une part des bailleurs de fonds et du secteur privé, constitue un défi majeur que l’Egypte a décidé de relever.

 

Quand un pays décide de développer son économie, il ne peut le faire sans le rail, qui représente un moyen de transport, souvent peu coûteux et le mieux adapté pour le déplacement, non seulement des personnes, mais également de gros volumes sur de longues distances.

Mais les chemins de fer ont des coûts de construction et d’équipement élevés et requièrent une gestion plus complexe que celle des routes. C’est dans ce cadre que l’Etat est mobilisé pour remettre sur les rails un système jugé désuet et dans un état déplorable. Le président Abdel Fattah Al-Sissi avait, à maintes reprises, souligné l’importance de l’accélération du processus de modernisation et de développement du réseau ferroviaire au niveau de tout le pays.

Le président avait reçu il y a quelques jours, une délégation russe, des représentants de grandes entreprises spécialisées dans le domaine ferroviaire, sous la présidence du ministre russe du Commerce et de l’Industrie.

La coopération égypto-russe dans les chemins de fer a été à la tête des entretiens. Al-Sissi a affirmé que l’Egypte tenait à avoir les meilleures offres faites par le côté russe pour doter l’Egypte de nouveaux wagons. Les conditions financières sont nécessaires pour concrétiser ce domaine de coopération bilatérale.

La présidence a également souligné l’intérêt du pays à transférer les expériences russes au Caire, dans le cadre du plan étatique pour la mise en place de 2000 km de nouvelles lignes de chemins de fer. Il s’agit également de moderniser les différentes stations de passagers et les points de passage et de contrôle, d’après les meilleures normes mondiales.

Le porte-parole présidentiel avait, à cet effet, souligné que la direction politique dans l’Etat était déterminée à voir le réseau ferroviaire reprendre sa force d’antan, de sorte à être à la hauteur de l’Egypte. Et le responsable de rassurer que les derniers accidents survenus à cause du piteux état dans lequel se trouve ce réseau, a poussé la direction à prendre en considération les contestations et les plaintes du public relatives à ce secteur important. Le renouveau des chemins de fer est de mise, a-t-il affirmé.

D’ailleurs, le coût de l’entretien et de la gestion d’un vaste réseau ferroviaire dépasse les moyens de nombreux pays en développement et non pas seulement l’Egypte. Cela laisse les bailleurs de fonds, plus enclins à financer les réseaux routiers que le rail. La Banque Mondiale a préconisé une restructuration des chemins de fer avec une coopération tangible et efficace du secteur privé.

Les citoyens ressentiront évidemment un net progrès au niveau des chemins de fer, avant la fin de 2019, a affirmé sur un ton déterminé, le ministre des Transports, Hicham Arafat. Et de renchérir que le ministère accorde un intérêt particulier à tous les détails, à commencer de l’infrastructure et jusqu’au système des voies ferrées.

Des démarches ont été à cet effet prises pour importer et fabriquer de nouvelles voitures de train et des locomotives pour renouveler la flotte, a ajouté le ministre. Arafat a notamment parlé de la hausse des compétences humaines, comme un des mécanismes du ministère pour compléter ce renouveau.

 

Côté historique: Le grand luxe sur les rails

L’histoire des chemins de fer en Egypte est ancienne, puisque c’est le deuxième pays au monde, après la Grande-Bretagne en 1820, à s’en être doté. Après l’invention des locomotives à vapeur en Angleterre, une compagnie anglaise propose à Mohamad Ali pacha de construire la première ligne ferroviaire d’Egypte, reliant Alexandrie à Suez. Un projet d’abord rejeté. Mais le khédive Abbas 1er accepte ensuite de construire une ligne entre Le Caire et Alexandrie de 209 km, puis une seconde Le Caire-Suez. Le 23 septembre 1852, l’Egypte inaugure ainsi la première ligne de chemins de fer sur le continent africain. Le trajet qui durait deux jours entre Le Caire et Alexandrie passe à 7 heures seulement.

Sur le site «Egyptophile», on écrit: «En 1914, les diverses compagnies opératrices privées qui avaient obtenu des concessions d’exploitation du réseau ferré égyptien réintègrent la compagnie nationale des Chemins de fer égyptiens, cette société exploitant par ailleurs des activités périphériques: compagnie de télégraphie, services de livraison de colis, une imprimerie, un magazine en arabe-anglais édité par Cooke.

n ferroviaire particulièrement «sensible» est construite, de 1915 à 1918, dans le Sinaï, entre l’Egypte (El-Qantarah) et la Palestine (Rafah). Le climat d’insécurité et de tension dans la région, ponctué de périodes d’hostilité déclarée avec le voisin israélien, a eu pour conséquence la neutralisation, puis la suppression définitive de cette voie de communication. En 1967, durant la guerre des Six-Jours, l’armée israélienne, qui occupe la péninsule du Sinaï, détruit la ligne de chemins de fer et utilise les matériaux pour la construction de la ligne Bar-Lev, une chaîne de fortifications construite le long du canal de Suez.

Sur l’apparition du transport ferroviaire en Egypte, Jean-Jacques Luth écrit: «La durée des voyages varie. A titre d’exemple, vers 1880, pour faire le trajet Alexandrie-le Caire (250 km environ), on met six heures par train ordinaire. L’express, lui, fait le même parcours en quatre heures. (…) Les voyageurs se plaignent souvent du non-respect des horaires et de l’inexactitude des trains. Mais quand on apprend que les convois restent en gare dans l’attente des pachas lorsque ceux-ci manifestent le désir de prendre le train, les retards s’expliquent sans difficulté et la mauvaise humeur des passagers aussi.»

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