Portugal-Espagne, le petit frère contre le grand

Test Acount Mercredi 13 Juin 2018-13:18:21 Sports
Portugal-Espagne, le petit frère contre le grand
Portugal-Espagne, le petit frère contre le grand

En 1494, Portugal et Espagne s'étaient partagé le Nouveau Monde, avec l'assentiment du pape. Cinq siècles plus tard, les frères ibériques se départagent vendredi au Mondial-2018, transposition sportive d'une rivalité héréditaire entre l'aîné espagnol, si sûr de lui, et le puîné portugais, longtemps complexé. A Sotchi, sur les rives de la Mer Noire, la première affiche de la Coupe du monde en Russie opposera deux pays qui ont dompté les océans et construit de fabuleux empires après avoir tracé une ligne de partage du monde lors du fameux traité de Tordesillas, il y a cinq cents ans.

Impossible de séparer l'histoire du Portugal de celle de l'Espagne: entre les deux voisins, qui ont obéi au même monarque entre 1580 et 1640, les cultures sont semblables et la passion pour le ballon rond est commune. "Ce sont deux pays qui s'aiment et se respectent beaucoup. Deux pays de footeux, complètement footeux", explique le sélectionneur espagnol Julen Lopetegui, qui a entraîné Porto (2014-2016). "Je sais comment les gens vivent le football au Portugal, de manière extrêmement intense", souligne-t-il, alors que son homologue portugais Fernando Santos évoque une "rivalité historique". Proches géographiquement, les deux nations le sont aussi sportivement: lorsque la "Selecçao" portugaise a joué son tout premier match en 1921, c'était contre la "Selección" espagnole, victorieuse 3-1 à Madrid pour jeter les bases d'un ascendant durable vis-à-vis de son voisin.

Pour les Portugais, l'Espagne du football reste ce grand frère encombrant et superbe, prompt à dépouiller les clubs locaux de leurs meilleurs joueurs. Le Real Madrid et le FC Barcelone, qui comptent 18 Ligues des champions à eux deux, regardent de haut Benfica (2 sacres) et Porto (2 sacres).

"Sur le plan sportif, nous avons toujours souffert d'un complexe d'infériorité", reconnaît l'historien portugais Francisco Pinheiro, de l'Université de Coimbra. "Avant l'Euro-2016, nous revenions toujours à certains schémas culturels définis: le fado et son fatalisme, les idées de défaite honorable ou de victoire morale."

Et le fait que dans les années 1930, l'Espagne ne cesse de barrer la route de la Coupe du monde au Portugal, avec quelques gifles mémorables comme un 9-0 en 1934, a entretenu un rapport de force déséquilibré.

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