Le Petit-Baïram, une cascade de sucre, d’arômes et de saveurs à ne pas manquer

Dr Nesrine Choucri Dimanche 24 Mai 2020-13:24:14 Chronique et Analyse
Le Petit-Baïram
Le Petit-Baïram

Si les aliments pouvaient parler, que diraient-ils pour révéler leur splendeur ? Si les délices de la fête du Petit-Baïram pouvaient nous adresser la parole, certes, elles feraient fondre nos cœurs, ensorceleraient nos bouches, s’infiltreraient dans notre âme. Le Petit-Baïram c’est surtout une fête sucrée où la blancheur du sucre se confond à la pureté des cœurs des fidèles, et où chaque moment devient aussi singulier par les goûts, les saveurs et les couleurs. C’est la fête, alors, plus de diète, que les délices vers votre estomac se glissent en douceur et sans supplices !

 

 

Même si le coronavirus est là, à l’arrière-fond, cela n’empêche pas de profiter de la vie. Au contraire, ce virus nous a déjà appris à profiter de chaque instant, à voir les dons et la bénédiction divins. La fête du Petit-Baïram 2020 se place sous le signe de rester chez soi. Restons chez nous, mais profitons aussi de cette expérience pour savourer les pâtisseries uniques de la fête qu’on consomme une fois par an. Consommation avec modération évidemment pour quand-même rester en bonne santé. Après trente jours de jeûne, tout le monde se réveille à l’heure de la prière. Puis, vient ce moment magique. Ce moment où l’on peut déguster un thé au lait ou un café au lait avec des petits diamants scintillants dans nos assiettes. C’est le roi de la fête du Petit-Baïram en Egypte : le kahk. Il s’agit de petits gâteaux saupoudrés de sucre et au goût inoubliable. Après la première gorgée de thé au lait, et la première bouchée de kahk, vous serez dans un autre monde, un univers singulier : au royaume du plaisir gastronomique. On n’oublie pas les sentiments que font naître cette première gorgée de boisson précieuse et de bouchée de pâtisserie audacieuse. C’est pourquoi, chaque année, on en raffole et on attend avec impatience ce moment de fête. Une expérience qui rappelle un peu le morceau de madeleine de Marcel Proust trempé dans la tisane qui a donné naissance à la rédaction de son chef d’œuvre « A la Recherche du Temps perdu ». Mais là, vous allez tout retrouver : d’abord vos sens, car la boisson chaude éveille bien votre esprit et attise votre cerveau. Rien ne peut assouvir l’appétit face à la beauté et à la grâce de ces délices interposées dans une assiette et attendant patiemment que nous les croquions. Evidemment, le roi des pâtisseries de la fête - comme nous l’avons déjà cité - est inéluctablement le kahk. Il est considéré comme étant incontournable dans toutes les maisons égyptiennes. Pour le Petit-Baïram, il faut acheter le kahk (petits gâteaux saupoudrés de sucre) et d’autres pâtisseries. Il est toujours là, fidèle au rendez-vous, tel un roi indétrônable. Comme chaque année, le kahk a plusieurs formes : nature, aux noisettes, aux noix, au lokuom, à la pistache, ….  La liste est longue, énorme, exhaustive et détaillée. Chacun a évidemment choisi ce qui convenait à ses goûts et à son budget. Mais nul ne pouvait se défaire du kahk nature.

Cette année, de nombreux ménages ont joint l’agréable à l’utile. De peur du coronavirus, ils ont décidé de confectionner toutes ces pâtisseries chez elle, et évidemment pour le faire, toute la famille a vécu des moments de joie intense en préparant les ingrédients, donnant forme et vie, choisissant les saveurs et les parfums. On aurait dit que l’Egypte a fait un voyage dans le passé et on a revécu avec une sorte de nostalgie ce paysage où toutes les familles préparaient elles-mêmes les délices de la fête. Alors, les jeunes générations pourraient-elles vivre comme au passé cette expérience particulière et revoir les foyers devenir des lieux de créativité et de fabrication, et non de simples lieux de consommation.  Décidément, il faut toujours apprendre à voir un côté positif dans tout ce qui se passe autour de nous. A noter que certaines personnes ont l’habitude de les préparer à domicile notamment dans les quartiers populaires. Pour la majorité des habitants dans ces quartiers, la préparation du kahk était plus importante que d’en consommer, voire un véritable rituel. Les manches retroussées, les maîtresses de foyer ont fait fondre du beurre et fait griller les grains de sésame sur un fourneau à pieds. Pendant ce temps, elles ont passé au tamis la farine, ont fait de même pour le sucre glace. Les jeunes filles, qui ont tenu à accompagner leurs mères, participent à la préparation du kahk en décorant les premiers gâteaux à l’aide d’un monäch (pince muni de petites dents) avant de les enfourner. Aucun ingrédient nécessaire à la préparation du kahk, n’a été épargné : huile, beurre, fruits secs, loukoum et sucre.

Et pour ceux qui ont gardé l’habitude d’acheter les pâtisseries de la fête eh bien 2020 a été quand-même clémente puisque les plus grandes pâtisseries n’ont pas augmenté les prix des douceurs. Au contraire, ils ont veillé à les garder comme ceux de l’année dernière en proposant un service de livraison à domicile souvent gratuit et en priant leurs clients de ne pas se déplacer en cette chaleur et durant la période de la pandémie. Bref, un service assez royal et sans frais supplémentaires.  En d’autres termes, sucrer vos bouches durant la fête, oubliez vos soucis et restez chez vous pour vous protéger du virus.

Plongeons alors dans ce monde sublime où les arômes sont magnifiques.  A côté du kahk, il y a les biscuits. Là encore, une variété importante était à citer : biscuits nature, biscuits à la noix de coco, biscuits au chocolat, biscuits à l’orange. Un véritable univers fondant fabriqué en biscuits qui ensorcèle par sa douceur et son goût exceptionnel. Pour les Egyptiens, c’est un moment clé : tremper les biscuits dans l’énorme tasse de thé au lait  est un rite incontournable. Les ménages égyptiens ne peuvent pas oublier les petits fours ou encore les sablés. Des pâtisseries parfaitement occidentales auxquelles s’ajoutent la confiture et la noix de coco râpée et qui font fondre les cœurs.  Bref, un véritable coup de cœur. Et il ne faut surtout pas oublier les ghorayébas : des petits gâteaux blancs pâles essentiellement à base de beurre qui ont leurs amateurs. Les ghorayébas ne sont pas comme les autres pâtisseries : soit on les aime, soit on les aime pas. Il n’y a jamais de juste milieu avec cette dernière lignée de pâtisseries. Riches en beurre, elles sont difficiles à digérer, mais très tendres à dévorer. Que les Egyptiens passent la fête à la maison ou en voyage, les pâtisseries les ont toujours fidèlement accompagnés. Leur absence, dans un foyer, durant une période de fête est un signe de deuil ou de tristesse. Jamais de pauvreté, car même les petits budgets peuvent acheter, confectionner ou se voir donner quelques pâtisseries pour l’occasion.

Suite à cette explosion de sucre à la bouche, les Egyptiens aiment prendre un petit-déjeuner ordinaire. De quoi oublier la cascade de sucre qu’ils avaient avalée en début de journée. Une cascade qu’ils ont continué à faire couler sur leur langue et à travers leur palais durant les quatre jours de fête. Le petit-déjeuner se compose en général de plusieurs types de fromages, de tomates, de concombres, de fèves ou encore d’œufs et de yaourts.

Le matin de la fête, les kahks et les biscuits trônent sur toutes les tables au milieu des friandises: bonbons, dattes sèches, noix, noisettes, amandes, chocolat et les “termès”, ces lupins consommés notamment durant les fêtes. Dans tous les ménages, les « termès », un type de légumineuses, sont trempés plusieurs jours avant la fête dans de l’eau salée. Une phase qui a suivi la phase de cuisson à grand feu. Les lupins qui sont salés ont permis pour la majorité d’entre nous de rompre avec l’excès de sucre et de manger de manière plus saine.

N’oublions pas dans ce contexte de coronavirus de nous munir de quelques infusions qui permettent de brûler les calories : du thé vert, de la cannelle ou du gingembre sont ainsi nécessaires pour compléter tout le tableau. Pourquoi aussi ne pas commencer la journée par quelques exercices en ligne chez soi ? Des vidéos abondent pour s’en servir et rester en bonne forme. N’oublions pas que trop de sucre cause la paresse et qu’il faut rester zen. 

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