Le sacrifice, l’expression la plus noble de l’amour

Hanaa Khachaba Mardi 05 Novembre 2019-11:53:21 Chronique et Analyse
Le sacrifice, l’expression la plus noble de l’amour
Le sacrifice, l’expression la plus noble de l’amour

Quand on parle du sacrifice, les offrandes présentées aux divinités nous viennent a priori en tête. Le sacrifice a représenté dans les sociétés les plus diverses, de la Grèce antique à Rome, de l’Europe à l’Egypte pharaonique, à l’Afrique, un moment central des rites au cours desquels le groupe ou l’individu consacre une offrande à la divinité, aux rois ou aux prêtres. Archaïque, ancien, sanglant, public, privé, le sacrifice renvoie, quoi qu’il en soit, à un rapport intense entre le sacré et le profane dans une société. Or, on ne parle pas uniquement dans les lignes suivantes de la portée religieuse du sacrifice. Dans nos sociétés orientales, on perçoit ce mot sous différents et multiples angles. Le sens du sacrifice ne se limite pas aux offrandes présentées aux divinités, mais il a une signification plus profonde et plus large s’étendant à la patrie, à l’amour et même à l’amitié.

 

 

L’étude de l’histoire des religions montre que l’idée de se rapprocher des objets d’adoration en présentant des offrandes, est vieille comme l’Humanité. Pas une religion n’a omis ce rite qui n’est exclu de la vie d’aucun peuple. Le sacrifice est une sorte de troc entre l’homme et la divinité dont on veut apaiser le courroux, demander la bénédiction et la grâce, ou obtenir quelque bienfait. 

La notion de sacrifice repose sur la conviction que la bienveillance de Dieu est acquise par le don et l’offrande, le sacrifice dans ce cas-là ayant pour rôle de faciliter la vie des humains et de leur permettre d’obtenir quelques avantages venus du ciel. C’est une sorte de négociation dans laquelle l’homme donne une part de son existence ou de ses biens en échange de la bienveillance des dieux, d’une autorité supérieure comme le roi, ou le prêtre. Dans toutes les religions, on trouve, sous diverses formes, cette pratique des sacrifices. 

Pour exprimer l’importance du destinataire, l’offrande doit être rare et précieuse. Ceci dit, le sacrifice religieux est souvent lié au fait que le sang coule. Le sang joue un grand rôle dans les sacrifices, il est signe de la vie qui appartient à Dieu, il donne alors au sacrifice toute sa valeur. Dans toutes les religions aussi, il n’était de mort plus glorieuse que de mort en sacrifice. 

Le sacrifice devrait par conséquent être le don le plus généreux possible que l’on puisse offrir à une divinité dont on veut obtenir la récompense, la grâce ou le pardon. 

Dans la culture orientale, le sacrifice se fait aussi pour la patrie. Ce sacrifice se traduit aussi par le fait de s’offrir en martyr pour défendre sa patrie contre l’ennemi, quel qu’il en soit, un danger matériel ou immatériel. Dans sa guerre contre le terrorisme, l’Egypte a offert beaucoup de ses enfants en martyrs du devoir. « Sacrifier son âme pour défendre son pays est la plus noble des offrandes », pensent les mères de ces jeunes gens ayant rendu l’âme en défendant le sol égyptien. L’amour de la patrie et la défense aussi bien de son honneur que de son territoire sont profondément enracinés dans l’esprit des Egyptiens. A tout âge, on trouve des Egyptiens prêts à mourir en martyrs, à se sacrifier, pour que leur pays reste la tête haute, libre et forte. 

Cependant, tous les sacrifices ne sont pas forcément sanglants. Le sacrifice acquiert une amplitude nouvelle lorsqu’on sacrifie son bonheur, son repos, son temps pour ceux qu’on aime. 

Dans les relations amoureuses, on croise aussi des êtres qui se sacrifient pour leur bien-aimé. Il ne s’agit pas ici d’offrir sa vie ni celle des autres, mais de renoncer volontairement tout en étant heureux d’une part de son existence pour celui/celle qu’on aime. Le sacrifice n’est que rarement matériel. Il pourrait s’agir d’un bien précieux ou rare. Mais le paroxysme du sacrifice c’est lorsque l’amoureux sacrifie son amour pour une personne adorée mais qui ne lui partage pas son amour. Dans ce cas, on sacrifie son bonheur pour voir l’autre s’épanouir, loin de nos yeux, de notre cœur. 

Dans les liaisons amoureuses aussi, on sacrifie l’un pour l’autre, du temps, des loisirs, du succès. Quand on est vraiment amoureux, le sacrifice nous permet de se faire reconnaître de l’aimée non plus en tant que corps, appétit, mais en tant qu’âme désintéressée, noble. Le sacrifice de l’amoureux serait un renoncement agréable et désintéressé pour celle qu’il aime. Tout amour authentique suppose, en effet, un certain effacement du moi, mais il s’agit de comprendre dans quelle mesure cet effacement, ce désintéressement de l’ego au profit de l’autre personne ou de l’union que l’on forme avec elle se fait spontanément et agréablement, sans regret.

Au sein d’une famille, le bonheur se trouve aussi dans le sacrifice. Celui qui se sacrifie sait aimer et s’abandonner complètement, même si cela peut lui coûter cher. Se sacrifie seulement celui qui comprend ce que signifie sentir, penser, agir et vivre pour une autre personne en ayant comme principe le bien-être de celle-ci. On dit souvent « N’est heureux que celui qui vit pour les autres ». Mais le sacrifice, contrairement à ce que certains pensent, ne cause pas de contrariété ni de regrets, quand il est véritable. Il apporte avec lui la paix spirituelle, le bien-être et l’extase. Le bonheur se trouve aussi dans le sacrifice, les mères le savent.

Tout le monde ne comprend pas à quel point il peut être magnanime de se sacrifier pour un autre être humain avec un sourire aux lèvres comme si nous recevions une grande récompense, et c’est ce que sont les enfants des bonnes mères : une récompense. Néanmoins, comme tous ne sont pas de bons pères ou de bonnes mères, ils sont insensibles à ce type de sentiment et il leur est impossible de le comprendre.

On dit que l’abnégation, le sacrifice volontaire, ne peut être conçu que par des gens qui comprennent les notions d’altruisme, de désintérêt, de noblesse, d’amour… et que pour cette raison, les bonnes mères sont subséquemment altruistes. Lorsqu’une femme tombe enceinte et met au monde un bébé, elle devient immédiatement une nouvelle femme pleine de forces, de vie, de ferveur, d’espoir. Même si avant d’être une mère, le sacrifice lui était inconnu, chaque fois qu’elle se met debout, il fleurit avec son nouveau titre de maman. Le sacrifice des mères ne connaît pas de limites. Il n’existe pas de limites quand il s’agit d’éduquer, d’aimer, de protéger et d’élever.

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