Harcèlement scolaire : Quel est le profil des victimes

Ghada Choucri Mercredi 13 Novembre 2019-20:25:13 Jeunesse
Harcèlement scolaire : Quel est le profil des victimes
Harcèlement scolaire : Quel est le profil des victimes

La journée de lutte contre le harcèlement scolaire a lieu ce 7 novembre. Un élève sur dix aurait déjà été touché par ce fléau. Qui est le plus susceptible d’en être victime ?

Le harcèlement scolaire est un véritable fléau qui touche 10% des élèves au cours de leur scolarité. Un chiffre élevé qui explique pourquoi le ministre de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer, en a fait l’une de ses priorités. Une journée nationale de lutte contre le harcèlement scolaire a eu lieu ce 7 novembre, afin de sensibiliser sur ce problème qui peut toucher tout le monde.

Qui ? 

“On a l’image d’un enfant souffreteux… mais il n’y a pas de profil type, n’importe quel enfant peut potentiellement être harcelé selon les circonstances”, nous explique Florence Millot, psychologue pour enfants à Paris et auteure du livre “J’me laisse pas faire dans la cours de récré !”.

Pour la spécialiste, c’est le principe même du harcèlement, impliquant la répétition, qui le rend susceptible de toucher tout le monde. “Le cerveau est fait de telle sorte qu’à un moment, on doute, on a peur. S’il est malmené à répétition, n’importe quel enfant peut se sentir perdu, même s’il a confiance en lui”, détaille-t-elle.

Trois principaux profils de harcelés

“Le risque 0 n’existe pas, mais les enfants les plus à risques sont ceux en insécurité psychique”, nuance de son côté Hélène Romano, docteur en psychopathologie et psychothérapeute. “Pour bien grandir, il faut une bonne estime de soi, une bonne valorisation, un sentiment de sécurité et de protection”, développe la spécialiste. Un enfant qui bénéficie de tout cela parviendra facilement à se défendre contre de potentiels harceleurs et il n’aura pas peur de solliciter rapidement les adultes. 

Elle distingue trois principaux profils de harcelés. Les enfants qui vivent des choses difficiles dans leur vie personnelle et qui apparaissent donc fragiles aux yeux de leurs camarades. “Ils sont tellement épuisés psychologiquement qu’ils ne se défendent pas”, commente Hélène Romano. Il existe aussi des enfants harcelés qui deviennent des harceleurs. Enfin, certains se trouvent dans un contexte extrêmement dépressif, “presque suicidaires et qui laissent les autres agir sur eux”, poursuit la psychothérapeute.

À quel âge ?

Si le harcèlement scolaire n’est pas une question de caractère de l’enfant, il n’est pas non plus lié à l’âge. Mais il prend des formes différentes au fil de la vie. “Ça peut commencer dès la maternelle. Dans ce cas, ce sera des moqueries, de la violence”, commente la psychologue Florence Millot. 

À l’adolescence, le phénomène prend un autre visage. “Cyberharcèlement, harcèlement sexuel, violences psychologiques…”, énumère Florence Millot. C’est à cette période de la vie qu’il sévit le plus, car les adolescents ont “besoin d’appartenir au groupe pour exister, ce qui peut les pousser à faire n’importe quoi”, précise-t-elle. Un avis partagé par Hélène Romano. “Les adolescents ont tendance à vouloir être autonomes et se protéger seuls. Ils veulent aussi protéger leurs parents”, ils risquent donc plus de se murer dans le silence. 

Où ?

Contrairement aux idées reçues, le harcèlement scolaire n’a pas de lieu privilégié. “Il y a une différence entre la violence pure et dure, qui touche plus sévèrement certains établissements que d’autres, et le harcèlement. La notion d’emprise, l’envie de détruire l’autre gratuitement peut frapper n’importe où, il n’y a pas de frontière là-dessus”, détaille la spécialiste Florence Millot. 

Un avis que partage Hélène Romano. Selon la docteur en psychopathologie, il existe en revanche une nuance dans la prise en charge. Dans les établissements privés ou dans les milieux sociaux les plus favorisés, les autorités auront tendance à vouloir étouffer les affaires de harcèlement, à inciter les victimes à partir. À l’inverse, “dans les collèges et lycées que l’on pourrait croire à risque - dans les banlieues par exemple - les enfants sont plus protégés car le problème est mieux pris en charge”, ajoute-t-elle. 

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