Les musées d’Egypte, un livre d’histoire et d’art

Dr Nesrine Choucri Vendredi 11 Septembre 2020-15:15:47 Chronique et Analyse
Les musées d’Egypte, un livre d’histoire et d’art
Les musées d’Egypte, un livre d’histoire et d’art

Berceau des civilisations, l’Egypte est une terre riche par ses hommes illustres. Ceux-ci se sont creusés une réputation inédite dans tous les domaines et ont laissé des empreintes inoubliables dans l’histoire de l’Egypte moderne. La patrie ne peut ainsi que rendre hommage à cette lignée d’hommes qui demeure éternelle dans les esprits des Egyptiens. Honorer les grands noms de la patrie a mille et une formes, mais la meilleure c’est de les garder vivants dans la mémoire collective et notamment aux yeux des futures générations. Qui dit garder la mémoire d’un grand homme, dit musée. Les musées sont comme une machine qui permet de plonger dans l’histoire pour explorer la vie de nos ancêtres, les connaître davantage et leur emboîter le pas. Les musées qui portent les noms des personnes illustres de l’histoire de l’Egypte sont comme un livre d’histoire, une feuille de route vers l’avenir. Politiciens, écrivains, musiciens, sculpteurs, la liste est exhaustive, voire même illimitée. L’Egypte a toujours été riche par ses fils qui ont su inspirer. Et, les musées deviennent ainsi un lieu de rayonnement et un trait d’union entre les générations. Le Progrès Egyptien vous emmène dans une visite guidée, mais éclaire dans quelques musées égyptiens qui portent le nom d’un personnage qui a marqué l’histoire de l’Egypte et du monde vu sa notoriété, son calibre et sa grandeur.

Le musée Gamal Abdel-Nasser

Le fameux musée « Gamal Abdel-Nasser » à Héliopolis au Caire était à l’origine son lieu de résidence. Il vous permet de plonger aussi bien dans l’intimité de l’ancien président et leader égyptien, mais aussi dans un chapitre important de l’histoire d’Egypte moderne.

Dès que vous y entrez, vous êtes reçu par d’énormes photographies du leader de la Nation, l’ancien président Gamal Abdel-Nasser. Sa voix résonne partout.

En effet, le visiteur est accueilli par un grand écran à travers lequel on entend la voix de Nasser après l’abolition de la monarchie, la fin d’un règne corrompu et le début d’une nouvelle ère où le citoyen égyptien va bénéficier pleinement de ses droits. A partir de ce moment, le visiteur se sent comme emporté dans un autre monde. Dans le grand bahut, on se trouve face à trois sections principales : « Salle des expositions », « Histoire d’un peuple » et « Manchiat Al-Bakri ». Manchiat Al-Bakri est le nom donné à la résidence du président Nasser, c’est aussi le nom de la rue où se trouve le musée.

A l’entrée de la section Manchiat Al-Bakri, on est accueilli par les photos de la famille Nasser. Des photos qui montrent une famille heureuse et soudée, mais le grand élan, vous le sentirez à partir du moment où vous vous trouverez en face de l’escalier qui vous permet d’accéder à l’univers clos de la famille nassérienne. Deux ascenseurs vous accueillent : un ascenseur moderne mis en place par la direction du musée pour les visiteurs et un autre ancien. Ce dernier avait été mis en place par les médecins de Nasser contre son propre gré au cours des dernières années de sa vie. Le mot d’ordre de la maison Nasser : beauté et simplicité. Tout est très simple et reposant.

Vous arrivez par la suite à la deuxième section « Histoire d’un peuple ». Elle commence par quelques photos et quelques objets personnels comme les vêtements de Nasser, ses bagues de mariage, et enfin, vous voyez ressurgir toute l’histoire de l’Egypte. Ce compartiment est divisé par épisodes. On y trouve l’incident terroriste de Manchia lorsque les Frères Musulmans ont essayé d’assassiner le grand leader de la Nation, la nationalisation du Canal de Suez, autant d’événements qui parsèment votre visite. A chaque pas, vous aurez l’occasion d’entendre des bribes de discours prononcés, des photographies, de lire des documents. Et dans la « Salle des expositions », troisième section, vous aurez droit à revoir les médailles et les cadeaux remis à Nasser. Bref, un lieu mythique où vous revivrez les temps forts de l’histoire et la vie d’un homme qui demeure jusqu’à nos jours inoubliables.

Le musée Mohamed Abdel-Wahab

Le musée porte le nom du grand compositeur-chanteur égyptien et très célèbre dans le monde arabe. On ne peut évoquer son nom, sans parler de la musique arabe moderne dont il est le parrain. Située rue Ramsès, le musée constitue une partie de l’Institut de la Musique arabe qui renferme plusieurs salles. A votre arrivée, vous êtes reçu par une immense statue en bronze de Mohamed Abdel-Wahab pensif et nonchalant au point qu’on croit qu’il est en train de composer une nouvelle note de musique. Le musée est situé au premier étage. En effet « l'Institut de la Musique arabe renferme un théâtre construit au temps du roi Fouad Ier au rez-de-chaussée, puis au premier étage, il y a deux musées : le musée Abdel-Wahab, et le musée des instruments musicaux, en plus d'un laboratoire de sons et une salle de cinéma qui projette les sept films d'Abdel-Wahab. Le musée accueille ses visiteurs par le oud d'Abdel-Wahab et sa baguette. Puis, il y a une série de photos sur la vie du grand musicien depuis son enfance jusqu'à sa vieillesse. Et, évidemment, il y a le disque en platinium qui lui a été remis. C'était la première fois dans l'histoire du Monde arabe qu'un disque pareil soit remis à un chanteur arabe.

Abdel-Wahab a été pris également en photo avec le prince des poètes Ahmed Chawki. Chawki l'avait quasi-adopté. C'est lui qui a payé ses études de musique en France. Au décès de Chawki, Abdel-Wahab n'a pas pu payer ses études en France, il est rentré en Egypte et a continué ses études à l'Institut de la Musique Arabe qui a été inauguré en 1923. C'est pourquoi, la statue d'Abdel-Wahab vous accueille dès que vous pénétrez à l'Institut. La collection de photos comprend également les photos de la ruelle de Berguéwan où habitait Abdel-Wahab. On peut y voir également ses photos avec son frère le cheikh Hassan et son neveux le chanteur Saad Abdel-Wahab.

Le musée est riche parce que les possessions d'Abdel-Wahab sont nombreuses : ses lunettes, son habillement, ses notes de musique, mais aussi son orgue et son piano. Autant d'éléments qui vous rappellent que la musique arabe a connu une période d'or inoubliable, notamment qu'on voit les médailles qui ont été remises au « musicien des générations ». Parmi les éléments les plus importants que renferme le musée, il y a une énorme photographie réunissant Abdel-Wahab et Oum Kalthoum. Les deux grands chanteurs avaient été priés par le président Gamal Abdel-Nasser de faire une chanson ensemble. Ce duo avait été appelé « la rencontre des nuages » entre les deux grands summums de la chanson arabe. Une rencontre fructueuse puisqu'elle a donné naissance à la fameuse chanson « Enta oumri » (Tu es ma vie).

Le musée Oum Kalthoum

La « Dame », c'est ainsi que les Egyptiens la nomment. Un nom qui révèle sa grandeur, sa gloire ainsi que sa place dans les cœurs de ses fans. Fidèles à son rendez-vous, les Egyptiens continuent des décennies après son décès à prêter audition à Oum Khalthoum, communément appelé « L'Astre de l'Orient ». Sa réputation est aussi planétaire. Elle ressemble à la beauté de l'Orient, insaisissable et magique. La « Dame » était très célèbre par son rôle patriotique en faisant des dons à l’Armée égyptienne pendant les périodes de guerre. Elle a animé un concert à l’Opéra de Paris. 
Après l’indépendance de l’Egypte, elle a incarné la nation égyptienne, surtout après la prise du pouvoir par le général Nasser. Le choix des musiques – parfois modernistes – et poèmes qu’elle interprète, ainsi que la subtilité de ses improvisations lui apportent une gloire méritée dans le monde arabe et même au-delà.

La villa de la chanteuse a été démolie pour céder la place à l’actuel Oum Kalthoum Hotel, son emplacement original était à la rue Al-Féda à Zamalek. Devant l’hôtel, une statue d’Oum Kalthoum a été érigée pour lui rendre hommage. C’est donc un autre lieu qui abrite le petit musée qui lui est consacré. Celui-ci est situé sur l’île de Roda, dans le parc de l’ancien palais de Hassan Fouad Pasha Al-Manasterli à proximité du nilomètre et sur les bords du fleuve mythique.  

Le musée comprend une collection importante (robes, foulards, mouchoirs, lunettes…) appartenant à la Diva de la chanson arabe et d’autres objets ou documents : instruments, manuscrits d’œuvres, contrats, décorations, disques, photographies… Des bornes audiovisuelles permettent de la voir et de l’entendre chanter. Aussi, vous avez la chance de pouvoir visionner un court-métrage qui vous mettra les larmes aux yeux et qui vous racontera l’histoire de cette grande dame. Le musée est petit, mais dans son ambiance magique vous vous sentirez dans un autre univers.

Le musée Naguib Mahfouz

Treize ans après la mort de Naguib Mahfouz, l'Egypte a rendu hommage à la mémoire du «père du roman arabe moderne» par la mise en place d’un musée qui porte son nom et qui honore sa plume. Inauguré en juillet 2019, le musée représente un joyau culturel important. Il a été inauguré en grande pompe par le ministère de la Culture Dr Inas Abdel-Dayem. La maison de deux étages dans le quartier Gamaliya au Caire est proche de l'endroit où l'auteur est né et c'est ce quartier qui a inspiré un grand nombre de ses histoires et personnages. 

En plus de la collection de ses objets personnels et des textes manuscrits, le musée comprend une salle contenant toutes ses œuvres, et des éditions modernes et anciennes, ainsi que des salles de séminaire, une bibliothèque audiovisuelle et une autre comprenant des recherches sur les œuvres de Mahfouz.

Ses affaires personnelles, dont son bureau en acajou, ses récompenses et même son dernier paquet de cigarettes, sont exposées dans un édifice ottoman datant de 1774, située dans Le Caire islamique. Là, vous êtes au rendez-vous du Prix Nobel de littérature en 1988, mais aussi du Caire. Car, le grand inspirateur de l’univers Mahfouzien c’est le Caire, la ville aux mille minarets. C’est le héros omniprésent dans tous ses romans et qui demeurent marquant et imposant. Il a écrit sur le Caire avec un vrai amour. Il l'a décrit dans ses moindres détails. Même quand il le critiquait, c'était avec amour.

Le romancier et écrivain égyptien Naguib Mahfouz est l’un des auteurs arabes les plus célèbres grâce à ses romans et à ses nouvelles. Nombre de ses écrits furent adaptés au cinéma et à la télévision, inspirant également toute une génération d’auteurs par son écriture romanesque proche de la réalité et par sa mise en valeur de la nouvelle en tant que genre littéraire.

Naguib Mahfouz Ibn Abdel Aziz Ibrahim Ahmed El-Basha est né le 11 décembre 1911, dans le quartier cairote d’Al-Gamaliya. Il obtint son diplôme de philosophie de l’Université Fouad Ier, qui est devenue l’Université du Caire au lendemain de la révolution du 23 juillet 1952 ayant marqué la chute du régime monarchique en Egypte.

Le musée Mahmoud Mokhtar :

En hommage au célèbre sculpteur, ce musée a été construit en 1962. Il a été inauguré dans le jardin d’El Horreya à Al-Guézira au Caire en 1962. Le nom de Mokhtar est lié à plusieurs statues modernes qui représentent l’Egypte dans sa forme la plus authentique. Le musée compte des statues, des panneaux de sculptures, et des maquettes. Le bâtiment porte la griffe de l’artiste Ramsis Wissa Wassef.

Qui dit Mahmoud Mokhtar, dit évidemment la fameuse statue de Nahdat Misr (la Renaissance de l’Egypte). Fabriquée en granit rosé de 7m de haut et de 8m de large, ladite statue représente une paysanne égyptienne se dévoilant par sa main gauche alors que sa main droite tendue cherche à toucher la tête du Sphinx. Par cette statue l’artiste faisait allusion à la renaissance de l’Egypte et du peuple égyptien et surtout à la mère paysanne. On lui doit de même le fameux « buste de Saad Zaghloul » fabriquée en bronze et faisant de 104 cm de haut. L’artiste Mahmoud Mokhtar a réussi par les traits du visage à exprimer les caractéristiques du leader de la nation. Il a incarné un ensemble de caractéristiques morales avec excellence : le sérieux, la ferme volonté, l’insistance et la forte personnalité. Né en 1891, l’artiste s’est éteint jeune en 1934.

A noter que le musée comprend plus de 175 œuvres artistiques, il avait été rénové et restauré pour acquérir une allure moderne. Il ne faut pas oublier qu’il s’agit du premier musée consacré à un sculpteur égyptien. Originaire de la ville de Mahalla Kobra, il s’installe au Caire en 1902 et commence des études à l’Ecole des Beaux-Arts, entamant une carrière inédite et inattendue.

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