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Les Maux invisibles chez les Jeunes

Nermine Khatab Vendredi 28 Septembre 2018-15:44:48 Chronique et Analyse
Les Maux invisibles chez les Jeunes
Les Maux invisibles chez les Jeunes

L'adolescence peut apparaître comme une période enviable, un temps où le monde s'offre à nous, où l'avenir est devant soi. Si la plupart des adolescents ne ressentent qu'un mal-être passager et passent au travers de cette période sans dommages, connaissant une vie de famille et des amitiés épanouissantes, une scolarité réussie et des loisirs stimulants, d'autres se sentent submergés par un sentiment diffus d'étrangeté au monde, de colère, d'anxiété, de mélancolie ou de haine de soi.

 

Passerelle entre l'enfance et l'âge adulte, l'adolescence met parfois brutalement fin aux repères du jeune qui grandit, tourmenté par des questions sans réponse et se demandant ce qu'il va faire de sa vie. Certains peuvent éprouver un sentiment de perte face à l'enfance qu'il faut laisser derrière soi. "j'ai l'impression être à la croisée d'un chemin brumeux où dans une prison coriace". Ces mots traduisent l'état d'âme des adolescents de nos jours. On se sent alors comme prisonnier de soi-même, de son corps en mutation, de ses doutes et craintes, de ses troubles de l'humeur et du comportement. Les passages de l'exaltation à l'anxiété sont fréquents chez l'adolescent qui vit ses émotions avec intensité. Son état de mélancolie et ses propos désabusés, la grande variabilité de ses états émotionnels sont souvent considérés comme faisant partie de la crise d'adolescence. La souffrance de l'adolescent broyant du noir sans trop savoir pourquoi pourraient entraîner l'adolescent vers une sévère dépression ou un comportement à risque. Éprouvant de l'ennui, de la tristesse, les adolescents ressentent parfois une douleur morale qui leur semble insoutenable. L'adolescence c'est aussi le temps des risques. Quand les chagrins et revers vécus sont trop lourds à porter, la transgression des règles et

l'autodestruction peuvent alors apporter une illusion de contrôle, de maîtrise de soi dans un monde perçu comme terrifiant ou défavorable.

Si pour certains les pulsions de violence sont projetées vers autrui, elles sont chez d'autres tournées vers soi.

Des changements de comportement comme le repli sur soi, l'irritabilité, la perte ou l'augmentation excessive d'appétit, la consommation accrue de tabac sont autant de signaux qui peuvent alerter sur le profond malaise de l'adolescent. Il est important de pouvoir les entendre, de ne pas prendre à la légère les appels au secours des ados (« la vie ne vaut rien », « je ne veux plus vivre ») qui peuvent être le signe avant-coureur d'une pulsion suicidaire. Face à un corps dont les transformations lui échappent, l'automutilation comme l'anorexie et la boulimie peuvent donner à l'adolescent l'impression de se réapproprier son corps. Scarifications, coupures, brûlures, morsures... ce besoin de s'infliger des blessures de manière intentionnelle lui permet d'avoir le sentiment d'agir face à un environnement devant lequel il se sent affreusement impuissant, de choisir où et comment avoir mal plutôt que de subir une souffrance qu'il ne sait pas identifier ou comprendre. Certains adolescents pensent ne pas pouvoir trouver leur place dans une société dont ils découvrent, avec la maturité, les incohérences. Lorsque leurs relations au sein de la famille, à l'école ou avec leurs amis leur semblent compliquées ou sources de malaise, ils peuvent se sentir envahis par la tristesse, la culpabilité, la frustration ou l'agressivité. Le sens des émotions qui les submergent les dépassent. En quête d'indépendance, l'adolescent peut chercher à imposer ses envies à ses parents, jusqu'au clash. Son désir de vivre de nouvelles expériences s'oppose parfois aux attentes des adultes qui, le voyant mûrir, le

voudraient davantage responsable. L'adolescence exige des parents qu'ils accordent plus d'autonomie à leur enfant, qu'ils acceptent de vieillir à mesure qu'il grandit et devient adulte. Si on a un irrépressible besoin de se sentir libre à l'adolescence, on n'en a pas moins besoin d'être accompagné par ses parents dans ses choix, rappelés à l'ordre si on franchit des limites. Nous avons tous été des adolescents et sommes tous passés par ces années particulières, plus ou moins douloureuses, qui signent le passage de l'enfance vers la vie de jeune adulte. Si certains ont vécu une adolescence plutôt sereine et sans nuage, d'autres ont peut-être oublié combien ils ont pu se sentir déboussolés. Pouvoir se souvenir de ce que l'on a alors ressenti, de qui nous étions à cette même période de notre vie, aide à se rapprocher de son enfant. Accepter de se mettre à la place de son adolescent permet de se montrer indulgent et patient, de pouvoir le soutenir et le rassurer. Il est question de devenir son allié, et non un adversaire. Le parent a un rôle décisif à jouer dans cet épisode de bouleversements que vit son adolescent, il peut lui faciliter la tâche ou au contraire la lui compliquer. L'attitude des parents est conséquente durant ces années fondamentales de la construction de la personnalité de l'individu, il est essentiel de tenir bon. Comme pour un grand chagrin, il faudrait pouvoir dire à son enfant que ses coup de blues et inquiétudes face à l'avenir finiront par passer. Pour certains adultes, l'adolescence demeure présente en toile de fond, ayant laissé des cicatrices sur leur peau comme autant d'empreintes d'une époque où ils se sont cherchés en franchissant de nouvelles limites, en jouant avec les interdits. Ceux là peuvent témoigner à leur enfant qu'on s'en sort. On guérit de son adolescence.

L’adolescence peut rendre fous beaucoup de parents, en raison de la réputation qu’elle a et des défis qu’elle suppose. Mais, nous parlons ici d’une période extrêmement sensible à différents troubles. Au cours de cette période, la compréhension, l’empathie et la patience seront des outils et des attitudes très utiles pour mieux faire face aux problèmes qui peuvent surgir.

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