Les immeubles du centre-ville, des joyaux d’art et d’histoire

Dr Nesrine Choucri Mercredi 02 Mai 2018-13:08:18 Chronique et Analyse

Le centre-ville est riche par ses lieux mythiques et inoubliables. Le centre khédival est souvent comparé àParis de l'Orient qui a su capter l'attention de tous ses visiteurs.Le centre-ville raconte un livre d'histoires sociales qui jalonnent la vie des Egyptiens depuis le début du vingtième siècle jusqu'à nos jours.Les rues du centre-ville sont des témoins oculaires de grandes personnalités qui ont enrichi la scène culturelle et intellectuelle en Egypte. Ses rues comptent des magasins qui remontent au début du vingtième siècle.Des vestiges du temps qui refusent de disparaître.

 

 

Les immeubles du centre-ville racontent beaucoup sur l’Egypte autant par leur architecture singulière que par les personnes qui les ont habités. Si vous avez le temps de visiter ces lieux, n’hésitez pas à commencer votre tournée par la rue Orabi. Là-bas, vous trouverez au 9 rue Orabi, une petite plaque d’orée qui indique que dans ce beau et grand immeuble assez moderne résidait le grand acteur Rouchdi Abaza. Une petite plaque qui n’attire que le regard du passant curieux qui veut mieux connaître les moindres détails du centre-ville. Rien de plus épatant que cette plaque qui vous rappelle aussi la date de décès d’Abaza le 27 juillet 1980.

Né le 3 août 1926, il appartient à la très riche famille Abaza. Il est jusqu’à nos jours considéré comme étant un des acteurs les plus charismatiques et les plus populaires du cinéma égyptien. Décédé à l’âge de 53 ans, il a perdu la vie en raison d’un cancer de cerveau. Abaza est né à Mansoura. Il est né d’un père égyptien de la famille Abaza et d’une mère italienne Tereza Luigi. Il a fait ses études au Collège Saint Marc à Alexandrie. Il n’a eu qu’une seule fille Quismate.

Le bâtiment est moderne porté sur d’énormes colonnes de marbre. Il n’a rien de bâtiments du centre-ville, il ressemble plutôt aux immeubles des années 70. Moderne, bâti en béton et se dressant fièrement à côté de l’architecture italienne, il annonce le changement qui s’est ensuivi au Caire.

Si vous vous baladez encore plus loin, il y a le fameux immeuble «Yacoubian» qui a été exploité par l’écrivain Alaa Al-Aswani dans son ouvrage «ImaratYacoubian» (L’immeuble Yacoubian). Le film a fait de ce bâtiment l’un des plus célèbres du Caire, voire même d’Egypte. Sis à la rue TalaatHarb devant le cinéma Miami, l’immeuble Yacoubianse compose de 8 étages construits sur 885 mètres carrés. Bâti par l’architecte arménien Garou Balian dans le style Art-Déco, il rappelle la grandeur du Caire. Le film n’a pas été filmé dans le vrai immeuble, mais dans un autre non loin dans la même ville. On dit que le millionnaire Jacob Yacoubian, doyen de la communauté arménienne en 1937, l’a bâti et en a fait un vrai joyau architectural au centre-ville. Un joyau qui abritait des personnes de différentes cultures et d’arrière-fond.

Mais, l’immeuble le plus célèbre est l’immeuble baptisé «Immobilia». D’abord, il s’agit d’un de plus grands du centre-ville, en plus, il a été habité par les plus grandes célébrités d’Egypte. Bâti en 1940 au point de rencontre entre les rues Chérif et Qasr Al-Nil, c’était le lieu de logement privilégié des politiciens, des artistes et des sportifs dans les années 40 et 50 du siècle dernier. C’était l’une des propriétaires du millionnaire égyptien Ahmed Pacha Aboud. Dans les années 30, la fortune de cet homme était estimée à quelques 30 millions de L.E., en plus de cela Aboud Pacha était le PDG du club Al-Ahli.

L’Immobilia a été construit sous forme de deux tours en « U », chaque tour à trois entrées principales. Les travaux de construction ont commencé le 30 avril 1938 et ils ont coûté un million et deux-cents mille L.E. La première tour compte 11 étages quant à la seconde, elle en compte 13.L’immeuble se compose de 370 appartements et englobe 27 ascenseurs répartis en trois catégories: «Primo» pour les habitants,«Secondo» pour les servants et un troisième pour les meubles. Une longue liste de célébrités l’ont habité dont Naguib Al-Rihani, Mohamed Fawzi, Laïla Mourad, Mahmoud Al-Méligui, Mohamed Abdel-Wahab, Magda Al-Sabahi, Fikri Abaza, Tawfik Al-Hakim, le grand réalisateur Henri Barakat, Asmahane, Ahmed Salem. C’était le premier immeuble avec un garage souterrain qui abrite jusqu’à 100 voitures. Y habiter était une affaire de luxe. Le loyer varié en fonction de la superficie entre 6, 9 à 12 L.E. Une somme qui était à l’époque énorme.

Il ne faut donc pas oublier que le centre-ville était à l’époque une sorte de vitrine de la modernité et du raffinement. Affichant un air européen, il a emprunté un style haussmannien, néo-classique et Art-Déco.

en relation