Don d’organes après décès, une seconde vie

Ingi Amr Dimanche 06 Mai 2018-15:10:11 Chronique et Analyse
Don d’organes après décès, une seconde vie
Don d’organes après décès, une seconde vie

Etre «humain» c’est apprendre à donner. Donner son temps, son argent, parfois son sang. Les uns poussent le don à l’extrême en faisant un don d’organes à un proche. Donner rime avec bonté et sacrifice. Pourtant, il ne faut pas être vivant pour donner. Même après la mort, une personne peut continuer à donner. Faire un don d’organes après décès, serait vivre une seconde vie et donner l’espoir de vivre à une autre personne.

 

«On ne vit qu’une seule fois» semble n’être plus vrai. Si une personne décide de faire un don de ses organes après son décès, elle resterait vivante, à travers une autre personne.

 

Vis deux fois

Puisque la culture du don d’organes après la mort n’est pas en vogue, une campagne ayant pour devise «Vis deux fois» a été lancée pour sensibiliser les jeunes sur le don d’organes après décès.

Un groupe d’étudiants ont organisé une conférence à l’Hôpital Saoudi-allemand au Caire, en présence de nombre de professeurs et d’étudiants. La conférence fut ouverte par une discussion sur la question du don d’organes. Il s’agissait d’informations simples sur la transplantation. Informations données par le président du programme de greffe de foie à l’Institut Nasser, et professeur de chirurgie à l’Université de Aïn Chams, Dr Amr Abdel Aal.

Cette campagne rime avec la décision prise, vers la fin de l’année 2017, précisément en octobre, parle ministère de la Santé qui a annoncé que toute personne pouvait faire un don d’organes après décès à condition d’avoir fait un testament officiel. Une fois le testament fait, le comité supérieur pour la transplantation d’organes relevant du ministère de la Santé pourra obtenir les organes de la personne décédée et les fournir, gratuitement, pour celles qui ont besoin d’une transplantation. De plus, un fonds pour la transplantation a été créé pour aider les personnes démunies qui ont besoin de greffes (Une greffe est une opération chirurgicale qui consiste à transplanter un organe provenant d’un donneur dans l’organisme d’un receveur).

D’ailleurs, le comité a fixé des critères afin de s’assurer de la mort du donneur ayant fait un testament avant d’en prélever des organes. La mort cérébrale est une condition impérative. Il faut donc préciser ce qu’est la mort cérébrale ou encéphalique. C’est l’absence totale et définitive d’activité cérébrale chez une personne. Pour l’OMS, la mort cérébrale est le critère médico-légal du décès. Au contraire d’un simple arrêt cardio vasculaire, la mort cérébrale est un processus irréversible vers le décès définitif.

En 2012, l'OMS propose la définition suivante de la mort: «La mort se produit lorsqu'il y a une perte permanente de la capacité de conscience et une perte de toutes les fonctions du tronc cérébral. Ceci peut résulter d'une cessation permanente de l'activité circulatoire et/ou après une blessure catastrophique du cerveau. Dans le contexte de la détermination de la mort, "permanent" se réfère à une perte de fonction qui ne peut reprendre spontanément et ne peut être restaurée par intervention.»

Une étude publiée en 2017 par la Revue Canadian Journal of Neurological Sciences a porté sur le suivi de l'activité cérébrale de quatre patients mourants. Chez trois d'entre eux l'activité cérébrale a semblé s'être arrêtée bien avant que le cœur cesse de battre, mais chez le quatrième, une activité cérébrale a été détectée jusqu'à 10 minutes après l'arrêt du cœur. Le diagnostic de mort cérébrale exige donc une procédure rigoureuse et bien standardisée afin de s'assurer de l'irréversibilité. Cet état de mort cérébrale est l'un des critères requis pour le prélèvement d’organes pour faire une transplantation.

Le sujet en état de mort cérébrale doit être gardé sous ventilation mécanique jusqu'au prélèvement chirurgical de ses organes par une équipe spécialisée car la mort cérébrale mène inéluctablement à la mort d’autres organes.

 

La transplantation en Egypte

La transplantation d’organesest devenue connue en Egypte grâce au fameux médecin Dr Mohamed Ghoneim en 1976. Les réalisations en ce domaine se sont poursuivies à l’Institut du Foie à Ménoufiya sous les auspices de Dr Yassine Abdel Ghafour. Pourtant, la culture du don d’organes de personnes décédées en Egypte n’était pas en vogue. Les donateurs étaient uniquement des vivants.

Un progrès fut réalisé.Le ministère de la Santé a annoncé qu’à partir de mi 2014, des opérations de transplantation seraient effectuées à partir d’organes de personnes récemment décédées. De telles chirurgies avaienteu lieu dans les hôpitaux militaires et universitaires seulement.

Dans ce contexte, nombre de restrictions ont été imposées pour contrôler les opérations de transplantation afin d’écarter les intensions commerciales. Il est à faire savoir que trois centres seulement étaient accrédités par le ministère de la Santé pour la transplantation d’organes. Il s’agissait d’un centre relevant de la Faculté de médecine du Qasr Al-Aïni, d’un centre relevant de la Faculté de médecine de Aïn Chams et un troisième à l’hôpital militaire de Maadi (dans la capitale).

Depuis des années, des appels sont lancés pourfaire du progrès au dossier du don d’organes et de la transplantation.

En janvier 2016, l’Association du Proche Orient pour la Transplantation d’organes avaitorganisé sa première conférence internationale. Durant la conférence, les experts égyptiens en transplantation avaient appelé à accélérer l’adoption de législations permettant d’effectuer des greffes (transplantations) depuis des organes de personnes récemment décédées. Ceci pour réduire les listes d’attente dans les centres de transplantation.

En octobre 2016, un centre spécialisé dans les recherches sur les maladies cardiaques vient d’être inauguré à Assouan au sein de l’Institution de MagdiYaacoub. Le centre constitue un grand essor dans les services sanitaires présentés au domaine de cardiologie.

A cette occasion, le grand cardiologue MagdiYaacoub avait jeté la lumière sur la nécessité de transplantation. «La transplantation d’organes est une question très importante. La transplantation peut sauver une vie. La Constitution appuie cette idée. J’ai soumis au président un projet de loi sur la transplantation d’organes», avait annoncé Dr Yaacoub.

 

Transplantation et religion

Dar Al-Iftaa, la Maison des Fatwas, a fixé des règles pour contrôler la transplantation d’organes prélevés d’une personne décédée. Premièrement, il est impératif que l’état de mort soit irréversible, c’est-à-dire cérébrale non pas clinique. Il faut s’en assurer par le biais d’une commission formée de trois médecins au moins pouvant trancher l’état de la mort. Un certificat signé par les trois médecins doit être présenté.

Il est impératif que l’état de santé du receveur de l’organe prélevé soit en dégradation continue. C’est-à-dire qu’il importe que la transplantation soit la seule issue pour le sauver.

Il est impératif que le donneur, la personne décédée, ait fait un testament officiel consentant le prélèvement d’un ou de plusieurs de ses organes après son décès.

Il est interdit de prélever des organes pouvant causer des confusions généalogiques comme les organes génitaux comme est le cas avec les vivants.

Le prélèvement d’organes doit avoir lieu dans un centre médical spécialisé et accrédité. Le prélèvement doit être gratuit.

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