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Dans le monde des métiers... il y en a de tout ! (1)

Nevine Ahmed Mardi 16 Avril 2019-17:48:38 Chronique et Analyse
Al-saqqayine (Les vendeurs d'eau)
Al-saqqayine (Les vendeurs d'eau)

Pour faire un monde, il faut de tout. Même règle pour les métiers. S'il y a des médecins, des commerçants, des banquiers, etc., il y a également des métiers dont on ne parle peut-être plus. Petits ou grands, ces jobs- même si certains entre eux ont disparu- ont eu, à un moment de l'histoire, leur place dans la société égyptienne. Tour d'horizon. Au début de l'année 1841, le système de monopole a été abrogé en Egypte, et l'on commença à imposer un autre qui a fait prévaloir la liberté économique. Ceci dit, l'on verra remonter à la surface ce qu'on appelait dans le temps : les secteurs ou communautés de métiers. Il y a eu, donc, différentes communautés à la lumière de différentes industries qui se répandaient, comme l'industrie d'huile, celle relative à tout ce qui a trait aux tissus, filature et tissage, ou encore les industries relatives à la construction, comme les menuisiers, les fabricants de tapis, outre les communautés des métiers jugés "bizarres" ou insolites comme "Al-messalekati" (le déboucheur de pipes), "Al-Hammar" (le vendeur d'ânes) ou "Al-chobokchi" (le vendeur de pipes).Dans son livre "Les communautés de métiers au Caire", l'auteur, Dr Nabil Al-Toukhy, jette la lumière sur certains métiers très bizarres, mais bien connus jusqu'à la seconde moitié du 19ème siècle. L'auteur explique que les artisans étaient organisés d'après la communauté dont ils dépendaient. Il raconte que chaque communauté avait une forme hiérarchique, avec à sa tête le cheikh du métier, suivi du patron, puis de l'apprenti. Chaque communauté avait ses mœurs et coutumes et se centralisait dans un quartier spécial, où tous ses pratiquants résidaient.D'habitude, le quartier portait le nom du métier, comme par exemple, "Al-Nahassine" (les fabricants et batteurs du cuivre), "Al-Sagha" (les orfèvres) ou "Al- Haddadine" (les forgeurs).

1- "Al-messalekati" (Le déboucheur de pipes)

 

C'est un métier dépendant de celui de "chobokchi". « Al-messalekati » est donc cet ouvrier chargé de déboucher et de nettoyer les pipes. Il utilisait pour son métier, des fils en fer, qu'ils liaient ensemble par des fibres de cannabis. C’était un métier médiocre qui ne rassemblait que les pauvres et les chômeurs. Le nombre d'ouvriers travaillant comme "messalekati" a atteint, lors du dernier trimestre du 19ème siècle, 46 "messalekatis", d'après ce que nous racontent les historiens.

 

2- "Al-chobokchi" (Le vendeur de pipes)

 

L'Egypte a connu le métier de "chobokchi" avec l'entrée du tabac dans le pays, qui s’est transporté de la Turquie vers l'Egypte au cours du 17ème siècle, peu avant l'ère ottomane. En revanche, le tabagisme était prohibé dans le temps par les savants religieux. Lors d'un voyage d’un des aventuriers au cours de la seconde moitié du 19ème siècle, il a raconté aux gens avoir vu quelques-uns fumer ce qu'on appelait en langue arabe "Al-Chobok" (du mot turc) et qui signifie la pipe. Dès lors, les commerçants ont fait introduire en Egypte les pipes, et Al-chobok était donc cet outil de tabac dont le fabricant et vendeur était appelé "chobokchi". Cet outil ressemblait à la pipe mais avait un plus long tube pour refroidir le tabac. Ce tube était fabriqué en bois ; tandis que le moins cher et le plus populaire était fabriqué en pierre. La forme dépendait du niveau social du fumeur. Les plus riches avaient leurs pipes fabriquées des types de bois les plus fins, et parfois ils les faisaient envelopper de soie naturelle.

3- "Al-hammar" (Le vendeur d'ânes)

La communauté des vendeurs d'ânes a joué un rôle important au Caire dans le temps. L'âne étant un des moyens de transport officiels. Le nombre des membres de cette communauté a atteint 1729 personnes, assurant un transport facile et sûr dans les différents coins de la capitale. D'autres métiers en dépendaient, comme ceux qui assuraient le logement et le service des ânes. Les ânes et les charrettes ont demeuré les moyens de transport principaux pour les Cairotes jusqu'à l'apparition du tramway en août 1896. Au début de l’apparition de celui-ci, les habitants l'ont très mal accueilli. Ils l'appelaient même "le fantôme" !

4- "Al-saqqayine" (Les vendeurs d'eau)

Le Caire a toujours dépendu du Nil pour son eau. Toutefois, l'eau potable n'était à la portée des habitants que pour les trois mois suivant la crue. Pour le reste de l'année, ils se dotaient d'eau via les "saqqayine" ou les vendeurs d'eau qui se répandaient dans le temps. Vers la fin du 18ème siècle, le nombre des communautés des vendeurs d'eau a atteint 8 communautés. Ils portaient l'eau sur leurs dos ou sur ceux des ânes. Ils habitaient les quartiers de Bab Al-Bahr, Bab-Allouq, la venelle d'Al-Saqqayine et enfin Qanater Al-Sab'e. Chaque jour, le vendeur d'eau arpentait les différentes rues de la capitale vendant l'eau aux désireux. Ceci donna naissance à d'autres métiers comme ceux des potiers ou de fabricants de gargoulettes. Les vendeurs d'eau ont poursuivi leur travail dans la capitale jusqu'à la seconde moitié du 19ème siècle. C'est alors que le khédive Ismaïl a signé un contrat avec Cordier pour pomper l'eau en 1865. Des tuyaux d'eau ont été étendus dans les différentes régions pour transporter l'eau de la Citadelle jusqu'à Abbassiya puis Bab Al-Chaariyah et Fagala ainsi qu'aux autres quartiers de la ville.

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