Les rêves, ce monde énigmatique…

Ingi Amr Dimanche 09 Février 2020-13:38:12 Chronique et Analyse
Les rêves, ce monde énigmatique…
Les rêves, ce monde énigmatique…

Les rêves sont un monde à part. Un monde mystérieux et paradoxal qui a toujours soulevé des interrogations, que ce soit chez les gens ou chez les scientifiques. Pourquoi rêve-t-on?  Comment rêve-t-on? Quand est-ce que l'on rêve? Que signifient nos rêves? Les questions sont multiples. 

 

 

Que signifient les rêves?  Sont-ils utiles? Sont-ils le résultat des errements de la pensée nocturne ? Les psychologues ne sont pas unanimes. Freud voyait dans nos songes une échappatoire aux tensions psychiques néfastes accumulées pendant la journée. Dès les années 1980, Francis Crick, Prix Nobel de médecine, formulait une hypothèse selon laquelle les rêves permettraient d'éliminer le flot d'informations superflues captées durant la journée, qui, en surchargeant le cerveau, risqueraient de lui être nocives. Ce qui expliquerait pourquoi leur contenu n'a souvent aucun sens.

De nombreuses recherches attribuent aux rêves un rôle bénéfique sur nos émotions. Dans les années 1990, le neuroscientifique US Matthew Walker, souligne que les rêves agissent comme un baume pour adoucir l'amertume des expériences vécues dans la journée précédente.

En 2000, le psychologue finlandais Antti Revonsuo élabore une théorie selon laquelle nos rêves nous plongent parfois dans des scénarios catastrophiques pour mieux nous préparer à réagir aux situations stressantes dans la réalité. Nous faisons donc des cauchemars, pour réguler nos peurs véritables.

Une étude publiée dans The Journal of Neuroscience,  met en évidence certains mécanismes prouvant l’existence d’un lien entre les rêves et les souvenirs. Ainsi, C. Marzano et son équipe de chercheurs a réussi pour la première fois à expliquer comment l’être humain arrive à se souvenir de ses rêves. Ils ont même prédit la probabilité de se souvenir d’un rêve rien qu’en se basant sur l’étude des ondes cérébrales. (Source: sante-sur-le-net.com)

Pour ce faire, 65 étudiants ont été invités à participer. Ils devaient passer deux nuits consécutives dans un laboratoire de recherche. La première nuit, les étudiants ont seulement été soumis à un environnement insonorisé et thermo régulé. Au cours de la seconde nuit, dans les mêmes conditions, les chercheurs ont mesuré l’activité cérébrale des étudiants durant leur sommeil.

Les résultats de l’expérience ont révélé l’implication de quatre types d’ondes cérébrales : « delta », « theta », « alpha » et « beta ». Chacune de ces ondes a sa propre vitesse d’oscillation électrique. Enfin, l’ensemble de ces oscillations constitue l’électroencéphalogramme (EEG).

En plus de la mesure de leur activité cérébrale, les étudiants étaient réveillés à plusieurs reprises dans la nuit, afin de noter s’ils se souvenaient avoir rêvé, le nombre de rêves qu’ils avaient fait ainsi que s’ils arrivaient à s’en rappeler.

Il existe des stades dans le sommeil : l’endormissement;le sommeil lent et léger ; le sommeil lent et profond ;le sommeil paradoxal. La construction de nos rêves s’effectue, le plus souvent, dans le cadre du sommeil paradoxal.

Par le passé, plusieurs études ont déjà montré que l’on est plus susceptible de se souvenir d’un rêve lorsque le réveil s’effectue directement après le sommeil paradoxal.

Les résultats de cette étude apportent des précisions : les participants présentant des ondes thêta de basse fréquence au niveau des lobes frontaux étaient plus aptes à se souvenir de leurs rêves. Or, il a déjà été observé qu’une augmentation de l’activité de l’onde thêta au niveau frontal était corrélée à la récupération des souvenirs autobiographiques lorsque nous sommes éveillés.

Ainsi, le même phénomène peut être observé lorsque nous sommes endormis et permettrait une récupération de certains souvenirs au cours de la nuit. Cela suggère que nous utilisons les mêmes mécanismes neurophysiologiques lorsque l’on rêve (et qu’on se souvient du rêve) que lorsque l’on se remémore quand on est éveillé.

Dans une seconde étude, conduite par la même équipe, les chercheurs ont utilisé des techniques d’IRM (Imagerie par Résonnance Magnétique), pour étudier le lien entre les rêves et certaines structures cérébrales. Les résultats ont alors permis de mettre en évidence que les rêves les plus intenses, les plus farfelus ou les plus émotionnels, étaient liés à deux structures : l’hippocampe et l’amygdale.

A savoir ! L’amygdale est une structure cérébraleessentielle dans le décodage des émotions. Elle nous permet de ressentir et de percevoir certaines sensationsémotionnelles. L’hippocampe est également une partie du cerveau, en lien étroit avec l’amygdale. Ensemble ils sont associés au refoulement d’évènements marquants.

L’ensemble de ces résultats nous permettent alors de mieux comprendre les mécanismes cérébraux mis en jeu dans la construction et l’interprétation de nos rêves, mais également, l’intérêt de rêver. Les rêves nous permettent donc de réguler et d’effectuer des liens entre nos expériences, nos émotions et nos souvenirs.

Tout commence dans l'hippocampe, la zone du cerveau connue pour son rôle central dans la mémoire. C'est là que s'élaborent les histoires effrayantes qui se concrétisent en cauchemars. Une fois le scénario en place, ces souvenirs activent l'amygdale, qui abrite la mémoire de la peur. Et pour cause : elle croit revivre un souvenir dangereux ! Elle déclenche chez le dormeur les émotions de peur. Mais la plupart du temps, le cortex préfrontal intervient pour atténuer les souvenirs des peurs.

Selon Tore Nielsen, neuroscientifique canadien, les cauchemars remplissent une fonction capitale : celle de réécrire les souvenirs de nos peurs les plus perturbantes pour les neutraliser.

Le rêve récurrent est comme un message de l'inconscient. Courir en vain pourrait, par exemple, signifier que l'on cherche toujours sa voie, qu'il existe un manque mais là seul le rêveur est capable de trouver le sens de son rêve en fonction de ses attentes et envies pour l'avenir.

Quand est-ce qu'on rêve?

Depuis un demi-siècle, les scientifiques essaient de savoir à quel moment exactement les rêves se forment. Ainsi ont-ils dû préciser les phases du sommeil. Elles sont cinq.

· L’endormissement est composé de deux stades : la somnolence et l’assoupissement. La somnolence se caractérise par une perte de tonus musculaire et un ralentissement du rythme cardiaque, avant de s’assoupir.

· Le sommeil léger représente 50% du temps de sommeil complet pour une nuit. Durant cette phase, la personne est assoupie, mais elle est très sensible aux stimuli externes.

· Le sommeil lent profond est la phase d’installation au sommeil profond. C’est à ce moment que l’activité cérébrale ralentit le plus.

· Le sommeil profond est la phase la plus intense de la période de repos, durant laquelle l’ensemble du corps (les muscles et le cerveau) est endormi. Cette phase est la plus importante du sommeil car elle permet de récupérer la fatigue physique accumulée.

· Le sommeil paradoxal est appelé ainsi car à ce stade le cerveau émet des ondes rapides, les yeux de la personne sont en mouvement et la respiration devient irrégulière. Alors que ces signes peuvent laisser croire que la personne est sur le point de s’éveiller, elle se trouve encore dans un sommeil profond. Bien que les rêves puissent survenir durant d’autres phases telles que le sommeil léger, ils se manifestent principalement durant la phase du sommeil paradoxal qui occupe environ 25% du temps de repos.

Dans 80% des cas, une personne ne se souvient de son rêve que si on la réveille pendant le sommeil paradoxal. Les neuroscientifiques ont donc conclu que les rêves avaient lieu durant cette phase.

Rêver,  essentiel au bien-être

Selon un article publié par News Scientist, les rêves sont vitaux. Ils permettent de stimuler la pensée créative, la mémoire, l’apprentissage et de préserver la santé mentale.

Des recherches récentes soulignent l’importance fondamentale des périodes de sommeil paradoxal et des rêves profonds. Des phases qui représentent en moyenne 20% du sommeil et qui surgissent vers la fin de cycles qui durent en moyenne 1 h 30. Un article de News Scientist repéré par Konbini France est revenu sur cinq études majeures. (source: lesoir.be)

Les rêves consolident la mémoire

Le rêve joue un rôle essentiel dans la consolidation de la mémoire, tout du moins chez les souris. Des chercheurs de l’Université de Montréal ont utilisé l’optogénétique, une technologie permettant de contrôler avec précision une population de neurones par un faisceau lumineux. « Nous avons choisi de cibler les neurones qui régulent l’activité de l’hippocampe, une structure connue comme le GPS du cerveau et essentiel dans la formation de la mémoire lors de la période d’éveil », explique Williams, l’un des auteurs de l’étude. En contrôlant cette partie de leur cerveau durant le sommeil paradoxal des souris, les chercheurs ont ainsi empêché l'oscillation des ondes thêta de leur hippocampe.

Résultat : les souris dont la nuit de sommeil a été « modifiée » avaient oublié ce qu’elles avaient appris la veille. « L’activité neuronale pendant cette phase de sommeil est donc essentielle pour consolider la mémoire », explique Richard Boyce, doctorant et auteur principal de l’étude.

Les rêves boostent la créativité

Le rêve booste la créativité. C’est du moins ce qu’il ressort d’une étude menée par des chercheurs de l'Université de Californie qui ont soumis 77 volontaires âgés de 18 à 35 ans à deux sessions de tests évaluant la capacité à faire des associations (syntaxiques, sémantiques...) de mots. La première avait lieu le matin, la deuxième l’après-midi. Elles étaient soit entrecoupées d'un repos éveillé soit d'une sieste de 90 minutes. Résultat : ceux qui ont fait une sieste le matin - riche en sommeil paradoxal - ou une sieste d’au moins 90 minutes en première partie de journée ont obtenu de meilleurs résultats au test.

Les rêves portent conseil

Selon certains experts comme Robert Stickgold (Harvard Medical School), le cerveau fait plus que renforcer la mémoire durant la nuit: « Il essaie d'extraire de la signification dans le flot des données acquises », explique-t-il dans la revue Science. C'est d'ailleurs aussi cette propriété qui expliquerait l'adage selon lequel « la nuit porte conseil »: de nombreuses expériences ont en effet pu démontrer que des sujets ayant passé une partie de la nuit en sommeil paradoxal avaient trouvé au matin des solutions à des casse-tête qu'ils peinaient à résoudre la veille.

Les rêves, une thérapie 

Une étude menée par Rosalind Cartwright, une chercheuse de l’Université de Chicago, démontre qu’il était bien plus facile pour des femmes divorcées, qui avaient incorporé fréquemment leur ex-conjoint dans leurs rêves, de traverser cette mauvaise passe, que pour celles qui n’avaient signalé aucun rêve. Le rêve viendrait dans ce sens remplir une fonction régulatrice, voire thérapeutique.

Les rêves, un remède

Enfin, une étude menée par des chercheurs de l’Université de Californie, indique que le temps consacré au rêve pendant le sommeil peut nous aider à surmonter les épreuves douloureuses. En effet, selon cette étude, le sommeil paradoxal serait étroitement lié à la régulation des émotions. Cette régulation permettrait de faciliter la consolidation de la mémoire émotionnelle, et paradoxalement diminuer le tonus émotionnel associé à cette mémoire. « Le sommeil paradoxal est comme un baume apaisant qui enlève les arêtes vives des expériences émotionnelles de la journée précédente », déclare Matthew Walker, professeur agrégé de psychologie et neurosciences et auteur principal de l’étude. Ainsi, les rêves nous aideraient à vivre plus facilement avec notre passé, sans être constamment submergé par les émotions.

 

Nos cauchemars : Que disent-ils ?

 

Les songes qui surgissent de notre inconscient la nuit venue ne sont pas tous synonymes de paysages magnifiques, de moments agréables ou de sentiments de bien-être : il peut parfois s’agir de véritables  cauchemars. En fait, ce sont les cauchemars qui sont les plus marquants. Qu’on tombe en chute libre sans aucune possibilité de s’arrêter, qu’on soit poursuivi par une personne au visage non identifiable ou qu’on assiste au décès d’un être cher, les cauchemars peuvent prendre différentes formes.

Selon certains experts, les cauchemars sont le reflet amplifié de situations vécues ou d’émotions ressenties qui ont une connotation négative. Ainsi, une personne ayant vécu un traumatisme, peut revivre ce moment maintes et maintes fois à travers ses rêves. Les cauchemars peuvent aussi être issus d’une situation à laquelle un individu a volontairement choisi de ne pas prêter attention. L’inconscient de cette personne fait revivre ledit événement lors du sommeil. Le cauchemar peut ainsi mettre en lumière un problème qui suscite plus d’angoisses et d’inquiétudes que l’individu qui en rêve ne peut le croire.

Faire des cauchemars est  normal, bien que désagréable. Qu'arrive-t-il lors d'un cauchemar ? Le point sur une partie mystérieuse de soi… (Source: passeportsante.net)

Les cauchemars surviennent pendant la phase de sommeil paradoxal, qui fait suite au sommeil lent et constitue le cinquième et dernier stade d'un cycle du sommeil, en fin de nuit. Le réveil est éprouvant avec un rythme cardiaque accéléré et une sensation d’angoisse diffuse. Parfois, il n'y a pas de période d'éveil après le cauchemar mais l’inconfort au réveil et le souvenir du cauchemar sont bien présents.

 

Se rendormir

Lors d’un cauchemar, le réveil est souvent brutal, se rendormir rapidement peut donc s’avérer compliqué. Le corps a besoin d’un retour au calme pour favoriser l’endormissement.

Tout d’abord, il s’agit de rationaliser son cauchemar et de revenir dans la réalité. Allumer la lumière, boire un verre d’eau permettent cet ancrage. Ensuite, les techniques de relaxation, en particulier la respiration peuvent aider à calmer le corps et l’esprit.

Il peut parfois se passer une demi-heure pour que le corps retrouve un pouls régulier et que l’état émotionnel revienne à la normale, ce qui permet de s’endormir de nouveau.

 

Contrôler ses cauchemars

Si les cauchemars sont récurrents, il peut donc être utile de les noter sur un carnet, au moment du réveil, ce qui est aussi une façon d’exorciser des émotions négatives trop présentes et envahissantes.

Le lendemain, on essayera d’en faire une interprétation. Les techniques pour mettre fin aux cauchemars répétés ne sont pas infaillibles, mais elles existent. Les thérapeutes en recommandent principalement deux : le rêve lucide et la technique de l’imagerie répétée.

Le rêve lucide est une technique qui consiste à prendre connaissance de son rêve pour en changer le déroulement. La première étape pour un individu est de constater qu’il fait un cauchemar afin de parvenir à s’éveiller. Le cauchemar cesse lorsque la personne se réveille. Celle-ci peut ensuite s’endormir de nouveau. Une fois que cette technique est mieux maîtrisée, la personne peut réussir à modifier le cours de son rêve sans devoir s’éveiller.

Dans le cas de la technique de l’imagerie répétée, la personne qui souffre de cauchemars récurrents doit mettre son rêve par écrit afin d’en prendre pleinement conscience. L’individu peut ensuite en changer le dénouement afin de le rendre agréable. Il faut visualiser le nouveau scénario à répétition afin d’en imprégner notre esprit. 

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