L’authenticité égyptienne réunie sous le toit de « Torathna »

Walaa Al-Assrah Mardi 08 Octobre 2019-13:57:00 Chronique et Analyse

Sur une superficie de 10 mille mètres carrés, en 5ème Agglomération, précisément dans la Salle des expositions internationales du Caire, le Salon d'artisanat des gouvernorats, "Torathna" (Notre patrimoine) accueille à bras ouverts les visiteurs. Dès l’entrée, votre cœur commence à vibrer, des chansons patriotiques vous accompagnent  dès la porte d’accueil et se poursuivent dans les quatre coins du Salon. L’afflux est abondant. Le sourire dessiné sur les visages des visiteurs venant de tous les coins pour voir et encourager les industries de leur pays et de différentes villes égyptiennes. Une ambiance joviale règne partout. Les exposants enthousiasmés, accueillent cordialement  les visiteurs. 

La créativité des Egyptiens tout au long des époques s'expose sous un seul toit pour montrer au monde les plus belles et les plus rares manufactures patrimoniales et les produits artisanaux des artistes égyptiens "fruits" de la grande civilisation égyptienne.

«Torthana» a été inauguré le 2 octobre dernier  sous les auspices du Président Abdel Fattah Al-Sissi. Ce qui reflète l’intérêt de l’Etat pour ses citoyens et pour les micro, petites et moyennes entreprises, surtout les métiers d’artisanat. Ces entreprises offrent des milliers d’opportunités d’emploi aux jeunes. 

Le Salon est organisé par l'Organisme des PME et TPE.

Avec plus de 500 exposants de tous les gouvernorats d’Egypte, on voit des produits manuels : Klims, accessoires féminins, unités de la lumière, tentes «khayameya», coquillages, meubles, céramique, plateaux, pièces antiques en bois, produits en osier. L'exposition comprend plusieurs métiers, notamment les tapis faits à la main, la gravure sur cuivre, la poterie et les grilles. 

C’est la deuxième année consécutive que ce Salon se tient. Cette année, le gouvernorat de Menoufiya est l’invité

d’honneur. Il occupe le pavillon d’accueil, très large, très riche et très varié en produits. Les exposants  saluent les visiteurs en souriant et en exposant leurs produits de façon attrayante et hauts en couleurs. 

« Rendre confiance aux produits égyptiens et concurrencer les importateurs, tels sont les objectifs du Salon « Torathna », a débuté son allocution Tarek Sabbour, directeur général des expositions à l’Organisme de développement des projets. 

«L’Etat accorde un vif intérêt aux métiers d’artisanat à tel point que le Président Al-Sissi a ordonné de consacrer une somme de 350 millions de LE à leur soutien. Il a également donné ses instructions que ce Salon ait lieu 3 fois par an. Que les habitants du Nord-Sinaï aient des prêts sans intérêts», explique M. Sabbour.

«Torathna», est le plus grand Salon à l’échelle du Moyen Orient, renchérit-il.

Le Salon connaît un afflux extraordinaire des visiteurs. Il ouvre ses portes à 10 heures, mais à 9h et demie, les gens sont déjà devant les portes.

Tout d’abord, il explique que la réussite du Salon l’année dernière a poussé les responsables à l’organiser cette année mais sur une superficie beaucoup plus grande. C’est pourquoi, dit-il, nous avons décidé de le tenir cette année dans la 5ème Agglomération  et sur une superficie de 10 mille mètres carrés.

«A travers 33 branches de l’Organisme de développement des projets dans tous les gouvernorats d’Egypte, on affiche l’annonce pour ceux qui veulent s’inscrire au Salon “Torathna”,  on choisit le produit bien qualifié», indique Sabbour.

Il souligne que le Salon de cette année est totalement différent de celui de l’année dernière parce que c’est à la fois une exposition et un festival des métiers d’artisanat. Le gouvernorat de Ménoufiya, invité d’honneur, y prend part avec 17 métiers représentés par 37 exposants. 

Pour la Première fois, un musée s’étend sur une superficie de 300 mètres  et explique l’histoire des métiers par exemple le tissu, le cuivre, la poterie, etc.

Un spectacle en direct pour certains produits est tenu pour expliquer les démarches et les étapes de chaque produit et comment est-il sorti à la lumière.

Pour la première fois également , des produits alimentaires caractérisant chaque gouvernorat  sont disponibles comme les dattes de la Nouvelle Vallée et les herbes du Nord-Sinaï.

« Une tente bédouine est installée  juste en face des pavillons bédouins pour que le visiteur prenne une pause, boive quelque chose », poursuit M. Sabbour.

Quant au divertissement des visiteurs à la fin d’une longue journée de shopping, une scène  est installée sur laquelle un concert, un spectacle de la troupe Reda et un autre de la troupe des arts folkloriques nationales  se produisent.

Une zone fixe pour apprendre aux enfants le dessin et leur laisser un espace libre pour leurs talents et donner aux parents la liberté de choisir et d’acheter.

Toute une partie du Salon est consacrée aux handicapés, aux autistes jeunes et adultes. Cette partie a été visitée par le Raïs qui a exprimé sa joie et sa fierté de leurs travaux.

L’Organisme a créé un Website pour aider les exposants à exposer leurs produits à l’étranger  online: www.thurathna .eg /ar  

Un des exposants de Ménoufiya expose des feuilles de papyrus tous manuels utilisant les couleurs de gouache fixes et sans éclat pour que la feuille demeure longtemps. Il utilise ce qu’on appelle «Old technique» (ancienne technique) c'est-à-dire des couleurs mates et sombres pour donner aux touristes l’ambiance de l’ancienneté. La feuille vous donne l’impression d’être ancienne ou trouée. Il y a  des papyrus sur lesquels il y a de superbes manuscrits de versets coraniques. 

En se tournant vers la droite, nos regards sont attirés par le reflet brillant des accessoires féminins, des colliers

de toutes les couleurs faits à la main. 

Nada Kawkab, la propriétaire explique que c’est la première fois qu’elle participe à l’exposition «Torathna», et

qu'elle a été encouragée par le gouvernorat de Ménoufiya à y prendre part. 

Au pavillon, s’enchaînent les colliers fabriqués en pierre, en bois, et la  céramique. Même la soie est utilisée dans les boucles d’oreilles. Ces accessoires correspondent aux filles et aux femmes, que ce soit pour le lieu de travail ou les soirées, on peut les porter le matin comme le soir. «L’afflux des visiteurs est très ordonné et augmente chaque jour », explique Kawkab.

Concernant les prix des bijoux exposés, elle ajoute que les produits artisanaux sont plus chers que les autres parce qu’ils nécessitent beaucoup de temps et d'efforts pour leur fabrication. Ils apparaissent alors clairement lorsqu'ils sont portés. «J’ai commencé ma profession il y a longtemps et mes filles m’aident dans le travail avec leurs idées juvéniles et leur effort », affirme l’exposante.

Quant à Samia Emeira, son histoire est totalement différente.  Son trajet a commencé en 2009. C’est sa deuxième participation au Salon «Torathna». Elle représente le gouvernorat de Guiza. Sa passion pour les métiers d’artisanat l’a poussée à créer une union intitulée  «L’Union spécifique pour l'artisanat et les petites entreprises » formée d’une dizaine de filles de tous les gouvernorats du pays. Après 3 mois de parcours, elle a pu récolter ses fruits, et a obtenu l’approbation du ministère de l’Intérieur pour la formation des prisonnières. Elle a commencé par la cellule d’El-Abaadeya à Damanhour.

«J’ai commencé par former 36 prisonnières qui ont commencé maintenant à produire elles mêmes. Leurs produits sont très distingués, ça a beaucoup plu au Raïs le jour de l’inauguration du Salon. C’était un Batch work qui a été vendu tout de suite après avoir été exposé»,  explique Samia.

A travers ses relations avec les propriétaires d'usines, elle faisait un recyclage des bouts de tissus pour sortir des produits à des prix abordables et qui aident à l’autonomisation économique des prisonnières et profiter du temps qu’elles passent en prison.

 «J’ai commencé mon propre projet financé par le Fonds social. Je suis venue ici au Salon “Torathna” à travers l’Association des hommes d’affaires d’Assiout qui m’a fait un prêt qui m’a beaucoup aidée dans mon projet », affirme Manal Fathallah Abdel Gawad.

Enfin, son projet a vu le jour et elle est aujourd’hui la propriétaire de l’usine «Chahy» pour les jalabiyas orientales.

Elle a débuté en  1994  et expose des jalabiyas orientales. "Ladite association m’aide également à exposer dans de tels Salons. Mes produits sont dans tous les magasins au niveau du gouvernorat. J’ai participé à beaucoup d'expositions à l’étranger, mais jusqu’à nos jours je n’ai pas pu exporter", dit-elle.

Pour Magda Abdel Sattar,  son histoire date de 30 ans. Elle aime beaucoup les travaux en cuivre et elle a commencé à les moderniser. Elle dessine le design ensuite les envoie aux ateliers spécialisés. “Mes produits sont fabriqués de différents matériaux de cuivre, de bois, de pyrex, de verre. Les produits exposés au Salon sont en cuivre plaqué avec une couche d'argent, de marbre, de bois et de  céramique”, indique-t-elle.

Au Salon de l’artisanat, il y a également les pavillons du Nord-Sinaï, de Halayeb et Chalatine et de la Nouvelle-Vallée.  

Assem Aly Ahmed est de la Nouvelle-Vallée, ce gouvernorat caractérisé par ses dattes. Il a donc essayé d’exploiter

cet avantage. Il a commencé à appliquer une nouvelle méthode dans l'emballage des dattes comme celle de vaccuum. Il a commencé à donner de nouvelles saveurs aux dattes ou à l’or brun du désert comme on l’appelle. Essayant d’attirer des visiteurs, il a ouvert un paquet de dattes, de taille moyenne et de couleur brun foncé rougeâtre, les dattes de la Nouvelle-Vallée sont humides et collantes, ont un goût ferme et un goût de beurre caramélisé. Très charnues, elles fondent délicieusement dans la bouche.

Au pavillon du Nord-Sinaï, nous avons rencontré Hanane Mekebal,  venue exposer ses produits. Ce Salon est le seul lieu de respiration pour ses matériels.

Son histoire ressemble à celles de plusieurs d’entre nous. Elle raconte que comme n’importe quel jeune, en finissant ses études, elle n’avait pas d’opportunité d’emploi. Tout d’abord, elle travaillait dans des associations civiles. “On travaillait sur le renforcement des capacités et compétences en communication. Ensuite, en tant que jeunes, nous avons commencé à nous intéresser au patrimoine du Sinaï, tout ce qui est lié au Sinaï et à ses habitants a été documenté dans des livres et des CD et des films documentaires. Après un certain temps, j’ai créé moi-même une association dont je suis la directrice générale. J’ai commencé à faire la commercialisation des produits des femmes du Sinaï. Le revenu de la broderie a ouvert pas mal de portes. J’ai tout de suite commencé à collaborer avec le ministère de la Solidarité sociale et avec le Fonds de développement des projets et les ambassades américaine et canadienne et quelques écoles internationales ainsi qu'avec l’organisme des PME.

J’ai pris des prêts du ministère de la Coopération internationale, du Conseil National de la Femme (CNF), du gouvernorat du Nord-Sinaï et l’ambassade du Canada pour ouvrir un atelier de travail afin de former les femmes sur les métiers d’artisanat et les tapis faits à la main”, relate-t-elle. 

On peut voir chez elle des jalabiyas, l’habit traditionnel de la femme sinaïtique : des robes longues, en tissu noir, aux manches longues, brodées avec des fils de couleurs diverses, que domine la couleur rouge déclinée sur tous les tons. Des abayas, des caches col, des sacs et des oreillers. L’afflux des visiteurs est incroyable.

En me baladant dans les coins du Salon, j’ai rencontré une touriste allemande Hanna Wallman qui passait un séjour en Egypte avec une amie. Le Salon lui a beaucoup plu car c’est un mélange entre le nouveau et l’ancien. Elle était  ébahie par la qualité et la diversité des produits fabriqués avec perfection et grande patience. Elle n’a pas pu rater l’occasion de visiter le Salon dont elle se réjouit beaucoup. 

Après la visite du Salon, nous pouvons aussi faire un tour au musée de l'artisanat du patrimoine pour passer en revue les étapes de développement de certains produits artisanaux (coquillages en cuivre - textiles Akhmim - tapis fabriqués à la main - porcelaine - vêtements du patrimoine) et des produits du Nord-Sinaï.

En sortant du Salon, on trouve les représentants des différentes banques telles que la Banque du Canal de Suez et la Banque du Caire. Leur présence est très importante car elles participent à l’initiative  « Rowad el Nil » (les pionniers du Nil) organisée par l’Organisme de développement des projets en partenariat avec l’Université du Nil et sous le parrainage de la Banque Centrale d’Egypte. Cette initiative comprend 12 banques et consiste à présenter des services non monétaires. Elles présentent leur soutien aux micros, petites et moyennes entreprises. C'est-à-dire si quelqu’un a une simple idée et n’arrive pas à la développer, il vient nous voir. Nous commençons un long parcours avec lui afin de concrétiser son idée, et transformer son rêve en réalité sur le terrain. On suit avec lui étape par étape les démarches pour que son projet voie le jour. Même s’il a besoin de formation, on lui fournit cette chance à travers des ateliers  de formation à l’Organisme de développement des projets qui possède une plateforme électronique permettant au client de se rassurer du bénéfice de son projet. Si quelqu’un veut exporter ses produits à l’extérieur, nous l’appuyons et oeuvrons à aplanir les obstacles devant lui, expliquent-ils.

 

 

ENCADRE

A chaque métier ses secrets

A chaque métier ses secrets que personne ne peut connaître à part  son propriétaire qui exploite tous ses talents individuels et utilise tout ce dont il a besoin de matériaux et de matières premières. C’est pourquoi, nous voyons en Khayameya un métier qui repose essentiellement sur la créativité artistique du fabricant. Ce talent  se concrétise dans des designs inspirés par la civilisation islamique.

La broderie utilise des fils métalliques en or ou en argent que les femmes de Haute-Egypte se sont habituées à porter depuis le 18ème siècle. C’est est un art de décoration des tissus qui consiste à ajouter sur un tissu un motif plat ou en relief fait de fils simples, parfois en intégrant des matériaux tels que les paillettes, les perles voire les pierres précieuses.

Les produits en cuivre ou la dinanderie nécessite un certain nombre d’étapes, de la patience et l’habileté de l’artisan.

Tout commence avec le choix de la taille de la feuille de cuivre et de son épaisseur. Plus la feuille est épaisse, plus le produit final aura de la tenue. Ensuite, le travail du martelage peut commencer : il doit être régulier et précis pour obtenir l’esthétique désirée sur la pièce finale.

Le Salon «Torathna» renferme tous ces métiers d’artisanat.

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