Les pièces de monnaie, ces petits morceaux d’histoire

Hanaa Khachaba Mardi 28 Juillet 2020-14:31:10 Chronique et Analyse
La pièce de monnaie sud-africaine à l'effigie de Nelson Mandela
La pièce de monnaie sud-africaine à l'effigie de Nelson Mandela

 

Les pièces de monnaie sont de petits morceaux d’histoire. Les Chinois - qui ont inventé la monnaie pratiquement en même temps que les Grecs - n’ont jamais, en 25 siècles, éprouvé le besoin de représenter des êtres vivants sur leurs sapèques. Les Musulmans ont banni la figure humaine pendant 13 siècles. Et les Occidentaux également ont cessé d’orner leurs pièces de portraits pendant la plus grande partie du Moyen-âge. Bref, la figuration du visage humain a souvent et longtemps fait l’objet de réticences. Toutefois, il faut signifier qu’on conçoit facilement que la traçabilité d’une pièce de monnaie rassure l’usager et assure le prestige de l’émetteur. Il faut donc que la pièce porte une marque de garantie reconnaissable par tous. Cela peut être une inscription. Mais la majorité des contemporains de l’invention de la monnaie, au VIème siècle, étaient illettrés. Alors, des objets dont le nom formait rébus avec celui de la cité émettrice pouvaient faire l’affaire. C’est le cas pour la rose (rhodon en grec) de Rhodes, ou la feuille de céleri (selinon, en grec) pour Sélinonte.

 

 

 

L’évocation de la production qui fait la réputation de la cité est aussi un bon véhicule publicitaire. La monnaie de Zeugitane ne vante-t-elle pas ses célèbres dattiers et ses élevages de chevaux qui ont fait la réputation de la cavalerie numide !

Il faut savoir que les premières pièces de monnaie apparues en Asie mineure, ne comportaient pas d’effigies. Il faut attendre l’an 522 avant Jésus-Christ, et l’avènement de Darius, Roi de Perse, pour pouvoir parler de réelle effigie sur une pièce, avec le Roi représenté de façon très schématique.

C’est quelques années plus tard, que le portrait du souverain apparaît vraiment sur les monnaies, de façon très distincte. Puis, avec Alexandre Le Grand, apparaît le monnayage en nom propre, avec le Roi représenté, et des monnaies qui portent son nom, en l’occurrence, des « alexandres ». Les Empereurs Romains se feront couramment et abondamment représenter sur les pièces, et entérineront cette pratique. Le changement intervient au Moyen-âge. Durant cette période, il est rare que les souverains se fassent représenter sur les monnaies. Les effigies changent, la religion apparaît avec tous ses dérivés monétaires, et les bustes royaux, de face ou de profil, sont absents. On leur préfère des motifs plus larges. Ce n’est qu’avec le Roi Louis XII que le portrait royal réapparaît. Après lui, tous les Rois font graver leurs portraits sur les pièces de monnaie, ces morceaux d’histoire !

Dans l’Ancien Régime, les pièces étaient le seul support où l’on voyait l’image, symbolique ou réaliste, du souverain (lors de sa fuite, Louis XVI est reconnu à Varennes grâce à son effigie gravée sur une pièce de monnaie).

De plus sur leur pourtour, figurait l’invocation « Béni soit le nom du Seigneur », rappelant ainsi que l’absolutisme était de droit divin. Pareillement, alors qu’aux Etats-Unis, les billets sont placés sous la double protection des pères fondateurs de la Constitution et de Dieu avec la devise « In God we trust », les pièces françaises sont, elles, frappées de symboles républicains (La Semeuse, la Marianne, l’ange de la colonne Vendôme) et les billets de personnages incontestables, relevant du panthéon républicain (Pasteur, Voltaire, Montesquieu, Saint-Exupéry…).

Les pièces de monnaie et les billets sont aussi comme des médias. En tant qu’objets qui circulent, ils véhiculent également des messages « extramonétaires » : politiques, symboliques et éthiques.

Dans les différentes nations, l’effigie des billets porte les figures emblématiques de la communauté. Le billet circule en tant que monnaie légale. Or, l’euro par exemple va circuler dans un espace de marchés qui n’est pas une communauté de valeurs sociales. Aussi les billets en euro vont-ils présenter des figures architecturales, dépourvues de la force des symboles d’appartenance.

La collection des pièces de monnaie est une passion. À côté des collectionneurs classiques, souvent des retraités aisés, dont certains veulent se faire plaisir mais aussi transmettre un « petit trésor » à leurs descendants, on trouve de plus en plus des profils plus atypiques, des jeunes, des étudiants, des actifs à revenu moyen.

Voici un express parcours de certaines des plus marquantes …

Nelson Mandela

L’Afrique du Sud a lancé une pièce d’or et plusieurs billets de banque à l’effigie de Nelson Mandela, pour marquer le 100e anniversaire de sa naissance à célébrer le 18 juillet. La première série des billets de banque commémoratifs de la naissance du premier président noir de l’Afrique du Sud, en nombre limité, est constituée de coupures d’une valeur de 10, 20, 50, 100 et 200 rands, la monnaie sud-africaine.

La pièce d’or a été conçue par Sindiso Nyoni, qui est né au Zimbabwe, pays voisin de l’Afrique du Sud. La monnaie à l’effigie de Nelson Mandela décrit les moments clés de sa vie, notamment son éducation dans les campagnes du Cap-Oriental, en tant que fils d’un chef coutumier, son emprisonnement qui a duré 27 ans et la fin de l’apartheid en 1994.

Albert Einstein

Homologués par la Banque Centrale Européenne, les billets de zéro euro sont de plus en plus recherchés par les collectionneurs. En particulier celui sur la photo, avec le célèbre portrait d’Albert Einstein tirant la langue !

Roger Federer

Les pièces à l’effigie de Roger Federer, ce fameux joueur de tennis suisse, sont parties comme de petits pains. Il vous reste une chance d’acquérir la pièce lors de la mise en vente de 22.000 unités. Sinon, il vous faudra patienter jusqu’à mai. Les premières 33.000 pièces à l’effigie de Roger Federer mises en prévente sont épuisées. L’Institut Swissmint a été littéralement débordé par le nombre de demandes venues du monde entier : le shop en ligne a été visité par 12,9 millions de personnes en trois jours.

Fouad Ier, roi d’Egypte

L’Egypte est devenue une royauté en 1340 de l’Hégire soit 1922 du calendrier grégorien. Le sultan Fouad Ier est devenu roi d’Egypte. Des monnaies en or, en argent, en bronze et en nickel à l’effigie du roi Fouad Ier était frappées depuis 1922 jusqu’à 1935. 

Elizabeth II

Une livre sterling porte l’effigie de la reine Elizabeth II. L’avers : effigie droite de la reine Elizabeth II portant le diadème d’apparat du roi George IV, entourée des inscriptions « ELIZABETH II », « D-G-REG-F-D » et du millésime. Sous l’effigie les initiales « RDM » du graveur Raphael Davia Maklouf. Revers : Représentation d’un chêne symbole de l’Angleterre, avec ses racines. Le long du tronc entre les racines et les racines et les branches, le diadème d’apparat du roi George IV. En-dessous, la valeur facile « ONE POUND ».

Alexandre Le Grand

Jouissant d’une grande réputation, les pièces à l’effigie d’Alexandre le Grand ont continué à être frappées pour une période de près de 250 ans ; et ce en parallèle à des pièces frappées aux noms de ses successeurs. Les pièces de ce dernier bénéficiaient d’une large reconnaissance dans les villes hellénistiques. En outre, elles étaient considérées politiquement neutres, notamment avec l’extension de l’hégémonie des royaumes hellénistiques.

Henri IV

La Monnaie de Paris a proposé, en 2013, aux collectionneurs trois pièces à l’effigie de Louis XI, François Ier et Henri IV. Elles font partie de la collection dessinée par Christian Lacroix. Des pièces qui, comme celles d’autrefois lorsqu’elles étaient façonnées au marteau, ne sont pas tout à fait rondes. En 2014, Louis XIV, Napoléon Ier et Napoléon III étaient à l’honneur.

Jules César

Jules César est le premier Romain à se faire représenter sur une pièce de monnaie de son vivant. Par cette décision, il veut montrer à tous ses sujets qu'il est le souverain absolu de Rome. La monnaie devient ainsi également un instrument de propagande politique. Après la mort de César (mars 44 avant J. C.), tous les empereurs romains feront frapper des pièces à leur effigie.

Sources :

monnaie-magazine.com

citeco.fr

antiquities.bibalex.org

lefigaro.fr

 

Les billets à effigie, une utilisation relativement récente en France !

L’utilisation de figures historiques prises dans le Panthéon national pour illustrer les billets de la banque de France est relativement récente. La première coupure comportant une telle illustration fut créée pendant la première guerre mondiale : c’est le billet de 20 francs à l’effigie de Bayard qui, par le choix même du personnage, se rattache au thème patriotique des billets de cette période. Par la suite, les portraits d’Ampère et de Pasteur apparaissent au verso du billet de 1000 francs « Cérès et Mercure » crée en 1927 dont la thématique relève davantage des séries allégoriques. Si l’on met à part ces deux créations plus anciennes, ce n’est qu’à partir de 1940 que des portraits d’hommes célèbres viennent occuper une place significative sur les billets français. De cette date jusqu’à nos jours, ce sont 24 personnalités qui viendront orner ces billes. Sur ce total, 19 se rattachent au monde des arts et des sciences, contre seulement 5 figures d’hommes d’Etat.

Source :

sceco.univ-poitiers.fr

 

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