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Moucharabiehs, balcons ou fenêtres, l'extérieur domine autant que l'intérieur

Dr Nesrine Choucri Lundi 01 Octobre 2018-12:05:56 Chronique et Analyse
Moucharabiehs,  balcons ou fenêtres, l'extérieur domine autant que l'intérieur
Moucharabiehs, balcons ou fenêtres, l'extérieur domine autant que l'intérieur

L'Homme de tout temps vivait dans la nature. Il construisait souvent de petites maisons en bois sans trop d'ouverture. En effet, en mettant les pieds à l'extérieur, il revenait en contact de la nature. Les éléments de la nature pouvaient ainsi absorber son énergie négative et le rendre plus heureux. A l'époque, l'homme jouissait alors de la liberté et de la joie de vivre. Petit à petit, les constructions ont commencé à changer de formes. Elles deviennent plus grandes et surtout élevées de la terre. Dans son souci de créer un lien avec la nature, l'homme a commencé à chercher à mettre en place, des fenêtres, des balcons, ou encore des moucharabiehs.

 

En Egypte, les maisons étaient le plus souvent bâtie en terre cuite et les gens pouvaient, soit sortir dans la rue, soit passer leur temps sur les toits de leurs demeures. Ils éprouvaient un immense sentiment de joie et de bonheur. Ils n'étaient pas vraiment isolés de la nature. Puis, avec l'architecture islamique, sont nés les moucharabiehs. Ce sont des panneaux ajourés faits de petits morceaux de bois tournés et assemblés par emboîtement. Ils étaient utilisés originellement pour fermer les fenêtres et les balcons donnant sur l’extérieur.

Les moucharabiehs étaient utilisés pour voir sans être vu ; ils laissent passer l’air tout en préservant des ardeurs du soleil. Les variations des moucharabiehs viennent des différentes formes géométriques obtenues lors du tournage du bois. Ils ont été inventés en Orient et sont attestés chez les Fatimides du Caire dès le 11ème siècle. Ils se sont répandus ensuite en Afrique du nord. Le mot viendrait de l’arabe al-moshrabiyya. Il dériverait de la racine "s.r.b." signifiant boire.

L'usage et la typologie architecturale varient : les fenêtres à jalousie sont situées au niveau du plafond, sous les voûtes des coupoles.  Elles permettent de nimber les façades intérieures d'une douce luminosité provenant du plafond, et éclairant les stucs de couleur bleu et rouge principalement. Les jalousies des palais sont des fenêtres recouvertes de décorations et de vitraux de couleur, qui ne laissent filtrer à l'intérieur qu'une douce lumière tamisée, ne donnant qu'un éclairage minimal suffisant aux salles.

Le faible nombre d'ouvertures sur l'extérieur n'était pas qu'esthétique : c'était aussi le moyen de conditionner l'air à ce moment (les grandes portes des salles étaient maintenues fermées) afin de supporter la chaleur excessive des étés grenadins. Cette implémentation fut développée dans l'Égypte des Mamelouks du XIIIe siècle.  Elles sont situées dans les parties hautes des salles, sous les coupoles, et éclairent de manière horizontale. Les Cairotes maintenaient les portes fermées pour se préserver de la chaleur extérieure, aussi l'éclairage des salles peintes, par la lumière modifiée des vitraux, donnait-il un effet de clair-obscur accentué radicalement différent de l'apparence actuelle ; ceci d'autant plus que la couleur des stucs de façade et de plafond est perdue.

Plus tard, avec le développement, le Caire commence à abandonner ses moucharabiehs pour adopter un style italien plus différent et aussi riche. Ce style italien a surtout introduit les balcons qui sont devenus le lieu préféré des familles égyptiennes pour se rencontrer, échanger autour de  leur journée et même vivre des moments spéciaux. C'était là que les jeunes pouvaient s'épier et les plus belles histoires pouvaient naître. Des histoires marquées par l'échange des regards, mais jamais de mots.

Il faut savoir que le mot balcon (de l'italien balcone, lui-même peut-être issu du persan— bal-khané — signifiant « pièce en hauteur ») est un élément d'architecture consistant en une plate-forme se dégageant du mur d'un édifice. Il est dans la plupart des cas à l'extérieur de l'édifice. Il peut cependant être à l'intérieur de l'édifice dans une grande pièce (une salle de spectacle ou une galerie) ou encore se situer dans une cour fermée et peut ne pas communiquer directement avec une pièce. 

Il y a plusieurs types de balcon à l'instar du balcon filant. Si le balcon va d'un pignon à l'autre, à étage intermédiaire, en corniche classique munie d'un garde-corps en serrurerie ou en fonte moulée formant un bandeau de façade transparent, on parle d'un « balcon filant » et les appartements y sont séparés par des herses. En architecture moderne, le « balcon filant » peut être plus profond avec marques de séparation d'appartement par des cloisons de verre acrylique, certaines plates-formes peuvent être soutenues par les refends porteurs ou des consoles en prolongation de ceux-ci. Le balcon peut également ne pas saillir hors du bâtiment mais être un espace ouvert sur l'extérieur à l'étage : on ne compte dans ce cas qu'un seul garde-corps à l'avant, avec des murs sur les côtés : dans ce cas, on parle alors plutôt de loggia (loge).

Mais avec le temps, les Egyptiens changent. Dans un souci de faire moins d'efforts et avec l'apparition des réseaux sociaux, on commence à voir naître des maisons avec à peine une fenêtre par salle. Les balcons sont souvent démolis par les acheteurs de l'appartement afin d'être réintroduits dans la maison et devenir une partie de l'appartement. Moins d'efforts et moins d'espaces ouverts. Et, l'aération? Beaucoup préfèrent la remplacer par la climatisation. La question : est-ce que la récente hausse des prix de l'électricité va pousser les Egyptiens encore une fois à revoir leur architecture?

 

 

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