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Le déjà-vu, une sensation énigmatique

Ingi Amr Lundi 02 Juillet 2018-20:33:07 Chronique et Analyse
Le déjà-vu, une sensation énigmatique
Le déjà-vu, une sensation énigmatique

Ça vous est certainement arrivé d'éprouver une sensation d'avoir déjà vécu un moment (qui est en train de se dérouler) ou déjà vu une certaine scène. Comme si c'était un souvenir que vous êtes en train de revivre encore une fois. C'est la sensation du déjà-vu. Une expérience étrange et énigmatique.

 

Avez-vous parfois cette étrange impression d’avoir déjà vécu une situation? Comme si vous l’aviez rêvée? Cette sensation est appelée par les scientifiques le «déjà-vu». Il s'agit d'une sensation mystérieuse.

Plusieurs théories ont été mises au point par des spécialistes de la psychologie cognitive ou des neurologues, mais aucune d’entre elles n’a été définitivement admise.

Il existe quelques définitions du déjà-vu. La meilleure définition serait celle de Neppe: «Toute impression subjectivement inappropriée de familiarité d'une expérience présente avec un passé indéfini». Pourtant, il faut différencier entre cette impression et le flashback: où l'on se voit revivre une expérience passée. Il faut aussi faire la différence entre le déjà-vu et un souvenir enfoui qui réapparait et aussi un éclair de mémoire: où un souvenir surgit tout à coup.

L'explication est à trouver dans les mécanismes de la formation des souvenirs. Les chercheurs se sont penchés sur une zone du cerveau impliquée dans la mémoire: le lobe temporal. Situé derrière l’os temporal, cette partie latérale et inférieure du cerveau rassemble plusieurs structures liées à des fonctions cognitives, comme l’hippocampe et le cortex rhinal.

Si les scientifiques sont convaincus que la sensation de déjà-vu peut s’expliquer grâce à cette zone du cerveau, il est particulièrement difficile de savoir d’où elle vient précisément.

La fatigue et le stress pourraient être à l’origine d’un dysfonctionnement momentané de la région rhinale (où se trouve le cortex rhinal). Ainsi la sensation du déjà vu s'observe-t-elle plus souvent chez des adultes de moins de 40 ans, dans des situations de fatigue ou de stress.

Des scientifiques ont essayé de percer ce mystère pour trouver des explications. Pour se faire une idée précise de ce qui se passe dans le cerveau au moment d'un déjà-vu, des chercheurs de l'université St-Andrew (Ecosse) ont voulu observer ce phénomène, par un examen IRM (imagerie par résonance magnétique) chez 21 volontaires. Il s'agit d'un examen qui permet de visualiser l'activité cérébrale.

Un problème se dressait: comment faire coïncider un examen IRM avec un événement comme le déjà-vu, imprévisible par nature? Avec ses collègues, Akira O'Connor, neuropsychologue qui a dirigé ces travaux, a eu l'idée de simuler l'impression de déjà-vu en utilisant une technique standard de création de faux souvenirs.

Les observations des chercheurs expliquent que le déjà-vu serait dû à une erreur du cerveau qui inscrit une perception présente directement dans la mémoire à long terme. En effet, selon les chercheurs, les régions du cerveau impliquées dans la mémoire, notamment l'hippocampe, sont restées en sommeil durant l'expérience. Une observation qui suggère que le déjà-vu ne serait pas consécutif à la création de faux souvenirs. Au contraire, ce sont des zones impliquées dans la prise de décision et la résolution des conflits qui se sont activées au niveau du lobe frontal.

Pour Akira O'Connor, il s'agit donc plutôt d'un «conflit entre une sensation subjective de familiarité et une sensation objective que cette familiarité ne peut pas être correcte».

Autrement dit, le déjà-vu ne serait pas le résultat d'un dysfonctionnement du cerveau, mais au contraire l'outil par lequel celui-ci vérifie que la situation présente est bel et bien différente de ce qu'on a l'impression d'avoir déjà vécu. Un filtre contre les faux souvenirs qui nous alarment. Cette étrange sensation serait ainsi le signe d'un cerveau en forme qui vérifie ses souvenirs. 

Une théorie qui reste bien sûr à vérifier.

Mais d’autres théories pourraient également être valables. Parmi elles, celle de la distraction, ou «théorie de l’attention divisée». Par exemple, dans une situation, vous vous concentrez sur un élément en particulier, mais ne faites pas attention au reste. Quand vous portez à nouveau votre attention sur ce qui vous entoure, vous avez l’impression d’avoir déjà vécu cette scène.

 

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