L'Egypte pharaonique, une société protectrice des animaux

Marwa Mourad Lundi 14 Septembre 2020-15:16:10 Chronique et Analyse
L'Egypte pharaonique, une société protectrice des animaux
L'Egypte pharaonique, une société protectrice des animaux

Le culte d'animaux vivants, considérés comme des incarnations divines, et proposés aux fidèles dans les temples, était une caractéristique de la religion égyptienne. Chaque nome vénérait une espèce animale particulière et la considérait comme divine sur son territoire.

On retrouve dans les hiéroglyphes de très nombreux animaux dans un sens figuratif et symbolique. En effet, environ 170 hiéroglyphes proviennent du monde animal.

L'étude des animaux ci-dessous, vous permettra de mieux comprendre la place prépondérante et la signification qu'ils avaient dans l'Egypte antique.

Le chat

En Egypte ancienne, le chat a toujours été traité avec les plus grands égards. C'était un animal incontournable ! Il était vu tantôt comme un protecteur, un fidèle compagnon, un partenaire de jeu et tantôt comme une incarnation divine. Il a été domestiqué très tôt, entre le XXXème et le XXème siècle avant notre ère. Il était considéré comme bien plus qu'un simple animal de compagnie. En effet, il était le protecteur des récoltes. Il parcourait les champs et éliminait sans pitié les rats et les souris susceptibles de gâcher le travail des paysans. Ce qui est intéressant avec cet animal, c'est qu'il était respecté et vénéré par toutes les classes de la population égyptienne. Pour les plus pauvres, le chat était très important au point que, en période de famine, ils préféraient mourir de faim que de manger cet animal. Hérodote rapporte même dans ses écrits que « quand la maison flamblait, personne n'éteignait l'incendie, seuls les chats comptaient ». Pour les personnes plus riches, le félin était la distraction la plus prisée et la plus réconfortante.

Un autre point très important : le chat était l'un des rares animaux à accéder à l'immense privilège de la momification (avec l'ibis ou le taureau), au même titre que les êtres humains. Le plus souvent, il s'agissait de nobles désirant être inhumés avec leur chats, afin qu'ils les accompagnent dans la vie éternelle. A Bubastis, ville dédiée au culte de Bastet, des milliers de momies de chats ont été trouvées. En effet, l'élevage des chats sacrés était pratiqué dans le temple de la ville. Les personnes qui venaient pour vénérer la déesse lui offraient des chats. Les animaux étaient alors embaumés puis inhumés dans le cimetière des chats à proximité.

Tous les membres de la famille étaient extrêmement tristes après la perte d'un chat. Une journée de deuil était organisée et l'animal recevait tous les honneurs lors de son inhumation. Parfois, on enterrait avec lui, des momies de souris. Vu que les Egyptiens pensaient que la vie après la mort était plus importante, ils souhaitaient que leurs chats continuent leurs exercices préférés (la chasse aux souris) dans l'au-delà.

 

Le serpent

La signification symbolique du cobra dans l'art égyptien est associée de façon très forte à la religion. Dans l'antiquité égyptienne, les forces dangereuses étaient vénérées soit pour gagner leurs grâces, ou pour vaincre les ennemis. C'est la raison pour laquelle le serpent était vénéré sous forme de différentes divinités.

Les artisans égyptiens représentèrent souvent le serpent comme une déesse protectrice, symbole de la vie divine et de l'Ordre.

Le cobra est représenté comme étant la déesse de Bouto, ancien sanctuaire du Delta. Sa contrepartie est le vautour, symbole de Nekhbet, déesse de Nekhen ou d'Hierakonpolis, ancien sanctuaire de la Haute Egypte (le vautour et le cobra deviendront les symboles de l'unification du pays). Ces deux déesses étaient considérées comme des protectrices et des gardiennes des peuples des deux « contrées ». A travers les temps, le cobra restera en Egypte un symbole puissant de protection royale et divine.

 

Le crocodile

Il est avant tout le « Dévoreur » (dans l'épreuve de la pesée de l'âme, Amenuit, le monstre à gueule de crocodile, attend patiemment de dévorer l'âme de celui pour qui la balance aura penché du mauvais côté) mais un dévoreur respecté en tant que dépositaire des forces mystérieuses de l'eau en liaison avec la fertilité et l'abondance. L'Egypte ancienne avait ses crocodiles sacrés, que l'on ornait de bijoux (on leur dressait également des temples). Pour satisfaire le dieu Râ, on leur donnait à dévorer du poisson, considéré alors comme l'ennemi de la divinité solaire. Médinet El-Fayoum, l'actuel centre administratif de la région, était la capitale du Fayoum à l'antiquité sous le nom grec de Crocodilopolis, ou « la ville des crocodiles ».

En effet, le dieu Sobek, seigneur des étendues d'eau, était vénéré sous la forme d'un crocodile ou d'un être humain à tête de crocodile. Voyons ce que Hérodote nous apprend sur les crocodiles :

« Pour certains Egyptiens, les crocodiles sont sacrés, d'autres, au contraire, les traitent en ennemis. Autour de Thèbes et du lac Moéris, leur caractère sacré est tout particulièrement reconnu. Chaque région choisit un crocodile et le nourrit, la bête est apprivoisée, on lui met des pendantifs en or, des bracelets sur les pattes avant, on lui offre une nourriture spéciale et, on lui donne tous les soins possibles. Lorsqu'il meurt, on l'embaume et on le dépose dans une sépulture sacrée » (livre II, 69).

 

L'abeille

En Egypte ancienne, l'Organisation de la société était comparable à celle des abeilles où règne le même principe d'inégalité, les dominants et les dominés. « Les Égyptiens représentaient par l'abeille un peuple obéissant à un roi. En effet l'abeille est le seule animal à avoir un roi, auquel le reste des des abeilles est soumis, au même titre que les hommes sont soumis à un monarque » (Hopapollon, 1762).

Oscar Pfouma pense que l'Afrique Noire actuelle présente l'abeille dans la même perspective symbolique. Le professeur J.Leclant nous apprend « qu'il existait à Saïs un temple de l'abeille... Faut-il voir dans ce nom la trace d'un culte dédié à une déesse mère qui aurait été adorée sous cette forme à une époque lointaine dans le Delta ? Ceci voudrait dire que les Anciens savaient que les abeilles étaient régies par une reine et non pas par un roi ». Le même auteur affirme que « Le Delta comportait un lieu sacré célèbre dénommé akh-bi.t  ou le fourré d'abeille, la déesse Isis s'était réfugiée là après le meurtre d'Osiris, pour y élever son fils Horus à l'abri de Seth » puis « Des déesses de l'époque historique ont reçu le titre de bi.t (abeille en égyptien ancien)  comme par exemple la déesse Nut »

 

La vache et le taureau

La vache est un symbole de maternité et on parle de « vaches célestes » qui symbolisent la voûte céleste. Quant au taureau, il renvoyait à la fertilité, à la puissance sexuelle et à la force physique. Les rois étaient d'ailleurs étroitement associés à cet animal procréateur par excellence. Ce thème de la fertilité persistera durant toute l'époque pharaonique et même au-delà. Ainsi Diodore de Sicile relate que les femmes avaient l'habitude de relever leur jupe devant Apis.

Dominant les deux compositions de la palette de Narmer (recto et verso), on peut à loisir contempler deux têtes de vache, vue de face, aux cornes symétriquement recourbées vers l'intérieur. Il ne faut pas oublier que cette palette remonte à la première dynastie : la vache a joué donc un rôle primordial dès le début de l'Egypte ancienne.

Dès l'ancien Empire, on trouve dans les Textes des Pyramides le cheminement du roi défunt qui, avant de gagner une place auprès du Dieu, se dirigeait d'abord vers Hathor (symbolisé par la vache), régnant sur l'Océan primordial : c'est le chemin de la renaissance.

 

Les lionnes

Les déesses lionnes, comme Sekhmet, Ouadjet, ou Tefnout, sont des déesses dangereuses et ont toutes un mauvais caractère. Ce sont des déesses guerrières, cruelles et sanguinaires. Aux côtés du roi, elles sèment la terreur parmi ses ennemis, que ce soit dans ce monde ou dans l'autre, elles sont redoutées par les adversaires de l'ordre. Apaisée, elles prennent parfois l'aspect de la déesse Bastet sous forme de chatte.

 

Le chacal

Chemu-Sep qui signifie littéralement : « Ne pas laisser de restes » est peut-être un nom générique pour désigner les dieux chacals. En effet ces animaux charognards, très utiles, mangeaient les cadavres, ce qui évitait aux corps de se décomposer. Ils hantaient les cimetières et les nécropoles et furent alors fatalement associés à la mort. Ainsi tous les dieux chacals (Anubis, Oupouaout...) sont des dieux funéraires.

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