Des stars brillent, des stars pâlissent

Nermine Khatab Mardi 11 Août 2020-14:48:35 Chronique et Analyse
Des stars brillent, des stars pâlissent
Des stars brillent, des stars pâlissent

 

L'acteur, avec tout ce qu'il détient d'atouts et d'habileté d'expression, se voit comme le bâton magique dont se sert le réalisateur afin de transmettre l'idée voulue et dont le rôle n'est pas d'une moindre importance que celui du narrateur dans un conte populaire. Il suffit de saisir que telle ou telle vedette est le héros d'un film pour justifier ce paysage étonnant de file à perte de vue de foule compacte se fourmiller devant le guichet du cinéma. En fait, le cinéma ressemble à un ciel nocturne et enchanteur où brillent les stars dans une soirée sereine et douce comme des perles ornant majestueusement l'espace. Mais, en hiver quand les nuages sombres et brumeux couvrent énormément l'horizon, les étoiles, si étouffées, se dissimulent derrière ces marées de flou.

 

 

 

Toute chose démodée perd son attrait. C'est comme ça le cours naturel des choses. Mais ce n'est pas toujours le cas; puisque l'on se demande: Pourquoi l'art classique, malgré le temps et l'apparition de nouvelles couleurs d'art moderne, ne perd rien de son faste, voire reste intronisé roi des rois? Certes, le passé paraît toujours comme un rêve lointain qu'on se sent à intervalles si nostalgiques, émerveillé par son charme et ses mystères à n'en jamais finir. 

Peut-être le secret en est que les films en noir et blanc racontent l'histoire d'une ère d'opulence qui ne va point redevenir et dont les vestiges commencent à s'effacer dans la foulée des vagues brumeuses d'une modernité assourdissante ensevelie dans son matérialisme. Peut-être c'est parce que là, les belles valeurs d'amour pur et de sérénité retentissent fort dans ces longs métrages considérés comme l'oasis recherchée d'un voyageur, exaspéré et assoiffé du fait d'un long périple douloureux. Multiples sont les "peut-être". Mais la réalité reste une. A part d’être une source resplendissante et envoûtante d'une ère qu'on n'aurait jamais voulu disparaître, ils nous ont légué une richesse intarissable de vedettes qui sont des labels de courtoisie, d'attirance, d'audace, de courage et de gentillesse. On les regarde comme des "Don Juan" des classiques d'art arabes, connus pour leur charisme, leur présence à l'écran et aussi pour leurs talents de champion au bridge. Qui de nous ne rêvait pas que son prince charmant soit un sosie de Rouchdi Abaza, de Choucri Sarhane, Omar Al-Chérif,...

 

L'utopie trouve sa place sur terreQuand on parle de la création des vedettes du cinéma, toute une expression s'invite laquelle est "l'image du héros" pour devenir si vite un outil incontournable de cette industrie à large base d'amateurs. Surgie parfois de l'utopie, cette image devient au fur et à mesure un miroir authentique des aspirations du grand public et une traduction de la chaîne des valeurs dominantes. En faisant reculer les roues de l'histoire jusqu'à se porter sur les années 50 ou plus précisément de l'après révolution de 1952 où prédominent des valeurs immaculées comme la dévotion, le sacrifice, le romantisme, le respect d'autrui… Pour ce, peut-on constater que cette image s’harmonisait parfaitement avec ces sensations.Où sont-elles maintenant ? S'agit-il du temps qui ne laisse rien tel qu'il était autrefois ? Hélas ! La question ne connaîtra pas de réponse tellement le décochement des flèches ne se fait pas rare.

 

Stars mais sans éclatAlors que l’art classique avait une relation confortable avec un public cultivé et une croyance ferme en la tradition établie, l’art moderne semble avoir brisé tout lien avec les idéaux traditionnels de beauté ou d’harmonie, et la seule relation qu’on peut voir entre lui et le grand public est un mépris mutuel. C'est tout à fait naturel de voir l'écho de cet état gélatineux retentir si fort traçant ainsi les traits caractéristiques du nouveau héros. Parfois des personnalités neutres incapables de laisser l'empreinte voulue auprès des téléspectateurs. Non-charismatiques ou ne sont-ils pas à la même hauteur de fascination et d'élégance que les stars des années 50 et 60. Bref, tout est différent. L’art peut-il redevenir ce qu’il était autrefois ? De telles questions hantent toute la réflexion sur l’art, et ont souvent été accompagnées d’une certaine nostalgie, ou d’une protestation contre l’état actuel. Cette nostalgie est peut-être inévitable – nous la ressentons en quelque sorte malgré nous –, mais la bataille est déjà perdue. On lui reproche un manque de goût et une ignorance esthétique.Le romantisme, la dernière chance

 

Toutefois, la roue du temps peut tourner vers l'arrière. On ne va pas mâcher les mots. Si l'on cherche une bouée de sauvetage, si l'on croit fort en la capacité de l'art à façonner les principes de la finesse et du goût raffiné escompté et non seulement un simple outil de traduction des tendances dominantes, l'on constatera que le retour au romantisme tranquille s'impose comme premier pas sur la voie. En ce cas, on opte pour des stars à large base de popularité auprès de leurs fans, des vedettes qu'on appelle vedettes non pas pour la virtuosité de l'incarnation, l'adresse du choix des rôles, ou le génie des personnalités qu'ils présentent, mais parce qu'ils font d'une pierre deux coups. Adorables, ils ont excellé durant de longues années d'euphorie, de richesse, d'éblouissement, d'intérêt,… Même disparus, leurs souvenirs ne se sont point effacés de la mémoire de leurs fans tellement épris du genre d'art qu'ils présentaient. L'empreinte et les vestiges qu'ils ont légués étaient tellement marquants qu'ils s'inscrivent en lettres d'or dans l'encyclopédie du cinéma mondial.

 

Une comparaison injuste

 

Des labels du passé ! Que ces jours reviennent ! Que ces visages réapparaissent ! Que des films soient reproduits valant la grandeur de Doaa El Karawan, Nahr El Hob... Hélas ! Cette série de "que..." nous mène vers une autre problématique alarmante. Récemment, la scène dramatique connaît un déluge d'œuvres consistant à reproduire les anciens films des années 50 et 60 à l'instar d'Al Zoga El Taneya (La seconde femme). Ces films qui à l'époque connurent un succès foudroyant et réalisèrent des gains frénétiques tant pour les producteurs que pour les artistes. Malgré tout, une fois ces œuvres lancées, les réactions étaient inattendues voire même choquantes. Un état de désintérêt dominait. Pourquoi ? On se pose la question. L'œuvre reproduite n'est pas à la même hauteur du film original, parlons à tous les niveaux, scénario, incarnation,… On parle de superficialité ou d'insipidité. Peut-être parce malgré nous on fait la comparaison qui serait, certes, injuste et pas dans l'intérêt de l'œuvre ressuscitée. La personnalité d'Aboul Ela démeurera ancrée dans nos esprits à travers l'artiste Choucri Sarhane et non à travers personne d'autre. La vérité est qu'on se sent nostalgique de ces stars et de cette époque même qui nous évoque les plus beaux souvenirs d'antan et dont on ne se lassera point pour l'éternité.

 

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