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L’Egypte... son génie et ses créateurs de l’Histoire

Nermine Khatab Samedi 04 Août 2018-13:43:09 Chronique et Analyse
L’Egypte... son génie et ses créateurs de l’Histoire
L’Egypte... son génie et ses créateurs de l’Histoire

Les exploits et les grandes œuvres ne sont créés que par des hommes éminents et de génie. Et l'Histoire en est un fidèle témoin. La perpétuité et la gloire sont exclusivement dédiées à ceux qui se dévouent à éclairer la voie devant les générations futures. Dès que leurs noms sont mentionnés, vous avez l'impression d'entendre parler des hommes représentant un cas tout particulier à étudier à travers les décennies et les générations. Gravés en lettres d'or dans les annales de l'Histoire, ils demeurent les figures de proue de leur nation. Et comme ''les véritables hommes ne font apparition qu'en temps de crise'', ce type de personnalités se veulent comme la bouée de sauvetage aux yeux de leurs ''amoureux''. Créateurs de l'Histoire, auteurs de décision et hommes de surprises.

 

''Quand tu veux cultiver pour un an, cultive donc soit du blé ou de l’orge, mais si tu as envie de cultiver pour cent ans, ''cultive'' de vrais leaders''. Cette ancienne maxime égyptienne traduit bel et bien le degré de certitude en la capacité du facteur humain dans la création de la renaissance et la sortie sûre de tout bronchement. Les plumes ne tarissent pas à scruter la profondeur de la personnalité égyptienne qui a tant ébloui le monde entier faisant preuve à chaque situation d'audace, de persévérance et de volonté d'acier. Cela revient-il au génie de situation géographique dont jouit l'Egypte? Peut-être. L'individu? Probablement. L'interaction entre l'Homme et la situation? Certes. Pas étrange de voir que l'Histoire d'Egypte porte dans ses replis tant de surprises et pas mal de miracles, peut-on dire, dépassant  toutes les prévisions.

 

Le leadership en rendez-vous avec le destin

Certains écrivent leur destin alors que pour d'autres c'est le destin qui les choisit pour assumer la responsabilité et mener la barque. Lisant bien les événements, tirant les leçons du passé pour assurer à son peuple de  vivre en paix son présent et d'envisager un futur sur la base d'expérience, ayant un rêve noble et possédant tous les atouts en mains, ce leader enlève la mante d'une réalité amère et fourbe en vue de façonner une autre envieuse. Né pour être icône, l'élargissement de l'horizon et la profondeur de la vision constituent tous les deux sa baguette magique. De l'autre côté de la rive du leadership, se met debout celui-ci qui se trouve propulsé, bon gré mal gré, sur la scène répondant aux cris au secours lancés par son peuple qui mise sur lui en  le suppliant à cor et à cri d’intervenir  pour le sauver avant qu’il ne tombe dans la mer des ténèbres.

 

Nasser, histoire d'un Barrage

De quoi peut-on décrire un homme qui a réalisé un tournant majeur dans l'Histoire de l'Egypte lors qu'il se révolte contre la royauté et proclame la République? Enjeu qui aurait pu coûter la vie à Nasser et sa famille. Ce n'était pas du tout facile surtout à la lumière d'un climat tendu de pièges et de mauvaises intentions de la part des grandes forces coloniales refusant en bloc de financer le projet. De là émane la virtuosité du leadership, lorsque Gamal a donné le coup d'envoi de la nationalisation du Canal de Suez. Douloureuse gifle à l'Occident. '' Son coup d’éclat pour la nationalisation du Canal fut un succès. Pour la première fois, un pays du Tiers-Monde osait défier des puissances coloniales. Ce coup de poker bien réussi est d’autant plus remarquable qu’il marqua les esprits'', d'après le journal The New York Times.

Toutefois, déterminé comme toujours, il refuse de se mettre à genoux et décide sans la moindre hésitation de continuer le parcours du patriotisme auquel il s'engage, n'hésitant pas d'un iota à se sacrifier jusqu'à la dernière balle et la dernière goutte de sang. N'ayant pas de plafond à ses rêves, avec sa voix rauque et vibrante, le grand militant a, à la grande surprise même de son peuple, annoncé la construction du Haut Barrage, cette spectaculaire réalisation vient hausser le score de Nasser auprès des Egyptiens qui l'ont considéré dès lors comme le défenseur des pauvres. Le vent et la marée n'étaient pas avec la prise d'une telle décision.

 

Sadate, héros de la guerre et de la paix

A sa mort, Nasser, a laissé un grand vide, tant dans les cœurs de ses concitoyens que sur la scène internationale, vide que l'on estimait difficile à combler. Mais Sadate a su le faire. Son destin l'a rendu Raïs, Sadate se veut à la hauteur de la lourde responsabilité avec tout ce qu'il porte de caractéristiques de leadership. Il croyait au dicton qui dit: ''Tant qu'à faire, faites le bien''. Voulant faire sortir son pays saignant des suites directes de la défaite de 1967, Sadate s'est lancé dans  la guerre du 6 Octobre pour soigner une âme blessée dans chaque Egyptien. A vrai dire, la guerre d'Octobre n'était pas en elle-même une surprise au sens propre du terme tant qu'elle était une réponse urgente aux aspirations d'une population assoiffée de panser ses plaies. Toutefois, on ose dire que la plus grande stupéfaction était lorsqu'il avait annoncé son intention de s’envoler pour Israël et prendre la parole devant la Knesset. Une grande première! Tournant le dos à toutes les critiques de mauvaise foi et à tous ceux qui s'empressent pour ridiculiser son initiative pour la paix, Sadate était très tôt et complètement convaincu du volume de sa mission à laquelle il a voué sa vie: Epargner aux prochaines générations les retombées néfastes de la guerre. C'est par cette idée, relevant d'un véritable héros, qu'il a brisé tous les tabous. Un long parcours parsemé de réalisations inestimables qui lui ont valu à juste titre  ses surnoms de ''Héros de la guerre et de la paix'', ''Homme de surprises même dans sa mort''.

 

Moubarak, la grandeur d’une démission

Après trente ans de frustration, les Egyptiens se sentent déprimés aspirant à changer de fond en comble la face de l’Egypte, et de voir une Egypte autrement sous le règne d’un vrai leader. Voulant démolir le « mur de la peur », qui empêchait les Egyptiens de manifester et d’exprimer leur volonté d’un véritable changement, les manifestations reprennent, avec encore plus d’ampleur. Les grèves se généralisent, ce qui conduit les généraux, qui craignent de perdre leurs revenus, à imposer à Moubarak la démission.

Dans un dernier discours, prononcé le 10 février 2011, il annonce son intention de conserver son poste de président de la République jusqu'à la tenue d'élections libres, ainsi que le transfert de ses pouvoirs au vice-président Omar Souleiman. Ce discours provoque la fureur des manifestants, qui projettent alors de prendre le contrôle des bâtiments officiels (télévision d’État, Parlement) et de marcher sur la Présidence de la République, à Héliopolis. Ce qui a poussé Moubarak à annoncer sa démission devant les Egyptiens pour épargner comme a-t-il dit aux Egyptiens le mauvais scénario syrien et ne pas faire de l’Egypte une nouvelle Syrie, se rappelant ses propos aux Egyptiens lorsqu’il leur a laissé le choix libre « Moi ou le chaos ». C’est par cette phrase que Moubarak avait voulu montrer aux Egyptiens la dangerosité de la situation et non pas comme beaucoup avaient interprété qu’il cherchait avant tout son intérêt et s’attachait uniquement au pouvoir contre la volonté de son peuple.  .

En fait, le 11 février 2011, Hosni Moubarak quitte la capitale égyptienne pour s'installer à Charm El Cheikh avec sa famille. Omar Souleiman annonce quelques heures plus tard que Moubarak démissionne de ses fonctions de président de la République. Des scènes de liesse éclatent partout, mettant l’Egypte sur le début d’un long parcours parsemé certainement d’embuches et allant vers  l’inconnu redoutable.

 

Al-Sissi, vainqueur de la peur                                                       

Durant trente ans de torpeur et de stagnation, sans un rêve ultime rassemblant le peuple sous sa banderole, sans modèle de leadership. Désespérés et frustrés, les Egyptiens, eux, estiment qu'après Nasser et Sadate, l'ère d'or du leadership est révolue. C'est ainsi que sous les cendres, gisait le feu, laissant présager la naissance d'un nouveau leader. Le destin trouve que c'est lui ''le capitaine attendu'' pour conduire la barque. Des pages et des pages sont insuffisantes pour décrire ses merveilleuses qualités dont le courage et l'audace. Une telle attitude nous inspire celle d'Ahmed Orabi devant le khédive Ismaïl lui demandant de baisser les bras devant la volonté du peuple. Quel nom peut-on donner à ce spectacle fort touchant et impressionnant? Créateur des merveilles, Al-Sissi est  intervenu, à l'appel, du peuple pour le secourir de la mainmise d'une théocratie naissante des Frères musulmans qui étaient à la tête du pouvoir. L’on se rappelle bien  la scène du 30 Juin, ce jour fort  mémorable de l’histoire contemporaine de l’Egypte. 

Peu de temps après son investiture à la tête du pays, Al-Sissi adopte cette idée géniale d’un gigantesque projet de Canal de suez. Ce n'est pas le lieu de dénombrer les bienfaits et les bénéfices inestimables dont profitera le peuple. Mais c'est plutôt la pensée, en elle-même, qui compte avant tout. Les défis à relever sont multiples et cruels et les erreurs de faire des choix non-mesurés peuvent lui coûter cher, très cher même. Al-Sissi en  était parfaitement conscient.  Cependant, il décide de prendre le risque et de briser la barrière de la peur. C'est comme ça toujours que les créateurs de l'Histoire sont eux mêmes créateurs de décisions et créateurs de surprises.      

 

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