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Le canard laid

Dr Nesrine Choucri Mercredi 30 Mai 2018-14:11:59 Shéhérazade raconte
Le canard laid
Le canard laid

Shéhérazade raconte tous les soirs des histoires au roi. Des histoires qu'elle a regroupées du fond de l'Egypte, mais qui sont riches en morale. Aujourd'hui, elle raconte l'histoire du canard laid.

Il était une fois une maman-canard qui a mis des œufs. Tous les jours, elle les couvait, s’en occupait pour que ses petits voient le jour. Il y avait un œuf toutefois qui lui paraissait un peu plus grand que les autres. Cela a capté son attention, puis, elle s’est dit : « ça sera probablement un gros canard ».

Le jour J est arrivé, les œufs commençaient à se briser les uns après les autres. Des petits canards jaunes et frêles sortaient de leur coquille. Le grand œuf prometteur est resté à sa place sans changement, aucune cassure. Rien de nouveau. Rien de différent. La coquille était solide et la mère s’inquiétait. Trois jours plus tard, alors que les petits canards avaient déjà appris à bien marcher, la coquille connut quelques fissures. Il en sortit un canard différent. La mère était choquée, pourquoi avait-elle mis au monde un canard de couleur blanc cassé et avec un si grand bec ? C’était un canard laid et insupportable aux yeux de sa propre maman. Elle n’arrivait pas à le cacher.

Le pauvre canard était toujours obligé de se mettre au bout de la queue de canards. Il ne savait pas manger comme ses frères et ses sœurs, sa différence le gênait. Il a grandi alors dans cette ambiance : se maudissant pour sa laideur. «Moi, le canard laid, personne ne veut de moi », se disait-il souvent. Il se résignait alors à ce sort.

Etre beau ce n’est pas de son ressort, il le savait bien. Il menait sa vie calmement pour rester à l’abri des regards au maximum. En restant loin des autres, il aspirait à éviter tous les problèmes, les moqueries, les propos méchants, les regards blessants.

Au fil des années, il a compris qu’il n’était pas le préféré de sa maman et qu’il n’avait aucun lien avec ses frères et ses sœurs. Devenu adulte, il a décidé de s’en aller. Rien en tout cas n’allait changer la situation. Il se sentait « le paria » de la famille. Sa maman ne l’avait pas maltraité, mais elle se montrait souvent froide et insensible à son égard.

Il commençait à s’aventurer dans la nature, se fait des amis. D’autres oiseaux plus cléments à son égard. Il était ravi que ces nouveaux amis ne voyaient pas sa laideur et qu’ils étaient gentils avec lui.

Puis, un jour, alors qu’il errait sans un vrai but dans la nature, il a vu celle qui a fait battre son cœur. Blanchâtre avec un plumage et un grand bec aplati, elle avait des regards qui ont fait fondre son cœur. Elle a su le capter, le faire rêver, et le rendre heureux. Soudain, cette joie s’est transformée en profonde peine : accepterait-elle de moi, le canard laid ?

Elle n’est même pas un canard, c’était un cygne. Il décida d’aller lui parler, il s’approcha du lac. Avant de mettre les pattes dans l’eau, il a été choqué par le reflet de son visage sur l’eau. « Il n’était pas un canard, il s’est reconnu, il était un cygne. Sa maman n’était pas sa vraie maman, c’était plutôt une maman adoptive et ses frères et sœurs n’avaient pas vraiment tort de le bouder », se disait-il. Il était un cygne, et il n’était pas laid. Il était beau comme un cygne et non pas beau comme un canard. Quelle différence!

Ce qui le rendait plus heureux que tout, c’était qu’il pouvait avouer son amour à sa bien-aimée. Ils sont deux cygnes et peuvent avoir un avenir ensemble. Il a compris la leçon de sa vie : Nul n’est laid, moche et dédaigneux.

Parfois, le sort fait que certaines créatures ne sont pas dans l’entourage adéquat. Les dissemblances ne sont pas des laideurs si on voit avec le cœur.

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