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La révolution du 30 juin, un plan de manipulation populaire contre le fascisme religieux et l’obscurantisme

Dr Nesrine Choucri Soha Gafaar Dimanche 01 Juillet 2018-12:12:06 Chronique et Analyse
Les jeunes de la révolution parlent à coeur ouvert au Salon du Progrès
Les jeunes de la révolution parlent à coeur ouvert au Salon du Progrès

Le 30 juin, un jour mémorable qui rappelle à quel point la volonté du peuple finit toujours par triompher malgré les forces de l’obscurantisme. Rien et nul ne peuvent s’opposer à un peuple qui a décidé de vaincre, malgré les menaces et la crainte, le fascisme religieux. Un fascisme qui  aurait transformé l’Egypte en une grande scène de chaos. Heureusement, le 30 juin 2013, une grâce divine et bénigne a sauvé l’Egypte entière.

 

Ont assisté au Salon : Chaïmaa Abdel-Illah et Soha Gaafar

Rédigé par: Dr Nesrine Choucri  

         

 A cette occasion, le Progrès Egyptien a reçu un groupe de jeunes qui ont pris part à la révolution du 30 juin et qui se sont donnés corps et âme pour que l’avenir soit meilleur. Il s’agit de M. Amr Darwich du Front National du Salut, d’Ahmed Al-Bédéwi, Dr Walid Eïssa et Marwa Ahmed.

Arrivés en fin d’après-midi dans les locaux du Progrès Egyptien, ils demeurent tous très souriants. Leurs yeux parlent autant que leurs corps et ils se disent nostalgiques de ce passé sublime. « La révolution du 30 juin était un plan de manipulation populaire contre le fascisme religieux et les forces de l’obscurantisme » a dit M. Amr Darwich à son arrivée. Pour lui, ce jour est inoubliable, et demeure gravée dans le corps de ceux qui y ont participé, notant surtout la candeur des jeunes de la révolution du 30 juin qui ont défié leur peur face au fascisme religieux des Frères Musulmans. « Les Frères Musulmans étaient capables de tout type de violence et de torture contre des manifestants civils pacifiques. Tout le monde le savait, mais nous avions une seule idée en tête laquelle est de mener cette bataille jusqu’au bout.

« Toutes les personnes qui ont vécu de 2011 jusqu’à nos jours peuvent raconter avec beaucoup de fierté une partie importante de l’histoire de l’Egypte. C’est un cas rare qu’on ne peut pas facilement vivre. De même que l’Egypte est unique car on y parle de deux révolutions en une courte durée. Si je vais parler précisément du 30 juin, je peux dire que cette Révolution a mis terme au fascisme religieux. C’était un danger majeur pour notre patrie. L’idée de lutter contre le fascisme religieux n’est pas simple, car il fallait arracher un régime extrémiste. La Révolution du 30 juin a été préparée bel et bien avant notamment grâce à la mobilisation du peuple contre les Frères Musulmans. Le peuple avait alors découvert la vérité  que nous avions cherché à dévoiler depuis la bataille du chameau pendant la révolution du 25 janvier. Tout a commencé avec l’obsession des Frères Musulmans à contrôler le pouvoir, car ils se sont présentés comme étant l’alternative au régime de l’ancien président Moubarak et les forces populaires ont commencé à éprouver des sentiments de compassions à leur égard. A cette époque, très peu d’Egyptiens étaient conscients de la réalité des Frères Musulmans. Cela a nécessité beaucoup d’efforts de notre part pour ouvrir les yeux du peuple d’autant plus que les courants obscurantistes et les politiciens qui cherchent à réaliser des intérêts ont pensé qu’ils vont s’emparer d’une patrie du gâteau ou des gains. N’oubliez pas que les Frères Musulmans pensaient qu’ils allaient gouverner l’Egypte pour des centaines d’années. Ils parlaient de près de 300 ans. Et d’autres courants ont pensé que c’est une vérité ».

Et d’ajouter : « Le prétexte religieux était exploité afin de couvrir des convoitises personnels. Les Frères Musulmans ont cherché à acheter de nombreux jeunes ou à les capter. Il ne faut pas oublier que si les Forces Armées égyptiennes n’étaient pas loyales à la souveraineté et à la sûreté de la patrie, l’Egypte n’aurait jamais réussi à s’en sortir, elle se serait enliser dans un vrai gouffre. Car, c’était la seule force qui pouvait être dissuasive. En tant que jeunes, nous étions civils. J’insiste à dire que l’Armée n’est pas responsable de la révolution du 30 juin, elle s’est plutôt alignée à la volonté populaire. C’est un élément important afin de démentir les rumeurs circulées par les Frères Musulmans ».

Il a en outre rappelé : « Les forces européennes et les Etats-Unis n’ont pas accepté la volonté du peuple. Au début, ils ont nommé la révolution du 30 juin comme « coup d’Etat ». Puis, ils ont commencé à exercer une pression économique, politique et touristique contre l’Egypte. Pourtant, si on pense bien au mot « démocratie », ce mot signifie que le peuple choisit son destin. Le peuple égyptien a voté Mohamed Morsi, puis, il a manifesté dans les rues appelant à son départ. Les puissances occidentales n’ont pas compris cela, et elles ont cherché à préserver leurs intérêts en Egypte, oubliant la volonté du peuple. A cet égard, il est important de signaler que les Frères Musulmans contrôlent l’économie de certains pays d’Europe et que leur siège international se trouve en Grande-Bretagne.  L’Occident doit savoir que c’est grâce  à la lutte contre le terrorisme au Sinaï le protège réellement. Au lieu de chercher à faire la guerre à l’Egypte, il devrait la soutenir. A défaut de soutenir l’Egypte dans sa lutte anti-terroriste, il risque le pire. L’avenir de la planète est lié à l’heure actuelle. L’Egypte a fait face et continue à faire face aux forces du fascisme.  C’est son destin et elle l’assume ».

Se rappelant du sit-in de Rabaa, M. Darwich a assuré : « Ce sit-in comptait des innocents autant que des manipulateurs qui cherchaient à réaliser par n’importe quel moyen des gains politiques. C’est là tout le problème : chercher à réaliser des gains politiques au dam des civils. C’est la technique des Frères Musulmans, car c’est un groupe discipliné et corrompu. Discipliné et organisé, car sa structure le démontre bien, mais corrompu parce qu’il a un esprit machiavélique qui se dit bien que la fin justifie les moyens, même au prix de sacrifier des vies ». 

Concernant le fait que certaines personnes ont oublié les dangers d’avant la Révolution du 30 juin, M. Darwich a souligné : « Cela est tout à fait normal. Les peuples ont tendance à oublier. Ils ne se soucient que de leurs besoins quotidiens à l’instar du prix des produits de base et des denrées principales. Très peu aussi verront les dangers lointains ».

Pour Ahmed Al-Bédéwi, il  y avait plusieurs motifs. « J’habite au quartier d’Abbassiya. Avant l’arrivée des Frères au pouvoir, nous avons vu de quoi ce courant politique est capable. Ils sont capables de tout. Ils agressaient les gens dans la rue, lançaient contre eux des balles. C’était terrible. J’étais contre les Frères Musulmans de manière générale, j’étais contre l’idée de la « frérisation » de l’Etat. Mais, comme d’autres personnes, j’ai respecté leur arrivée au pouvoir et j’ai décidé d’attendre les 100 premiers jours de l’accès du président déchu Mohamed Morsi au pouvoir. Les événements se sont suivis l’un après l’autre : d’abord, Morsi a décidé le retour du Parlement des Frères Musulmans qui avait été dissolu par la Cour Constitutionnelle. Petit à petit, l’idée du 30 juin a commencé à  se cristalliser. J’ai alors à l’époque entendu parler du formulaire de Tamarod (Rébellion). Je suis d’Abbassiya, c’est un quartier qui était anti-Frères. Même avant de parvenir au pouvoir, les Frères Musulmans avaient cherché à pénétrer de force le ministère de la Défense. C’était en vain. Mais, cela nous a donné une image claire de leur violence et de leur barbarie. Beaucoup de personnes qui défendaient le quartier sont tombés en martyrs. Après la signature des formulaires de Tamarod, nous avons commencé à préparer la Révolution du 30 juin. Il faut savoir que tout le monde était sur le point d’exploser », a-t-il dit. Et de renchérir : « Il faut savoir que c’est une révolution organisée grâce à Dieu. Nul ne l’a organisée, nul n’a encouragé les gens à se rendre à Tahrir ou Ithédiyah. Ceux qui ne pouvaient pas s’y rendre restaient devant leurs maisons. Les gens agissent ainsi par amour pour leur patrie. Je tiens à dire que c’était une révolution qui s’est inspirée de la volonté populaire. Quant à l’Armée et la Police, leur rôle était surtout de protéger les institutions d’Etat. D’ailleurs, les manifestants de la Révolution du 30 juin étaient très pacifiques et ne cherchaient pas à  détruire les établissements publics. Il y avait ce souci de tout préserver car après tout c’est notre pays. Le pays que nous cherchions à protéger contre le fascisme ». 

Quant à Dr Walid Eïssa, il a divisé la Révolution du 30 juin en plusieurs phases : la première a commencé à partir du 28 janvier 2011 lorsque les Frères Musulmans ont commencé à avoir la mainmise sur la place Tahrir. C’était pour la première fois que l’on voit la vraie face des Ikhwans. « Evidemment, certains courants politiques sont restés alignés aux Frères Musulmans pour des intérêts personnels. Mais, la bataille du chameau a confirmé bien des choses. Ceux qui ont assisté à cette bataille ont pu voir les Ikhwans contrôlés le dos des immeubles et lancés des pierres en direction des manifestants. Je n’oublierai jamais celui qui deviendra plus tard le ministre des Jeunes sous Mohamed Morsi. Il s’agit en l’occurrence d’Oussama Yassin. Cet homme est sanglant et il dirige un groupe spécial baptisé « 999 », c’est une milice des Frères qui est responsable d’actes militaires », a-t-il indiqué.

« Après le 11 février, et le départ de Moubarak du pouvoir, le jeu a commencé. Les Frères Musulmans ont réussi aux élections parlementaires de 2012 avaient fait le premier pas vers la chute. Il faut savoir que la réussite de Morsi aux élections était une punition adressée à Chafiq, mais non un choix du régime de Morsi », a-t-il noté.

Et de marteler : « Mais, la Révolution du 30 juin a réellement commencé le 3 juillet 2012. Trois jours après la prestation de serment, Morsi a pris la décision unilatérale de restituer le Parlement des Frères Musulmans qui avait été dissout suivant une décision de la Cour Constitutionnelle. Les gens ont alors commencé à manifester. Au début, nous étions une dizaine de personnes, mais enfin de compte, nous étions 9000. Nous avons poursuivi pendant trois jours jusqu’à ce que Morsi ait supprimé sa décision.  A cette époque, nous travaillons de manière individuelle, chacun dans son coin, mais nous avons été ensuite rassemblés sous l’ombrelle de ce qu’on appelle « La voix de la majorité silencieuse ». Je me rappelle encore du 4 et 5 décembre 2015 lorsque les manifestants se sont rassemblés devant le palais présidentiel à Héliopolis pour exprimer leur refus de la déclaration constitutionnelle de Morsi. Nous planifions également pour le 24 août 2012, mais si rien ne s’est passé. Mais vous devez savoir que la Révolution du 30 juin est le fruit d’accumulation contre les Ikhwans et contre leurs erreurs ». 

« C’est à partir de ce moment que j’ai commencé à faire face aux Ikwans, j’ai participé à toutes les manifestations contre eux. Je me rappelle des grosses manifestations, de la soif populaire de libérer la patrie, de la haine du fascisme religieux », a-t-il conclu.

Pour Marwa Ahmed, tout a commencé lors des élections parlementaires de 2005. « En 2005, j’étais membre du parti national démocratie (PND) qui était au pouvoir à l’époque. Nous savions qu’il y avait un accord tacite entre les Frères Musulmans et le ministre Kamal Al-Chazli à l’époque pour leur permettre ce qui a été nommer « une percée historique ». Ils avaient remporté 88 sièges au Parlement. Tout le monde y voyait un succès pour les Frères, mais nous savions que c’était un accord caché et non le fruit d’une volonté populaire. A partir de ce moment, nous sommes soulevés contre le PND qui avait permis aux Frères Musulmans de parvenir à jouer un rôle sur la scène politique. En 2011, j’ai évidemment participé à la révolution parce que je n’aimais pas ce qui se passait au PND. Avec la bataille du chameau, nous avons remarqué que les Frères Musulmans ont commencé à contrôler la place Tahrir. C’est là que nous nous sommes retirés de la place ».

Et de renchérir : « Avec l’arrivée des Frères Musulmans au pouvoir, une nouvelle phase de challenge a commencé. Les Frères étaient devenus de plus en plus agressifs et orgueilleux. Ils étaient prêts à tout pour s’agripper au pouvoir. J’habite au quartier populaire d’Aïn Chams : ce quartier compte un grand nombre de Coptes ainsi que des Frères Musulmans ou plutôt des personnes appartenant à la mouvance islamiste. J’ai vu les Coptes agressés sous les Frères Musulmans, on leur a interdit d’accéder aux urnes pour donner librement leurs voix. C’est à partir de ce moment que j’ai décidé d’agir ».

Elle a ajouté : « Il y avait la peur, nous sommes jeunes fragiles, nous n’avons pas d’armes et les Frères Musulmans disposaient d’armes en tout genre. Malgré la crainte d’être tuée ou emprisonnée, j’avais l’espoir de sauver mon pays, je continuais alors. Mais, il y a des images que je n’oublierai jamais comme le décès du journaliste Al-Hosseini Abou Deif, ou encore les femmes « frères » qui cherchaient à agresser les hommes, mon frère qui campait devant le Palais d’Al-Ithadiyah, les grosses manifestations qui bloquaient la rue, cette ambiance très humaine. Quand je me rappelle de la marée humaine sur la place Tahrir ou Héliopolis, j’ai la chair de poule, le cœur qui bat et les yeux en larmes. Ce sont des moments inoubliables d’autant plus que le peuple a dit son mot et c’est sa volonté qui a triomphé ».

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