Pardonner demande du courage

Ingi Amr Dimanche 26 Janvier 2020-12:33:12 Chronique et Analyse
Pardonner demande du courage
Pardonner demande du courage

Pardonner, c’est tenir une offense pour non avenue et renoncer à tirer vengeance. Pardonner quand on nous a fait du mal n'est pas si facile. La démarche à faire pour pardonner vraiment exige des étapes.

 

 

 

Il faut d'abord reconnaître qu’on a été blessé.  Lorsqu’on souffre, on a parfois tendance à vouloir très vite oublier la souffrance en enfouissant la blessure. Pourtant, celle-ci sera comme un abcès non traité : elle continuera en réalité à nous faire mal de l’intérieur. Pour guérir, il faut, comme en chirurgie, entrer en contact avec sa blessure intérieure. Ce n’est pas facile. On a des mécanismes de défense qui nous empêchent de vouloir trop souffrir. On a peur aussi de rencontrer notre colère. On fait toutes sortes de manœuvres pour ne pas entrer en contact avec nos émotions.

Certains, voulant «bien faire», ont aussi tendance à vouloir pardonner à l’autre rapidement, beaucoup trop rapidement. Beaucoup de gens pardonnent intellectuellement trop vite, en trouvant des excuses à l’autre, sans respecter ce qui se passe à l’intérieur d’eux-mêmes au niveau émotionnel. Mais s’il n’y a pas une écoute et une reconnaissance des différentes émotions (douleur, tristesse, colère, frustration), on ne guérira pas. Pardonner demande du courage. (source: atoi2voir.com)

Ensuite il faut prendre la bonne décision. Le pardon ne vient pas seul. Il faut décider de ne pas prendre le chemin de la violence ou du ressentiment. Il faut choisir le chemin du pardon, même si c’est coûteux, même si ça fait mal, même si c’est long.

Il est aussi très important d’essayer de faire cesser l’offense. Le pardon est difficile et ne tient pas longtemps tant qu’une personne perpétue son offense sur nous. Il faut décider de demander à la personne de cesser de nous blesser ou trouver un moyen de ne plus y être exposé. Cela demande du courage. Attention, faire savoir qu’on est blessé ne veut pas dire se mettre en colère contre l’autre.

L'étape suivante est de  dire sa souffrance. Il faut extérioriser sa douleur pour pouvoir la gérer, la guérir. Il ne s’agit pas de parler à plein de personnes autour de soi pour dire du mal de l’autre, ou d’éclater à la figure de celui qui nous a fait mal. On a décidé de ne pas se venger. Deux voies s’offrent à nous : on peut écrire dans un cahier et/ou parler à quelqu’un de confiance. Ecrire permet de décharger sur le papier toute la violence qu’une blessure peut avoir causée en nous, sans que cette violence ait de conséquence néfaste. Seul le cahier saura ce qui est sorti de nous. Pour se confier à quelqu’un, il s’agit de trouver une personne assez mûre pour écouter nos doléances sans que cette personne en vienne à mépriser celui qui nous a fait du mal, ni qu’elle aille répandre partout la nouvelle. Parler à quelqu’un permet d’y voir clair en nous et d’identifier ce qui a été touché.

Vient ensuite le moment de recevoir la guérison. Le pardon total n’est pas possible si notre être intérieur n’a pas été guéri. Il faut vouloir cesser de jouer à la victime et de se lamenter sur soi-même d’une façon générale. Dans tout pardon, il y a un deuil à faire par rapport aux attentes que l’on avait vis-à-vis de quelqu’un, la confiance qu’on a perdue, l’amour qu’on n’a pas reçu. Ce ou ces deuils sont des lâcher-prises à faire.

Quand on peut ainsi repérer ce qui a été touché en nous, notre agressivité commence à fondre, parce qu’on touche à la racine de la douleur, pour la soigner. Les mots mis dessus ont un pouvoir thérapeutique car nous avons heureusement en nous une capacité intérieure réparatrice. C’est pourquoi les psychologues ou les psychiatres peuvent nous aider à ce niveau.

Il faut enfin s’ouvrir au don du pardon. En effet, on ne pardonne pas aux autres, on se laisse prendre par le pardon. Le pardon ne nous appartient pas. Le croire fait naître en nous un sentiment de supériorité. Le pardon n’est pas une vertu morale, il nous est donné. Mais on doit être disposé à le recevoir et à le pratiquer.

 

Citations sur le pardon

Pardonner une injure reçue, c'est guérir nous-mêmes la plaie de notre cœur. ( Saint Vincent de Paul)

Les gens qui ne pardonnent jamais rien aux autres prétendent qu'on leur pardonne tout. (Jean-Jacques Rousseau)

On est plus heureux en pardonnant qu'en exigeant la réparation des torts qu'on a reçus. (Thomas Wilson)

Heureux qui sait pardonner, plus heureux encore qui peut oublier ! (Eugène Marbeau)

Jamais au criminel son crime ne pardonne. ( Victor Hugo)

Dieu pardonne toujours, et il nous ordonne de pardonner. (Marcel Pagnol)

Un homme qui pardonne est plus touchant que celui qui se venge. ( Voltaire)

S'il fallait condamner tous les ingrats qui sont au monde à qui pourrait-on pardonner ? ( Jean de La Fontaine)

On ne peut aller loin dans l'amitié si l'on n'est pas disposé à se pardonner nos petits défauts. ( Jean de La Bruyère)

La vie nous apprend à pratiquer souvent deux sagesses : l'une de pardonner, l'autre de ne jamais oublier.  (Alphonse Karr)

Comprendre, c'est pardonner. ( Germaine de Staël)

Si on était parfait, on pardonnerait sans peine aux hommes d'être imparfaits, comme les dieux le font. ( Fénelon)

En pardonnant une offense, on se montre supérieur à son ennemi.  (Francis Bacon)

Il n'est pas en ma puissance de pardonner un affront. Tout ce que je puis faire, c'est de l'oublier. (George Sand)

 

 

Lâcher prise pour pardonner

Nous avons tous été blessés par quelqu’un à un moment ou à un autre ─ nous avons été traités durement, notre confiance a été trahie, des cœurs ont été brisés.

Et même si cette douleur est normale, parfois elle persiste trop longtemps. Nous la revivons encore et encore, et avons du mal à lâcher prise.

Cela pose problème. Cela ne nous rend pas seulement malheureux, cela peut aussi peser sur nos relations ou les briser, cela peut nous distraire de notre travail ou de notre famille et d’autres choses importantes, cela peut nous rendre réticents à la découverte de nouvelles choses et de nouvelles personnes. Nous sommes piégés dans un cycle de colère et de peine, et nous passons à côté des beautés possibles de la vie.

Nous devons apprendre à lâcher prise. Nous devons être capables de pardonner, afin de pouvoir avancer et être heureux.

Le pardon change votre vie.

Le pardon ne signifie pas que vous effacez le passé, ou oubliez ce qui s’est passé. Ca ne signifie pas non plus que l’autre personne changera son comportement ─ vous ne pouvez pas contrôler ça. Tout ce que ça signifie c’est que vous laissez aller la colère et la douleur, et que vous avancez vers un meilleur endroit.

Ce n’est pas facile. Mais vous pouvez apprendre à le faire.

Si vous contenez votre douleur, vous la revivez, et vous ne pouvez pas lâcher prise et pardonner, lisez donc certaines choses que j’ai apprises.

1. Engagez-vous à lâcher prise. Ca peut prendre du temps de surmonter quelque chose. Donc engagez-vous à changer, parce que vous reconnaîtrez que cette douleur vous fait souffrir.

2. Pensez aux avantages et aux inconvénients. Quels problèmes vous cause cette douleur ? Est-ce que cela affecte vos relations avec cette personne ? Avec les autres ? Est-ce que cela affecte votre travail ou votre famille ? Est-ce que cela vous fait du mal ? Pensez à tous ces problèmes, et réalisez ce que vous devez changer. Puis pensez aux avantages du pardon ─ comment cela vous rendra plus heureux, vous libèrera du passé et de la douleur, améliorera les choses dans vos relations et votre vie en général.

3. Réalisez que vous avez le choix. Vous ne pouvez pas contrôler les actions des autres, et vous ne devriez pas essayer. Mais vous pouvez contrôler non seulement vos actions, mais vos pensées. Vous pouvez arrêter de revivre la douleur, et choisir d’avancer. Vous avez ce pouvoir. Vous avez seulement besoin d’apprendre comment vous exercer.

4. Ayez de l’empathie. Essayez ceci: mettez-vous à la place de cette personne. Essayez de comprendre pourquoi cette personne a fait ce qu’elle a fait. Commencez par présumer que cette personne n’est pas mauvaise, mais a juste fait quelque chose de mal. A quoi a-t-il pu penser, qu’est-ce qui a pu lui arriver dans le passé pour qu’il ait fait ce qu’il a fait ? Qu’a-t-il pu ressentir en le faisant, et qu’a-t-il ressenti après coup ? Comment se sent-il maintenant ? Vous n’êtes pas en train de dire que ce qu’il a fait est bien, mais plutôt que vous essayez de comprendre et d’avoir de l’empathie.

5. Comprenez votre responsabilité. Essayez de deviner comment vous avez pu être partiellement responsable de ce qui s’est passé. Qu’auriez-vous pu faire pour l’empêcher, et comment pouvez-vous l’empêcher d’arriver la prochaine fois ? Cela  ne veut pas dire que vous en prenez la faute, ou que vous lui retirez toute responsabilité, mais que vous réalisez que nous ne sommes pas des victimes mais des acteurs dans la vie.

6. Concentrez-vous sur le présent. Maintenant que vous avez réfléchi au passé, réalisez que le passé est passé. Cela n’arrive plus en ce moment, sinon dans votre tête. Et cela pose problème ─ tristesse et stress. Concentrez-vous plutôt sur le moment présent. Qu’est-ce que vous faites en ce moment ? Quelle joie pouvez-vous trouver dans ce qui arrive en ce moment ? Trouvez de la joie dans la vie aujourd’hui.

(Cet article est une traductionHow to Let Go and Forgive de l’article de Léo Babauta. Source : habitudes-zen.net)

 

Pardonner VS oublier

On ne peut pas supprimer du passé le mal qui a été fait. Le mal est irréversible, pourtant, chacun sent bien la nécessité de rompre avec son passé pour mieux s’ouvrir un avenir. Au lieu d’effacer le tort commis, est-ce possible de l’éliminer de la mémoire ? (Source: jepardonne.com)

On devine facilement les dangers d’une conscience renfermée sur son passé : le ressentiment n’est pas loin. L’oubli de l’offense apparaît alors comme un possible remède, une voie de liberté. C'est pourquoi, Nietzsche faisait de la faculté de l’oubli une condition indispensable au bonheur de l’homme. Elle lui permet de savourer l’instant présent hors de toute temporalité accablante. Savourer l’instant présent plutôt que se perdre dans son passé douloureux, voilà en quoi consiste pour Nietzsche le trésor de l’oubli.

 Comment décider d’oublier ?

Ce n'est pas si simple. Comment oublier ? En faisant tout pour oublier un événement du passé, on risque bien de faire en sorte qu’il revienne  à la mémoire. S’efforcer d’oublier quelque chose, c’est déjà s’en rappeler. On obtient alors le résultat exactement opposé de celui escompté.

Il semble que l’oubli ne puisse être produit par la volonté. Une autre solution pourrait alors consister à se contenter de ne pas constamment ressasser la douleur, en espérant que le trouble finisse par se décanter avec le temps. L’usure du temps peut-elle vraiment guérir l’offense ?

Le pardon permet ce que l’oubli empêche

Le philosophe Jankélévitch propose une réflexion très éclairante sur la différence entre l’usure du temps et le pardon véritable :

« Même si elle amenuise la rancune jusqu’à l’extrême limite de la ténuité, l’usure n’est jamais l’avènement d’une ère nouvelle, ne fonde jamais un ordre nouveau ; elle est incapable, par elle-même, d’inaugurer des relations positives entre un offensé et un offenseur intimement réconciliés. »

L’oubli, contrairement au pardon, n’offre pas une voie de sortie dans l’ordre relationnel. Le temps ne fait que plonger l’offense dans une sorte de torpeur étrangère à la vie. L’oubli ne fait qu’aseptiser la blessure, elle ne la guérit pas :

« Le temps décolore toutes les couleurs et ternit l’éclat des émotions, le temps amortit la joie comme il console la peine, le temps endort la gratitude comme il désarme la rancune, l’un et l’autre indistinctement.»

Le pardon permet au contraire une guérison profonde du cœur, un chemin de vie. Le pardon promet une rédemption à laquelle l’oubli ne peut prétendre.

Le pardon, s’il est différent de l’oubli, s’en rapproche néanmoins dans ses effets recherchés. On dit parfois un peu rapidement « qu’on pardonne mais qu’on n’oublie pas ». Mais comment vraiment pardonner sans oublier le mal qui a été commis ?

Le pardon consiste forcément à laver l’offense, et donc à la jeter aux oubliettes. Le pardon fait certes, dans un premier temps, revenir l’offense à la mémoire, mais c’est pour mieux l’oublier ensuite, comme une affaire réglée, à jamais scellée par le sceau du pardon. L’oubli ne mène pas au pardon, alors que le pardon, lui, peut mener à une certaine forme d’oubli. Mais il ne s’agit plus d’un oubli forcé, mais au contraire d’un oubli serein, qui nous réconcilie avec nous même et avec l’autre, et qui ne ressemble en rien à un refoulement raté et impossible.

 

Et après le pardon ?

Que faire de la relation avec l’offenseur après le pardon?

On a le choix. Est-ce qu’on se réconcilie avec la personne ou pas ? Cela n’est pas obligé. Si je me réconcilie avec la personne, la relation ne peut plus revenir comme avant. Lorsqu’il y a eu une blessure entre deux personnes, le seul chemin positif est l’amélioration de l’amour entre ces deux personnes, décidé d’un commun accord. Quand on peut souffrir ensemble et accepter cette souffrance-là, il y a une sorte d’approfondissement. Un amour qui n’a pas souffert est un amour qui manque de profondeur. On le voit chez les couples. Mais un tel chemin commun d’amour n’est pas toujours possible. Dans certaines situations, il est même préférable qu’il n’y ait pas de réconciliation, si la personne n’a pas changé par exemple, si elle peut/veut continuer à nous agresser, à nous faire du mal.

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