Le confinement a ses vertus : Les cerfs-volants envahissent le ciel d’Egypte !

Hanaa Khachaba Mardi 07 Juillet 2020-10:58:33 Chronique et Analyse
Les cerfs-volants envahissent le ciel d’Egypte
Les cerfs-volants envahissent le ciel d’Egypte

En contemplant le ciel d’Egypte en cette période de long confinement, un brin de nostalgie nous submerge. Des centaines de cerfs-volants flottent très haut, ornant notre ciel de couleurs gaies.

 

 

Dans notre enfance, le cerf-volant était lié aux vacances au bord de la mer. Quand on partait à la plage, on jouait soit au cerf-volant soit aux raquettes, si l’on désirait un peu de répit des vaguelettes successives.

A ce temps, les cerfs-volants vendus dans les magasins ne nous tentaient pas assez. Chaque gamin rêvait de personnaliser son propre petit avion en papier ou en tissu. Le matériel utilisé était si simple que tout le monde pouvait facilement créer son cerf-volant. Des tiges en bambou, du papier léger coloré ou parfois même on utilisait des sacs poubelles en plastique, de couleur noire d’ordinaire, pour créer le corps même de cet petit jouet volant qui, en voltigeant, fait la joie tant des petits que des grands vacanciers.

Dans les quartiers populaires, le cerf-volant était le roi des jeux. Les enfants rivalisaient souvent dans sa fabrication. Plus la taille était grande, les couleurs éclatantes, plus le cerf-volant attirait l’attention du spectacle d’ici-bas, scotchant les yeux sur le ciel, pour observer les magnifiques ondulations de ces superbes petits choses sillonnant le ciel.

Autrefois, ces enfants confectionnaient eux-mêmes leurs cerfs-volants. Le comble du bonheur était la vue d’un cerf-volant dansant très haut dans le ciel, bravant la pesanteur. Tel un léger papillon flottant d’une fleur à l’autre, le cerf-volant d’aspect sobre ou multicolore, réjouit son propriétaire. Pas seulement ! Il fait aussi sa fierté. Faire voler un cerf-volant n’étant pas de la tarte, des concours étaient organisés pour couronner le roi du quartier, le plus calé dans cette mission exceptionnelle.

Dans les quartiers populaires, les toits des immeubles servent souvent de « plateforme » de lance-roquettes...De là-haut, toutes les ficelles sont fermement tenues entre les doigts, et les cerfs-volant aux tailles et aux couleurs différentes, s’élancent librement vers le ciel, ne connaissant de barrière que la longueur de la ficelle.

Aujourd’hui, le cerf-volant marque son retour en puissance dans le ciel d’Egypte. Ils sont par centaines à voltiger, rappelant aux Egyptiens ce jeu de leur enfance tant chéri et évoquant un flot de souvenirs agréables.

Ces petits objets flottants ne sont plus l’apanage des plages. Ni non plus la passion des habitants des quartiers populaires seulement.

Le cerf-volant revient. Il envahit le ciel dans les zones urbaines et rurales, chics et pauvres. Le roi des jeux de la plage de jadis revient en force, sous des formes encore plus créatives et parfois sophistiquées.

D’habitude, les cerfs-volants égyptiens sont en forme de pentagone (ceux européens ou occidentaux sont généralement conçus en dièdre). Cinq côtés constituent la charpente de l’objet, fabriqués à l’aide de tiges de bambous ou de bois léger. Le tissu ou le papier coloré sont étirés entre les tiges et fixés. Les tiges sont fixées l’une à l’autre par des ficelles. Cela demande une bonne technique pour être à même de manier le cerf-volant et arriver à bout de sa confection. L’innovation et la créativité sont de mise. Plus on est doué dans le dessin et les activités manuelles, plus la fabrication du cerf-volant sera facile et agréable en même temps.

Pendant cette longue période de confinement, des Egyptiens de tous bords et de différentes tranches d’âge, investissent la rue ou occupent le toit de leurs habitations pour faire flotter leur cerf-volant. Une activité très intéressante et agréable tant qu’il fait beau et il y a un peu de vent. Cela ne nécessite pas grand-chose. Il y a plein de tutoriels en ligne pour apprendre à ceux qui souhaitent confectionner leur propre avion en papier ou en tissu d’y arriver sans difficulté.

 

Les portraits de jeunes martyrs militaires représentés sur des cerfs-volants

« Le mérite revient au feuilleton intitulé « Le Choix » diffusé au mois de Ramadan dernier. En regardant les scènes de mort des héros de l’armée égyptienne par des traîtres hideux, mon cœur s’est fendu. Mon âme se brisait à chaque fois que je voyais un des ces superbes héros de notre armée tomber en martyr », lâche le jeune Saïd Kamel.

Originaire du gouvernorat de Ménoufia, Kamel s’emballait à l’idée de confectionner des cerfs-volants représentant les portraits du martyr Ahmad Al-Mansi et de ses collègues tués de sang-froid par des ennemis de la patrie, des terroristes manipulant la religion à leur gré.

« Depuis tout petit, j’adorais fabriquer mes cerfs-volants. Grand, j’en avais fabriqué un portant le drapeau et le fanion du Club Al-Ahly. C’était tellement beau que lorsque je l’ai montré à mon ami, il m’a proposé d’en confectionner un représentant les portraits de nos martyrs bien-aimés et inoubliables », raconte Kamal. « J’ai mis trois heures d’affilée pour enfin terminer ce tableau sublime en l’honneur de la mémoire des héros de l’Armée égyptienne », confie-t-il, en toute fierté.

 

Les cerfs-volants, une aubaine de retour en vie !

Le confinement a quand même ses vertus. Quelques heures avant le coucher du soleil, le ciel se pare de centaines de cerfs- volants de tailles et de couleurs différentes.

Dans les quartiers populaires, la fabrication des cerfs-volants devient un commerce florissant. Chaque jour, des dizaines d’acheteurs se rendent chez Moustafa Mohamed, le fameux menuisier d’un quartier populaire, pour personnaliser leur avion en papier. Le prix varie entre 20 et 100 LE pour les tailles allant de 30 cm de diamètre à 3 mètres. « A cause de la fermeture des cafés baladis où les jeunes avaient l’habitude de se rassembler pour jouer aux dominos, aux échecs ou aux dames, en sirotant leur thé à la menthe, et en tirant fort de leur chicha, le jeu des cerfs-volants est revenu sur scène », estime Moustafa Mohamed. Il dit qu’il vend de 5 à 10 cerfs-volants par jour. Il ajoute « Il y a des cerfs-volants qui coûtent 500 LE, ce sont ceux richement décorés et peints et aussi de grandes tailles ».

Quant à Ahmed Mamdouh, un calligraphe du quartier, il s’emballe d’avoir trouvé un gagne-pain supplémentaire en « cette période de coronavirus ». Mamdouh est calligraphe depuis 20 ans. Avec l’apparition du Covid-19, il a décidé de chercher un nouvel emploi qui n’exige pas de se déplacer de chez soi pour entretenir sa petite famille. Il était ravi de recevoir des clients venus pour décorer leur cerf-volant en papier avec des dessins, des portraits ou des inscriptions pittoresques.

« Toute l’Egypte se lance dans l’affaire », dit-il en souriant. Il affirme orner de 10 à 20 cerfs-volants par jour, ce qui constitue pour lui « une nouvelle aubaine ».

 

L’histoire du cerf-volant

Le cerf-volant trouve ses origines en Extrême Orient, et très certainement en Chine où il serait né il y a 3000 ans. Etroitement lié à la religion et à la mythologie, il servait à attirer l'attention des esprits, et avait souvent la forme d'un oiseau. Il fut aussi utilisé à des fins militaires. Equipés de harpes éoliennes, des cerfs-volants étaient lâchés de nuit pour effrayer l'ennemi et lui faire croire ainsi à la présence d'esprits malfaisants.
Le cerf-volant fait son apparition en Occident avec le développement des échanges par les routes commerciales de l'époque.

La pratique du cerf-volant était largement répandue en Asie et dans le monde au XIIe siècle. Marco Polo fit une étude très complète de ceux-ci dans sa description du monde. Les matériaux utilisés furent longtemps le bambou et la soie, puis le papier. Au delà de l'aspect ludique ou religieux, le cerf-volant fut aussi un support pour la recherche scientifique.

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