Essayons d'être plus gentils

Ingi Amr Dimanche 03 Novembre 2019-13:25:26 Chronique et Analyse
Essayons d'être plus gentils
Essayons d'être plus gentils

Aujourd’hui c'est la Journée de la gentillesse.  La gentillesse, disait l’empereur et philosophe romain Marc-Aurèle, est “le plus grand plaisir” de l’être humain. Penseurs et écrivains ont abondé dans ce sens pendant des siècles, mais aujourd’hui beaucoup de gens trouvent ce plaisir incroyable ou du moins hautement suspect.

 

 

La gentillesse repose sur une sensibilité aux autres, sur une capacité à s’identifier à leurs plaisirs et à leurs souffrances. Les plaisirs que procure la gentillesse sont parmi les choses les plus gratifiantes que nous possédions. (Source courrierinternational.com)

Le terme de “gentillesse” recouvre des sentiments que l’on nomme aujourd’hui solidarité, générosité, altruisme, humanité, compassion, pitié, empathie – et qui par le passé étaient connus sous d’autres noms, tels que philanthropia (amour de l’humanité) et caritas (amour du prochain ou amour fraternel). La signification précise de ces mots varie, mais ils désignent tous en gros ce que l’on appelait à l’époque victorienne “grand cœur", la disposition favorable à l’égard de l’autre.

Aujourd’hui, il n’y a qu’entre parents et enfants que la gentillesse est attendue, bien vue et de fait obligatoire. La gentillesse – c’est-à-dire la disposition à assumer la vulnérabilité des autres, et donc de soi-même – est devenue un signe de faiblesse.

Le manque de gentillesse est la maladie de notre époque.  Nous avons développé dans nos sociétés une phobie de la gentillesse, évitant les actes de bonté et trouvant toutes sortes de bonnes raisons pour justifier cette aversion.

.La plupart des adultes pensent secrètement que la gentillesse est une vertu de perdants. Mais parler de perdants et de gagnants participe du refus phobique de la gentillesse. Car s’il y a une chose que les ennemis de la gentillesse – et nous en sommes tous aujourd’hui – ne se demandent jamais, c’est pourquoi nous en éprouvons. 

Le manque de gentillesse dénote un manque d’imagination tellement grave qu’il menace non seulement notre bonheur, mais aussi notre santé mentale. Se soucier des autres, comme le disait Jean-Jacques Rousseau, est ce qui nous rend pleinement humains. Nous dépendons les uns des autres non seulement pour notre survie, mais aussi pour notre existence même. Pourquoi sommes-nous portés à être gentils envers les autres ? Pourquoi la gentillesse est-elle importante pour nous ? La gentillesse a ceci de particulier que nous savons parfaitement la reconnaître, dans la plupart des situations. Nous savons généralement quoi faire pour être gentil. Nous avons généralement les moyens de le faire et cela procure du plaisir.

 

La gentillesse, c'est bon pour le moral

Souvent associée à un aveu de faiblesse, la gentillesse est une qualité qui nécessite, au contraire,  un certain courage. (source lemonde.fr)

On rabâche aux enfants d'être gentils mais une fois devenus adultes, on associe cette vertu à de la faiblesse, voire à de la bêtise. Par quelle métamorphose une qualité louée dans l'enfance devient-elle presque un défaut chez les adultes ? "Le temps est venu de changer radicalement la façon de concevoir la gentillesse, considère Stefan Einhorn, un cancérologue suédois, auteur d'un ouvrage sur le sujet. Nous avons tout à gagner à être bons envers ceux qui nous entourent et beaucoup à perdre à ne pas l'être, considère ce médecin devenu spécialiste de l'éthique. Je pense que la gentillesse est le facteur déterminant de notre degré de réussite."

Ce médecin oncologue croit aux vertus de la bonté pour ses bienfaits. Pour convaincre les sceptiques, il met en avant les avantages qu'on en peut retirer. "Les études scientifiques ont montré qu'il existe plusieurs bénéfices à être gentil. Quand vous faites une bonne action, vous activez une zone liée au plaisir dans le système mésolimbique du cerveau, détaille Stefan Einhorn. Par ailleurs, les études montrent que la probabilité que des personnes fassent de bonnes actions envers vous et même envers les autres augmente si vous-mêmes en faites envers eux."

Des chercheurs vont jusqu'à affirmer que la gentillesse, probablement parce qu'elle diminue le stress, aurait des effets positifs sur la santé. Des travaux publiés en 2001 dans la revue Psychological Science affirment que pardonner est bon pour le coeur.

Pour Stefan Einhorn, la gentilles  ne se nourrit pas de bonnes intentions mais d'actions généreuses et de critiques constructives. Trois éléments caractérisent, selon lui, une bonne critique : premièrement, elle a lieu en privé ; deuxièmement, elle est formulée dans l'espoir de faire évoluer le comportement du destinataire ; troisièmement, elle est énoncée avec sympathie. La bonté procède par empathie, écoute, attention à l'autre. C'est tout un art. "Si je n'aime pas certaines choses en moi, je ne les supporterai pas chez l'autre. C'est l'effet miroir", poursuit-il. Etre vraiment gentil avec les autres suppose d'avoir fait un travail d'intériorité pour identifier nos besoins. Bref, d'être gentil envers soi-même.

 

Qualité ou faiblesse?

Quelle attitude adopter ? Etre gentil coûte que coûte, quitte à se faire marcher sur les pieds? Il faut se poser la question:  si on est pas gentil, qui le sera pour nous ?Si nous adoptons un comportement agressif, il y a de fortes chances que la personne que l'on a en face adopte le même comportement. Etre gentil peut alors désamorcer un conflit qui pourrait même dégénérer en bagarre.

D'un autre côté, la gentillesse peut être aussi perçue comme une faiblesse dans laquelle votre adversaire s'engouffre allègrement. Que faire ?Donc, on se retrouve dans la situation où si on est gentil, on est aimé des gens, où l'on recherche votre compagnie en disant "cette personne, quelle belle âme !"D'un autre côté, c'est la porte ouverte à tous les manipulateurs, les profiteurs et autres personnes malfaisantes.

En conclusion, essayons autant que possible d'être gentils parce que c'est plus agréable pour les autres et pour nous-mêmes, mais sachons que la gentillesse est un "cadeau" qui ne doit être offert qu'aux personnes qui le méritent.

 

La gentillesse est une force

Il est une croyance collective selon laquelle il vaut mieux être loup qu’agneau au risque de se faire piétiner (ou dévorer) par les autres.  Pourtant, c’est bien la gentillesse qui vous permettra de gagner les plus grandes batailles de votre vie. C'est une qualité qu'il est important de cultiver. Source (loptimisme.com)

Il faut d'abord savoir que la gentillesse est une force de caractère. En situation de conflit, qu’est-il plus difficile de faire ? Riposter verbalement ou retenir sa langue, ignorer ses jugements et tenter la réconciliation ? Naturellement, nous voulons l’emporter sur notre “adversaire”. Or, la gentillesse est un chemin bien plus difficile à prendre. Elle est  parfois un plan d’attaque infaillible.  On croit que frapper en retour lorsqu’on est heurté ou frustré prouve notre force de caractère.  Cependant, exprimer haut et fort son opinion peut se faire sans méchanceté ni agressivité. Une des meilleures tactiques est d’agir à l’opposé de vos instincts de défense, en surprendre l'adversaire là où il ne s’y attend pas, par un acte de gentillesse. Vous le désarmez instantanément. Préparé à la contre-attaque, il se trouve sans adversaire. Comment poursuivre une bataille s’il n’y a pas d’ennemi ?

La gentillesse est aussi  le signe du contrôle de soi. Lorsqu’une personne vous fait volontairement du mal, souvenez-vous que vous ne connaissez rien des raisons qui la poussent à agir ainsi. Votre jugement peut être faussé par vos émotions. En réagissant à son image, vous alimentez vos démons ainsi que les siens. Rester gentil équivaut à  prouver vos capacités d’autocontrôle.


Etre gentil, c'est contagieux

La gentillesse, la bienveillance et la bonté pourraient bien être contagieuses – c’est la science qui le dit ! Les scientifiques nomment ce phénomène « l’élévation morale » : lorsqu’on voit quelqu’un faire un acte altruiste ou gentil, nous pourrions devenir un peu meilleur, plus altruiste, plus bienveillant.

La gentillesse est contagieuse. Une recherche publiée dans le journal Biological Psychiatry et menée par les psychologues Piper, Saslow et Saturn ont observé ce qu’il se passe dans nos cerveaux et dans nos corps lors de cette propagation de la gentillesse.

Les chercheurs ont observé l’activité cérébrale d’une centaine d’étudiants regardant des vidéos mettant en scène soit des actes de gentillesse, soit des situations comiques.

Lorsque les volontaires observent les vidéos d’actes bienveillants, les chercheurs constatent une activité dans les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques. Pour simplifier, le rôle, la fonction du système nerveux « sympathique » est de « préparer » notre corps à l’action – quand ce système est activé, on peut observer une augmentation de la fréquence cardiaque, de la pression artérielle, de la transpiration… Autrement dit, c’est le système qui balance des alertes à notre corps pour nous faire comprendre qu’il y a peut-être un danger, un truc à faire, et qu’il va falloir bouger.

C’est pourtant ce qu’il se passe lorsque les participant-e-s à l’expérience regardent la vidéo «d’élévation morale»

En fin de compte, il suffirait de quelques minutes d’exposition à la gentillesse d’autrui pour que notre système nerveux s’active et que nous devenions à notre tour plus sympa…

 

en relation