Mohieddine, le dernier officier libre tire sa révérence

Dr Nesrine Choucri Vendredi 11 Mai 2018-14:15:31 Chronique et Analyse

Le départ de Khaled Mohieddine n’était pas aussi silencieux que les dernières années de sa vie. Agé de 96 ans, il s’est éteint calmement. Mais son départ a entraîné de vives réactions. D’abord, le président Abdel-Fattah Al-Sissi a veillé lui-même à présenter ses condoléances à l’officier et l’homme de politique de premier calibre qu’il était. Des funérailles militaires lui ont été réservées pour marquer ce départ vers sa demeure éternelle.

Une plongée dans l’histoire de Mohieddine nous fait découvrir un homme politique de calibre et un patriotique de premier degré. Né le 17 août 1922, Mohieddine a commencé sa carrière en tant qu’officier d’Armée sous le règne du roi Farouk. Passionné de sa patrie, il adhère au groupe des «Officiers libres», malgré les risques. Il a ainsi participé à la glorieuse Révolution de 1952 pour libérer l’Egypte de l’occupant britannique et la mettre sur la voie de la liberté et de la lutte contre la corruption. Durant l’époque nassérienne, il avait un rôle politique et médiatique assez important.

A l’arrivée du président Sadate, il continue toujours à jouer un rôle important sur la scène politique, et il adopte les idées de gauche. Il a fondé son parti de gauche l’Union Nationale Progressive ou le Parti du Rassemblement (Al-Tagamo’e) en 1976.

Ce parti a joué, sous le président Moubarak, un important rôle politique au rang de l’opposition et durant la Révolution du 30 juin, ce parti sera parmi les premiers à s’aligner aux révolutionnaires et a refusé un Etat théocratique que les Frères Musulmans souhaitaient instaurer en Egypte.

Mohieddine est né à Kafr Shokr au gouvernorat de Daqahliya à la Basse-Egypte en 1922 d’une très bonne famille qui possédait des terres dans le Delta du Nil. Il a achevé ses études à l’Académie militaire égyptienne en 1940 et a servi comme cavalier. En 1942, il noue une amitié avec Gamal Abdel-Nasser à l’Académie militaire. Entre 1943 à 1944, il adhère au groupe des Officiers Libres, devenant un de ses membres originaux.

Puis, en 1951, il obtient un diplôme de l’Ecole de Commerce à l’Université du Caire (à l’époque, il s’agissait de l’Université Fouad). Il a adopté les idées de gauche. En 1952, les Officiers Libres avaient pris la décision de sauver l’Egypte contre la corruption qui y sévissait. Le 23 Juillet, Mohieddine a activement participé à la Révolution de 1952. D’ailleurs, il a assisté à la cérémonie de départ du roi Farouk de l’Egypte.

Après que Mohamed Naguib devient le premier président égyptien, Mohieddine est devenu à son tour membre du Conseil de Commandement de la Révolution. Après la fin de la guerre tripartite contre l’Egypte, Khaled Mohieddine a joué un rôle important sur les plans politique et médiatique. Il ne faut pas oublier qu’il est celui qui a créé le journal Al-Messa. En fait, notre maison de presse Dar Al-Tahrir a eu vraiment une grande chance: Anwar Sadate a fondé Al-Gomhouriya et Khaled Mohieddine a mis en place Al-Messa en 1956. Il s’agissait du premier journal publié la nuit à l’époque républicaine. En 1964 et 1965, il a été le PDG et le rédacteur en chef d’Akhbar Al-Youm. Il a obtenu le prix Lénine en 1970 et il a été le président de la Commission égyptienne pour la paix et du désarmement.

Khaled Mohieddine a rédigé ses mémoires qui portent le titre «Maintenant, je parle». Il y a raconté les événements historiques autour de la Révolution de 1952. L’ouvrage est divisé en 25 chapitres et il y a repris quelques événements importants comme la veille du 23 Juillet et ce qui s’y est passé. Ces mémoires ont été publiés 40 ans après la révolution et ils ont été rédigés par Dr Reefat Al-Saïd, le successeur de Mohieddine au poste de chef du parti du Rassemblement et un politicien égyptien de calibre.

La famille Mohieddine est très célèbre sur la scène politique. Son cousin Zakariya Mohieddine était également l’un des Officiers Libres et il a joué un rôle politique clé en Egypte. Son neveu Mahmoud Mohieddine a assumé le poste de ministre des Investissements sous la présidence du président Hosni Moubarak. Après le décès de Zakariya Mohieddine en 2012, il était le dernier officier libre encore en vie.

De son vivant, Mohieddine a toujours rappelé que la Révolution de 1952 a réalisé d’innombrables exploits entre autres de permettre aux Egyptiens les moins nantis d’aller à l’école et de poursuivre gratuitement leur éducation, notant également qu’elle a permis à l’Egypte d’avancer sur la voie de l’indépendance économique, sociale et politique. 

 

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