L'architecture de Siwa : Jamais immodeste... simplement majestueuse

Nevine Ahmed Mercredi 11 Juillet 2018-20:59:15 Chronique et Analyse
Une maison traditionnelle à Siwa
Une maison traditionnelle à Siwa

A Siwa, l'architecture se lit comme si un artisanat du quotidien, qui prend son matériau au plus proche et... au plus banal. De la terre, et des mains des habitants locaux, les bâtiments de l'oasis se fondent dans leur environnement naturel. De la terre, des pierres, du sel, de l'eau et des feuilles, ils construisent leurs demeures. Il s'agit d'un savoir-faire local.

« Tout peuple qui a produit une architecture, a dégagé ses lignes préférées qui lui sont spécifiques que sa langue, son costume ou son folklore. Les constructions de chaque région sont le fruit merveilleux de l'heureuse alliance de l'imagination du peuple et des exigences du climat et de l'espace », disait le fameux architecte Hassan Fathi.

Habiter donc une oasis saharienne n'est pas aussi simple que ça. En milieu désertique, les habitants des oasis ont l'obligation d'intégrer et de s'adapter aux conditions climatiques.

Par un inventaire architectural, Siwa est par excellence une oasis vierge, qui n'a pas été affectée par les styles modernes d'architecture. A Siwa, le minaret de la mosquée où vous faites la prière, la maison où vous habitez et même la forme de la chambre de l'hôtel où vous logez lors de vos vacances, ne sont pas une architecture inerte comme un rocher. Là, l'architecture et la construction sont une idée, un sens, un amour et un art plein de secrets.

Siwa est donc le bel exemple de l'architecture écologique à présent, et qu'on appelait, par le passé "l'architecture des pauvres". Elle n'est toutefois jamais immodeste, voire, elles est majestueuse dans sa simplicité.

Dans cette oasis, on respecte le soleil, le désert et les sources d'eau. Les constructions de l'oasis aiment la nature et ainsi offre un habitat clairsemé et aéré qui offre un meilleur confort de vie.

Dans cette oasis, vous rencontrerez certes, "pépé Hamza", le cheikh des ouvriers constructeurs. Du haut de ses 90 ans, il a toujours les mains trempées dans l'argile. «C'est là ma vie... et c'est là que sera ma fin», dit-il sagement, en tapotant amoureusement sur la terre et en laissant se faufiler d'entre ses doigts quelques graines de sable et de sel. tout simplement, le matériau qu'il a toujours utilisé pour construire les habitats de l'oasis.

Boue et sel ou l’argile saline fait partie depuis longtemps des descriptions de Siwa. L'argile est donc maître à cette oasis. La plupart des habitations conservent un aspect argileux et leur couleur ocre. L'enduit blanc ou bleu serait conservé aux locaux et aux maisons des cheikhs de familles ou de tribus.

L'argile est aussi à la base d'une poterie caractéristique à Siwa, et qui constitue une pratique exclusive aux femmes de l'oasis, qui fabriquent les encensoirs, les plats et les pots.

Un artiste local, Youssef Ibrahim, explique que les habitants de Siwa sont toujours liés à leur environnement. "Depuis le temps des pharaons et de ptolémés, les habitants avaient recours au matériel local : la boue et le sel, pour faire leurs constructions", souligne-t-il. L'artiste affirme que le plus important facteur en construisant les logements à Siwa, est de prendre en considération la chaleur torride en été et le froid glacial la nuit en hiver.  On le dit en arabe le "karchif" (argile) c'est ce matériau purement local fait d'une mixture de boue et de sel... une matière peu connue- du point de vue architecturale- en dehors de l'oasis de Siwa.

Ce genre d'architecture de la terre évolue avec le temps, ajoute l'artiste, qui confirme néanmois que l'administration locale engage les habitants à unifier la forme extérieure et les couleurs des constructions pour sauvegarder le caractère patrimonial, architectural et historique de Siwa.

Il explique ensuite que de nombreux efforts sont déployés pour garder la perennité des constructions locales. "Plusieurs initatives ont été lancées dans ce sens", renchérit-il. "La dernière est Siwi pour former une entité unifiée pour le Siwa et la sauvegarde de la particularité de son architecture".

Ce fait aura notamment de nombreuses conséquences positives sur l'économie de l'oasis, expliquent les responsables, en permettant la hausse des taux des visites touristiques à Siwa.

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