Le foul médammes: Plus qu’un plat, un culte au Ramadan!

Hanaa Khachaba Vendredi 01 Juin 2018-00:52:12 Chronique et Analyse
Le foul médammes: Plus qu’un plat, un culte au Ramadan!
Le foul médammes: Plus qu’un plat, un culte au Ramadan!

Dans tous les coins, dans les milieux populaires tout comme dans les quartiers huppés, elle sillonne les rues. Gaiment parée, coiffée de son grand chaudron en aluminium au ventre arrondi et au col étroit, la charrette de foul médammes fait partie du décor ramadanesque. Si elle est là à longueur d’année, sa présence pendant le Ramadan n’est pas uniquement pour rassasier une clientèle en jeûne. La charrette et son chaudron sont une pièce décorative propre au mois béni. La belle charrette de foul médammes (une purée de fèves mijotée à feu doux pendant toute la nuit) parcourt les rues des villes égyptiennes, offrant le plat traditionnel de la population. Servis sous plusieurs saveurs: des fèves à l’huile épicée, des fèves à l’huile d’olives, des fèves au beurre fondu, des fèves à la salade verte, des fèves au téhina, les plats de fèves en Egypte sont consommés par toutes les classes sociales, au sohour comme à l’iftar!

 

Un plat délicieux et surtout nutritif, le foul al-médammes est vendu en sandwich ou en assiette. Les meilleurs confectionnés sont ceux vendus par les restaurants ambulants ou la charrette de fèves, avis unanime des connaisseurs! A proximité de chaque établissement gouvernemental, hôpital ou banque, une charrette de fèves s’installe paisiblement, occupant une place exiguë du trottoir ou d’un côté d’une rue, dégageant des effluves appétissantes, invitant passants et fonctionnaires de venir déguster le plat national en contrepartie de quelques livres. Deux options: Vous pouvez prendre votre sandwich prêt à être dévoré. Ou vous pouvez demander une boîte de fèves natures, pour y ajouter les épices à volonté quand vous rentrez.

Là où vous croisez un rassemblement disparate de personnes, vous saurez avec confiance qu’une charrette de fèves est plantée au beau milieu, exerçant son pouvoir ensorcelant sur les affamés. Le foul est le plat roi en Egypte. Considéré comme le plat des pauvres, il est réputé pour avoir doté les Egyptiens d’un estomac blindé, une expression que les Egyptiens utilisent pour dire être résistant aux maladies. Difficile de préciser quand le foul est devenu le plat égyptien par excellence, tellement les récits sont nombreux. La fève, ce légume sec, semble intemporelle. A travers les siècles, elle est venue profondément s’introduire dans la tradition culinaire égyptienne. Selon l’historien Theodore Al-Sékelli, «foul» est un terme hiéroglyphique tandis que «médammes» (manière de cuire les fèves à la braise) est un terme copte. Ce plat révèle donc un métissage culturel entre deux civilisations croisées en Egypte. Selon Al-Sékelli, les fèves ne furent pas consommées par la haute société car difficiles à digérer, elles provoquent des indigestions et des gaz intestinaux. Aujourd’hui, c’est le plat de spécialité de la gastronomie indigène. Riches en protéines nécessaires à la constitution des cellules, renforçant la croissance et l’activité physique, les fèves sont le choix parfait des familles peu aisées des pays du tiers-monde. Elles comportent du fer et des minéraux dont l’organisme a besoin. En y ajoutant de l’huile, du sel, du poivre, du jus de citron (riche en vitamine C) et de la tomate, le foul, qui est une protéine végétale à prix modéré, est donc un excellent substitut de la viande, dont l’excès de consommation cause de maladies. D’où il trône inéluctablement au centre de la table à manger, spécialement à l’heure de sohour. Le foul médammes assure une longue résistance à la faim pendant le jeûne. Avant le Ramadan, les ménages égyptiens achètent à l’excès des sachets de fèves, question d’en avoir suffisamment de stocks. Ceci dit, le prix des fèves augmente un peu avant le mois béni vu la forte demande. Si pendant toute l’année on en consomme, la consommation double, voire triple, pendant le mois sacré.

Tous les deux jours, sur la gazinière, une bonne ménagère prépare le foul al-médammes. Dans un chaudron parenté à celui que l’on voit dans la rue, d’ailleurs en taille beaucoup moins petite, elle laisse les fèves mijoter à feu doux pendant de 5 à 6 heures. Pour une bonne recette, elle y ajoute une poignée de lentilles jaunes. C’est une astuce pour obtenir une sauce de fèves épaisse et de belle couleur claire.

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