Femme chef de famille : Entre réalité amère et espoir brumeux

Nermine Khatab Mercredi 29 Janvier 2020-13:32:06 Chronique et Analyse
Femme chef de famille : Entre réalité amère et espoir brumeux
Femme chef de famille : Entre réalité amère et espoir brumeux

Que ferais-je ? Question qui pénètre forcément l'espace pour la désigner parmi toutes les femmes du monde afin d'y répondre ?
Il, le destin, n'était point clément en la choisissant pour lui faire endosser cette lourde charge, égarée entre deux épreuves. Une situation peu enviable. Alors trahir ses serments et se mettre à genoux ou se dresser face à tout vent pouvant l'arracher à ses racines. De deux maux, il faut choisir le moindre. Jamais elle n'aurait imaginé vivre cette situation. Une situation d'embarras et de paralysie. Comment ferais-je seule face à ce monde surtout après la perte de son conjoint (abstraction faite du sens de perte, soit-elle par la mort ou par l'absence du rôle) ? Qui s'occuperait de ces petits si elle baisse les bras et se laisse aller par ses malheurs ? Autant de questions effleurant son esprit mais la réponse reste une, même si les conditions diffèrent d'une personne à une autre. Par instinct ou encore sous l'effet du choc, l'option est pour le défi et la confrontation.

Tac, tic, toc! Bof ! Il ne reste du temps qu'une seule heure pour que le soleil se lève avec ses rayons luisants traversant les petits feuillages d'arbres en verdures. Avec les brises rafraîchissantes de l'aube, elle se réveille en se mettant en sursaut, se frottant les yeux qui sont encore somnolents, pour le périple de chaque jour. Périple d'une corvée et d'une bataille acharnée pour des miettes. Sur le visage, le temps a tracé avec ses outrages de profondes rides ''brisées''. C'est la seule chose qu'il a pu briser en elle. Réfractaire aux déboires et obstinée, la responsabilité qu'elle assume la fortifie. Pas de temps pour vivre des moments sereins pour elle-même. Entre des petites bouches criant à pleine gorge pour manger et des obligations familiales incessantes, elle tourne dans un tourbillon sans fin ni limite. Il s’agit bien évidemment des femmes chefs de famille.



Sa maternité, sa clef


Fascinante cette créature! Cette douce créature qui, vue de l'extérieur, donne l'impression qu'elle ne pense qu’à elle-même, à sa beauté, sa silhouette, son plaisir, son voyage et toute sorte de divertissement sur terre, se hâtant à se mettre au courant de tout ce qui est nouveau dans ce monde, peut en même temps vous éblouir d'une autre face imprévisible. En temps de crise, on la voit toute autre. Un instant pour scruter sa profondeur, vous pouvez y trouver autres choses que la galanterie et l'élégance. Une personne prête à tout sacrifier pour l'intérêt de ses ''innocents''. Toutes ces banalités qui l'obsèdent autrefois se mettent de côté. Et elle se transforme en chatte sauvage n'hésitant point à griffonner quiconque pense à nuire à sa ''cabane''.



Naviguer avec une seule pagaie
Ces “chargées d'âmes” forment une large tranche sociale qui souffre de l'absence de pitié dans un monde qui a déserté depuis longtemps son humanisme et s'est barricadé dans une modernité trompeuse. Les responsabilités de la vie sont multiples et cruelles, il faut l'avouer. Pour ne pas tendre la main, ''je me trouve toute seule en train de naviguer dans une mer à vagues houleuses, à bord d'une barque à une seule pagaie, cherchant, à yeux errants, à accoster à bon port''. 
Qui parle ici ? C'est Amira, une femme typiquement égyptienne, veuve dans la fleur de l'âge et mère de trois enfants de moins de 7 ans. Contrainte de subvenir à leurs besoins de première nécessité, Amira, obstinée, défie la vie refusant à tout prix de voir le nuage sombre jeter ses ombres sur sa petite famille. Elle s'est lancée dans l'arène de la vie, se battant pour des miettes mais à la sueur de son front. Elle ouvre l'échoppe de fève que lui a léguée son mari. Elle ne rentre que le soir, étant extrêmement esquintée. Les quelques sous qu'elle gagne sont à ses yeux beaucoup mieux que se vadrouiller ici et là pour mendier.



Saisir le temps avant qu'il ne te fauche
La première leçon qu'elle a apprise, de son vivant, c'est que, là dans cet univers d'individualisme, la roue du temps est tellement rapide qu'elle va faucher celui qui ne se rend pas compte de cette âpre réalité. ''Nous n'avons pas le luxe de laisser fuir un moment en se fondant en larmes ou en ruminant les réminiscences d'un passé lointain, il faut apprendre comment se battre plus que jamais pour continuer un périple que l'on n'a pas choisi'', soupire Amira. A toi de t’adapter à une réalité parfois en noir et blanc, d'épancher vite tes larmes même si ça paraîtra difficile, sinon, tu seras brisé et exclu du temps et de l'Histoire. ''Croyez-moi l'affliction et la souffrance que nous vivons aujourd'hui, constituent la plume qui trace les traits de notre expérience dans le futur, abstraction faite du prix trop onéreux qu’on a payé en contrepartie. Mais c'est de la peine qu'on se fortifie. Accepte donc le code du jeu'', a-t-elle conclu avec des larmes dans la voix.



Paradoxalement à la foisprésent et absent
Là encore, il ne faut pas tomber dans un piège. A tort quiconque croit que l'éclipse du conjoint est la seule justification derrière l'émergence du phénomène des femmes chefs de famille. Y a-t-il d'autres raisons ? Hélas ! La réponse est oui. L'on se sent dans l'impasse quand on voit l'homme, signe de responsabilité, perspicacité et persévérance, se laver les mains des exigences de sa maison, jetant la responsabilité entière sur la femme sous prétexte par exemple qu'elle ''travaille comme lui''. C'est en ce moment là que la ''mort'' tombe au cœur de la ''vie''. La mort ici est symbolique, pas celle de l'âme mais plutôt du rôle et du message. Perdant son sens et son rôle en tant que maître de la famille et se dérobant à toute valeur, il devient, paradoxalement, présent et absent. Divorce, négativisme, individualisme sont autant de formes. ''Comme s'il vit dans une île lointaine séparée de nous, se contentant juste de nous regarder de loin, moi et mes petits, en gérant nos affaires. Tout à fait détaché de nos obsessions, il ne donne pas non plus de conseil et n’intervient ni positivement ni négativement'', raconte Sanaa, employée dans la quarantaine.


Malgré tout, la vie continue
Et de poursuivre: ''Tant d'altercations ont éclaté depuis notre mariage jusqu'à récemment. Mais en vain! Il ne change point comme si l'on jette de l'eau dans la mer. Et les points de divergence ne cessent de nous éloigner jour après jour jusqu'à creuser un écart profond difficile à combler''. Toujours tenant tête et refusant de verser même un sou pour que la vie continue. Et voilà que, grâce à Allah avant tout et à mon travail, j'arrive à me passer de lui et à fournir les besoins de mes chers petits pour les beaux yeux de qui je suis prête à tous les sacrifices. 
La vie ne s'arrête jamais pour qui que ce soit. Elle continue toujours son chemin même si celui-ci est souvent jonchée d'épines !

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