Le Ramadan à Halayeb et Chalatine : La richesse des traditions

Nevine Ahmed Mercredi 13 Juin 2018-13:06:04 Chronique et Analyse
Le Ramadan à Halayeb et Chalatine : La richesse des traditions
Le Ramadan à Halayeb et Chalatine : La richesse des traditions

Riche en traditions et coutumes, le Ramadan est un mois spécial qui diffère, non seulement d'un pays à un autre, mais aussi bien d'une région à une autre dans un seul Etat. Dans cet article, nous mettrons en avant certains de ces us et coutumes dans une région spéciale de l'Egypte, Halayeb et Chalatine, et qui en sont vraiment typiques.

 

A l'extrême sud du pays, dans le gouvernorat de la Mer Rouge, plus précisément à partir de Marsa Alam et ses différentes vallées, jusqu'à Halayeb, le mois de Ramadan a ses rites différents, qui sont propres aux tribus d'Al-Bagga et d'Al-Ababeda, habitants locaux des lieux.

Beaucoup de gens qui s'y rendent se demandent peut-être comment ces gens passentleur jeûne, notamment avec la chaleur torride qui enflamme le climat. Que mangent-ils et que boivent-ils? Beaucoup d'interrogations que nous ne laisserons plus sans réponses.

Les habitants locaux laissent savoir qu'ils ont certaines habitudes depuis le tout début du mois béni et jusqu'à la Fête. Tout est propre à cette région et porte la signature de ses habitants, depuis les mets qu'ils préparent, les boissons qu'ils présentent et jusqu'aux voeux qu'ils s'échangent avec l'avènement du Ramadan.

Avec un soleil qui n'est pas trop clément à cette période de l'année, les journées du Ramadan commencent par une relative mais remarquable sérénité. Presque personne ne marche dans les rues pendant le jour à cause de l'horrible chaleur, à moins d'une nécessité urgente.

Si les gens se croisent, ils se saluent et s'échangent les meilleurs voeux pour le Ramadan. Selon le langage d'Al-Bagga, ils se disent : "O tarq hoy choboubna" (Que le mois sacré vous soit béni).

A midi, les mosquées regorgent de fidèles pour faire la prière et réciter les versets du Coran.

Le vrai va-et-vient et l'activité commencent peu avant le maghreb pour se préparer à l'iftar. A ce moment du jour, la vie reprend, affirme un des habitants de Chalatine. Les gens s'activent pour préparer les principaux mets de l'iftar, le repas essentiel du jour, continue-t-il, en révélant que le principal plat et le plus fameux à Halayeb et Chalatine est le "slat" (de la viande d'agneau grillée sur des pierres de bazalt ou le quartz). Quant à la boisson principale, c'est la "joubna".

Dès l'après-midi, vers 15h ou 16h, les habitants de la région commencent à empiler les pierres de quartz pour préparer la grillade. Le jeune habitant de Chalatine souligne toutefois, que le "slat" ne perdure pas tout au long du mois de Ramadan, à cause des prix élevés de la viande. Les gens se contentent alors de le présenter lors des festivités et avec la présence de convives, ainsi qu'au tout début du mois.

Il explique que le "slat" est confectionné à partir de la viande d'agneau et de chèvre, cuite sur des pierres de quartz et mises au milieu du bois et des herbes auxquelles on met le feu. Richement épicé, le "slat" a été ainsi appelé parce que ce mot signifie en arabe la "séparation", et donc, le quartz aide à séparer la viande de la graisse qu'elle contient.

Sur un autre plan, les membres de la famille participent ensemble à préparer l'iftar. A chacun sa mission. Au moment où quelques-uns s'occupent du manger, d'autres se chargent de la boisson la plus fameuse et la préférée chez les habitants de Halayeb et Chalatine, la "joubna". Ils s'enrégalent à plusieurs reprises de l'iftar jusqu'au sohour.

Un des membres de la tribu "Al Ababda" explique que la "joubna" est préparée à partir des grains de café et de cardamome. C'est la boisson officielle pour les tribus du sud durant le mois de Ramadan. Ils peuvent même boire jusqu'à 40 tasses tout au long de la journée, hors du mois de Ramadan.

Les habitants de cette région croient que la "joubna" les protège de la soif et du mal de la tête. Quelques-uns aiment ajouter à cette mixture des clous de girofle ou du gingembre.

En ce qui concerne le sohour dans cette région, il existe un plat qu'on appelle "al-otim" fait à partir de farine trempée dans l'eau à laquelle on ajoute du lait de chameau. Ce plat aide à étancher la soif, comme estiment les habitants de Halayeb et Chalatine et à étouffer la faim pendant le jour. C'est le repas principal pour le sohour.

Le trait le plus caractéristique dans cette région, comme révèlent ses habitants, est ce rassemblement entre jeunes et cheikhs de chaque tribu lors de l'iftar notamment, où tous mangent dans un seul grand plat.

 

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