Le Mouled, une histoire qui brille de mille feux !

Dr Nesrine Choucri Samedi 09 Novembre 2019-14:09:04 Chronique et Analyse
Le Mouled, une histoire qui brille de mille feux !
Le Mouled, une histoire qui brille de mille feux !

Quelles que soient la longueur des jours et la diversité des lieux, quelles que soient les occupations qui sont tellement multiples qu'elles nous font rater plein de choses et d'occasions, là, à un certain lieu et à un moment exact, vous avez un rendez-vous inéluctable. Quel bonheur de se retrouver autour de ce mausolée si séculaire ou sous cette coupole d'une telle ou telle mosquée où se mêlent les rituels spirituels avec l'ambiance festive et surtout sacrée, rythmée par le chant religieux et le soufisme! Remplies de paix et de sérénité, les marées de fidèles déferlent sur les mosquées, où s'exhale l'odeur embaumée d'encens au sein d’un  faible éclairage des flammes qui dégagent elles aussi une bouffée de parfum béni et délicieux. Tout un monde de pure sainteté brille de mille feux et annonce le début d'une nuit pas comme les autres. Là s'incarne l'esprit authentique des musulmans où foi rime avec joie et piété avec recueillement. Bienvenues les nuits de Mouled !

                                                   

Les "Mouled", ces mélanges de foires populaires et de fêtes religieuses, se déroulent partout pendant toute l'année en Egypte. Ces célébrations locales donnent lieu à des festins largement garnis, des spectacles, des bénédictions et des circoncisions publiques. Célébration soufie au cours de laquelle petits et grands dégustent des poupées de sucre. Un rituel dans une ambiance gaie et festive à découvrir.

Le Mouled, une fête plutôt controversée quant à sa célébration. Pour certains, c'est une journée où il convient de se recueillir, de relater aux plus jeunes l'histoire du Prophète (paix et salut sur lui). Journée où on organise des lectures du Coran, des prières ou encore des chants religieux. Pour d'autres, c'est une journée festive qui doit être célébrée dans la joie. C'est l'occasion alors de partager un festin, d'allumer des bougies, et d'offrir des cadeaux aux enfants.

 

Une heure avant         

Tout paraît normal, un va-et-vient comme tous les jours. Le nombre des touristes est grand et la police prend ses précautions. Faire les courses à Khan El-Khalili est un rituel "sacré" pour tous les étrangers.
De même, prendre un thé à la menthe ou fumer un narguilé au café Fishawi, est bien devenu une coutume. Des marchands ambulants s'installent aux alentours  de la Mosquée Al Djaafari, tout près de la Mosquée d’Al-Hussein, joyau et coeur des régions islamiques de la capitale,  vendant toutes sortes de jouets et de cadeaux que les familles achètent pour offrir à leurs enfants. Des charrettes pour la préparation des sucreries font le tour des quartiers et des ruelles pour préparer le fameux Bessisa et des Achoura succulents.
La marche commence. Soleil très généreux. Les touristes restent de côté pour tout regarder. Certains sont curieux. D’autres le trouvent joyeux : "C’est un carnaval festif, comme partout dans le monde, je suis ravie d’y assister", lance une jeune Autrichienne, en dansant. Spiritualité rythme jovialité
Il est 16h30, au portail de l’incontournable Souk Khan El-Khalili, le plus touristique du Caire, le Mouled débute.

 Des milliers de groupes soufis s’entassent. Ils se succèdent pour arriver à la mosquée du petit fils du Prophète, El-Hussein, juste en face. Banderoles à la main, portant les noms bien calligraphiés de chaque groupe et de leurs fondateurs : El-Mohamadeya El-Shazleya, etc. Avec un rythme bien étudié, tous psalmodient ensemble : "La Ellah Ella Allah, Mohamad habib Allah". (Il n’y a de Dieu que Dieu, et Mahomet est l’aimable de Dieu). Missions partagées : les hommes dirigent la marche et dansent. Les femmes, quant à elles, s’occupent des yoyos. Le grand nombre de journalistes et de photographes qui les attendent ne les dérangent pas, au contraire.
"Gelabeya ou Abaya", les babouches vont bien avec les turbans. En vert, rouge ou blanc, chaque groupe se distingue à sa propre façon. Les bonbons sont jetés en l’air, ainsi que l’eau citronnée.
Beaucoup font de longs trajets pour y assister. Et toutes les rues alentours restent bloquées.



S'adonner à la foi
Une fois la prière du crépuscule commencée, le festival s’achève. Les groupes prient. Et, ils s’en vont pour organiser leurs soirées de chants d’éloges Zikr.
Une célébration unique sans doute datant de l’époque fatimide et qui tient le coup  jusqu'à nos jours. L'enthousiasme s’est un peu estompé mais les Egyptiens restent attachés plus que jamais à leurs coutumes ancestrales et continuent de célébrer le mouled avec la même ferveur d'antan.



Echanger les cadeaux :
Les fiancés font des visites familiales pour s'offrir des cadeaux de mariage.
Les familles vont chez leurs voisins et les femmes chez leur mère et belle-mère pour offrir la fameuse Achoura et les confiseries de Mouled.

Les festivités duraient une semaine jusqu'au prochain vendredi "jemaât el mouled" par coutume réservée aux Egyptiens qui après le départ des visiteurs des familles entières hommes, femmes et enfants vont au mausolée réciter la fatiha et émettre des vœux.

 

El Leila el Kébira, une réincarnation du Mouled

L'opérette Al-Leila al-Kébira (la grande nuit du Mouled), est un chef-d’œuvre musical qui reste perpétuellement gravé dans la mémoire collective du public égyptien. Il suffit de fredonner le refrain Al-Leila al-Kébira, pour que tout le monde se mette à gazouiller le reste des chansons écrites par Salah Jahine et mises en musique par le fameux compositeur Sayed Mekkawi.



Une tentative de la part de l'artiste égyptien de revivre des rituels héréditaires pendant les fêtes et les célébrations populaires pour faire un voyage délicieux dans ce monde nostalgique, folklorique et juvénile que donne ce spectacle de marionnettes Al-Leila al-Kébira.

 

Les marionnettes pour représenter l'irreprésentable

Le rideau du théâtre s’ouvre au public, sur une grande scène du Mouled. Tout un show spectaculaire, marqué par un splendide décor, aux couleurs vives et aux ornements ruraux. Ce qui est clair c'est le fait de choisir en arrière fond du théâtre, les  façades des maisons, le café, les rideaux des fenêtres. Le tout est basé sur des scènes rapides, successives, qui se déroulent dans le cadre d’une fête foraine.

Quant aux marionnettes; elles sont habillés avec beaucoup de détails vestimentaires et de fameux accessoires qui s’inspirent du folklore et de la vie rurale. Le tarbouche, le cornet du guignol, les tambourins des petits enfants, les djellabas et les turbans accentuent l’âme populaire de l’Opérette. Cette ambiance festive, ce folklore et ces chansons inoubliables incarnent distinctement une journée foutue au Mouled.

 

 Les Soufis de Sayedna El-Hussein

Près de la mosquée de Sayedna El-Hussein se dresse une tente pour les réunions des soufis. Ils sont assis sur des tapis, récitent des litanies et prononcent les invocations des noms de Dieu. 
Tous ces mystiques sont immobiles, la tête penchée en avant et les mains croisées. Puis, tout d’un coup, ces hommes accroupis sortent de leur comportement figé et leurs corps se mettent en mouvement. La tête qui était inclinée en avant se rejette vers l’arrière et ainsi de suite. Ensuite, c’est le corps qui se met à se mouvoir de gauche à droite alors que le nom de Dieu “Allah” sort des bouches jusque-là muettes. Ces mouvements du corps et de la tête se poursuivent pendant un certain temps jusqu’au moment où un brusque tambourinage survient. Tous, d’un seul coup, se mettent debout et la véritable cérémonie du zikr commence animée par les tambourins. Se levant, ces soufis commencent à balancer leurs têtes de droite à gauche et le corps d’avant en arrière avant d’entrer en transes. C’est alors un déferlement de contorsions. Les participants se mettent à tourner sur eux-mêmes comme des toupies. Les corps se balancent dans tous les sens et la rapidité des gesticulations augmente avec le bruit accéléré des tambourins qui rythment cette assemblée. Des invocations à Dieu viennent couvrir le bruit des tambourins à certains moments. Des bras se lèvent vers le ciel, gestes d’actions de grâce et de reconnaissance au Tout-Puissant. Au fur et à mesure que le rythme des tambourins décroît, les participants ralentissent leurs mouvements. Puis, tout se tait, les tambourins et les mystiques, et la cérémonie s’achève. Les participants, mystiques d’un temps, sortent de la tente, un à un, se dispersent anonymes au milieu de la foule sur la place Sayedna El-Hussein pour aller reprendre leurs habitudes ordinaires. Ils sont les héritiers des anciennes confréries mystiques qui étaient nombreuses au Caire avec les derviches crieurs ou tourneurs. 
En effet, il existe de nombreuses confréries de soufis qui accomplissent le zikr de manières différentes. Par exemple, la confrérie Amriyya n’emploie ni cymbales, ni tambourins, ni flûtes, se concentrant seulement dans la méditation pour s’unir à Dieu. Le vrai zikr, selon la règle de la confrérie de la Rifaïyya, consiste dans la répétition des paroles saintes avec révérence et respect et sans élever la voix afin de n’entendre que soi-même et rien de plus. Cela doit se faire sans désordre ni vacarme. Mais le zikr ne se pratique pas seulement pendant le mois de ramadan, car chaque confrérie l’organise tout au long de l’année à certains jours de la semaine.

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