Le canon de l’Iftar “tonne”…

Nermine Khatab Dimanche 10 Juin 2018-21:30:36 Chronique et Analyse
Le canon de l’Iftar “tonne”…
Le canon de l’Iftar “tonne”…

Depuis des siècles, les Egyptiens sont habitués à entendre le coup de canon pour rompre leur jeûne. Dans le temps, la population était minime, et il suffisait que le coup de canon soit lancé pour que les habitants de la capitale l’entendent et sachent que c’est l’heure de l’Iftar. Dès que les Egyptiens ont connu la radio, le coup de canon y fut diffusé. La télévision diffusait ensuite, parfois en direct et parfois non, le coup du Canon de Ramadan. Ces coupscontinuent de résonnerperpétuant une traditionperçue comme un souci de préserver un patrimoine historique et culturel.

 

 

Les événements qui marquent l’Histoire sont multiples. Par exemple, la coutume dans des pays musulmans de signaler quotidiennement la fin du jeûne en période de Ramadan -le moment de l’Iftar, premier repas après le coucher du soleil- par un coup de canon.

«Midfae al-iftar» ou les coups de canon que les Egyptiens se sont habitués à entendre pour rompre le jeûne et accomplir la prière d'Al-Maghrib, fait partie intégrante, aux côtés du Fanous Ramadan et le Messaharati, de l'ambiance festive du mois béni. En Egypte, le «canon du Ramadan» est l'un des aspects marquants de la célébration du mois sacré qui a été préservé de génération en génération et qui constitue toujours une tradition attachante résistant à l'évolution technologique.

Ce fameux canon a été déployé dans plusieurs endroits du Caire selon l'expansion urbanistique pour être installé dans la Citadelle sur les collines d'Al-Moqattam donnant sur la capitale.Au Caire, jusqu’en 1859, les canonniers utilisaient des obus remplacés depuis par des charges explosives émettant un «boum» audible à plusieurs kilomètres à la ronde. Les origines de cette pratique restent incertaines, même si les hypothèses nous ramènent toutes en Egypte. Plusieurs versions relatent le début de cette tradition en Egypte. La première rattache cette coutume à l'époque du sultan mamelouk Al-Zaher Seif Al-Din Zenki Khashqodom, qui avait reçu un canon en cadeau de la part d'une usine allemande. Il voulut l’essayer au moment du coucher du soleil et, par «pure coïncidence» est-il rapporté, il s’agissait du premier jour du mois de Ramadan 869 de l'Hégire (26 avril 1465). Le bruit résonna dans le ciel du Caire et les jeûneurs l’interprétèrent comme le signal de fin de jeûne.

Selon l'historien Samih Zahar, des dignitaires ont rendu visite au gouverneur, juste après la rupture du jeûne, pour le féliciter pour cette nouvelle initiative et suggérer qu'il devrait la conserver. Le gouverneur ordonna alors la remise en service du canon au moment du coucher de soleil et fit exécuter cette manœuvre chaque jour du mois sacré.

Un autre récit fait plutôt remonter la coutume à l'époque de Mohamed Ali (XIXe s.). Ce fondateur de l’Egypte moderne avait acheté des canons de fabrication allemande pour équiper l’armée de son pays.

Il aurait ordonné un tir de l’une de ces armes au moment du coucher du soleil, un jour de Ramadan. Surprise, la population interpréta le coup de canon comme une nouvelle façon d’être informée du moment de l’Iftar et en aurait souhaité le renouvellement régulier. Et c’est alors qu’entre en scène une certaine Fatima qui aurait demandé au souverain d’ériger cette fausse manœuvre en pratique régulière chaque jour du mois de Ramadan.

Le pacha aurait donné son accord et, dès lors, le canon résonna deux fois par jour, pour la rupture et la reprise du jeûne.

Quant à l’identité de cette personne, le flou demeure: il s’agirait soit de l’une des filles du pacha, bien placée il est vrai pour faire valoir sa requête, soit d’Al-Hajja Fatima, une dame âgée qui habitait dans le quartier d’Abdine, au centre du Caire, et préparait chaque jour de jeûne l’Iftar pour l’équipe en charge du canon rituel. Les gens, raconte-t-on, la taquinaient en chemin, lui demandant de se dépêcher pour hâter le moment de la détonation du canon.

De là est née la tradition d’appeler cette arme bien pacifique le «canon de Fatima».

Une troisième version de cette coutume, semble-t-il la plus populaire, situe son origine sous le règne d’Ismaïl Pacha (fin XIXe s.). L'Histoire raconte qu’alors qu’ils nettoyaient leurs armes, les soldats de l’armée du khédive mirent à feu un canon, par erreur, exactement au moment du Maghrib. Qu’en est-il de cette coutume aujourd’hui? Depuis 1992, le canon de la Citadelle du Caire est condamné au silence. Plus d’odeur de poudre ni de bruit de détonation! Le «coup de canon», transmis par la radio ou la télévision, n'est plus désormais qu'une réplique enregistrée. Comme un écho fidèle et lointain du célèbre «canon de Fatima».Cette tradition s'est perpétuée jusqu'à nos jours.

Les canonniers utilisaient jusqu'à 1859 des obus avant de les remplacer par des bombes pyrotechniques émettant un son audible à plusieurs kilomètres à la ronde. De nos jours, la technologie moderne a remplacé cette tradition de sorte que les annonces sont faites à la radio et à la télévision. Toutefois, les coups de canon continuent de résonner dans un défi certain de perpétuer cette attachante tradition qui demeure chère aux Egyptiens. Les vestiges de ce canon unique en son genre témoignent d'une étape prospère en Egypte et d'un signe de la volonté des Egyptiens à préserver le patrimoine historique et culturel du pays.

en relation