Premier ramadan "confiné" à cause du coronavirus

Marwa Mourad Vendredi 22 Mai 2020-22:37:49 Chronique et Analyse
Premier ramadan
Premier ramadan "confiné" à cause du coronavirus

Cette année, le Ramadan est vécue de manière très spéciale: le Coronavirus et le confinement rendent impossibles les activités et les célébrations habituelles qui accompagnent ce mois de jeûne et de prières. Le Ramadan, qui dure du 23 avril au 23 mai 2020, est bien différent cette année. Ce mois très important pour les musulmans est terni par le confinement  et les interdictions de se rassembler, sous peine de se faire contaminer par le Covid-19. Prier et jeûner chez soi, sans possibilité de retrouvailles familiales ni prière à la mosquée. De multiples changements ont été initiés pour le mois du jeûne. Dans les grandes lignes, voilà à quoi ressemble le premier ramadan "confiné".

Confinée en raison de la pandémie de Covid-19, la communauté musulmane vit un ramadan inédit. De multiples changements ont été initiés pour le mois du jeûne.

La pratique du ramadan ne doit toutefois pas être idéalisée. Elle s’éloigne parfois des intentions originelles. Notre culture consumériste étant profondément ancrée, elle engendre des dérives et des incohérences. Le ramadan est souvent synonyme de surconsommation, de gâchis, de paresse, d’impatience. Et puis, une fois ce mois achevé, les efforts et les résolutions se dissolvent souvent dans le quotidien. Ce qui nous amène à nous interroger, nous, musulmans, mais pas seulement.

La date de déconfinement tient en haleine toute la population. Quand pourrons-nous revenir à la vie normale ? Les scientifiques, les politiciens, les journalistes, les artistes, alimentent les pronostics. Les échanges sont tendus, sur les plateaux autant que sur les réseaux sociaux. Ces bavardages nous décentrent de l’essentiel : contempler et méditer nos vies.

Comme le ramadan, le confinement peut être vécu comme un élan vers l’essentiel. Tous deux nous poussent à reconsidérer ce qu’est la « vie normale ». Comment voulons-nous vivre ? Comment réellement faire société avec les individus qui nous entourent ?

Comme le ramadan, le confinement peut être perçu comme une opportunité : celle d’engager une évolution. Comme le ramadan, le confinement porte en lui la promesse d’un lendemain meilleur. Un jour d’après plus attentif, qui aurait conscience des urgences sanitaires, humanitaires, éducatives, alimentaires, climatiques.

Le confinement est une rupture, comme le ramadan est un choc, qui nous prouve qu’il est possible, souhaitable et bénéfique de faire des efforts pour s’élever. Celui qui jeûne contraint son corps et son esprit. Les musulmans, les chrétiens, les juifs et tous ceux qui ont déjà jeûné s’accordent à dire que la restriction n’est rien comparativement à ce qu’elle permet : une libération.

Le monde de demain ne se proclame pas, il se bâtit dans le temps et dans l’arrachement. Mais y croit-on vraiment ? Et sommes-nous prêts à y travailler ?

 

La prière chez soi autorisée, certains rites modifiés

 

Cette année, en raison de la crise sanitaire liée au Covid-19, le mois de Ramadan est confiné tout au long du mois. On peut jeûner chez soi, cela ne pose pas de problème. L'islam prévoit d'ailleurs des exceptions : les malades, les personnes âgées, entre autres, en sont dispensés. On peut le pratiquer là où on est, on n'est pas obligé d'aller à la mosquée. Les gens peuvent prier chez eux.

Mais certains rites ont été modifiés pour pouvoir coller au mieux à la situation vécue par les fidèles. D'abord la rupture du jeûne quotidienne le soir, lors du repas de l'iftar, se fait chez soi. La dimension conviviale qui a lieu à ce moment-là, avec famille, amis ou voisins, peut se partager via les écrans et les réseaux sociaux. Le jour de l'Aïd-el-fitr, la grande fête célébrant la rupture du ramadan, se fera vraisemblablement elle aussi en comité réduit.

Par ailleurs, tous les lieux de culte étant fermés, les prières surérogatoires (Tarawih) qui se font d'habitude dans les mosquées le soir le mois de ramadan, se font chez soi. C'est la seule attitude responsable et conforme aux principes et aux valeurs de notre religion dans ce contexte d'épidémie.

Al-Azhar a annoncé que les prières de Tarawih et Tahajjud sont diffusées depuis la mosquée Al-Azhar jusqu’à la fin du mois béni de Ramadan, en présence de ses imams et de ses employés uniquement, s’engageant à prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer leur sécurité.

Al-Azhar a, dans un communiqué, déclaré que les rituels de prière seront retransmis directement, via les pages officielles d’Al-Azhar sur les réseaux sociaux, Facebook, YouTube, Instagram et Twitter, afin de garantir qu’Al-Azhar diffuse l’atmosphère spirituelle liée au mois béni, en particulier au cours des dix derniers jours et leurs nuits de grande récompense et de grâce universelle. Et que Dieu accepte nos prières et nous libère tous de cette crise dont souffre le monde entier.

Al-Azhar a, dans le même communiqué, émis le souhait que cette étape soit un geste d’espoir et de bonnes nouvelles pour tous, appelant le Tout-Puissant à débarrasser le pays de l’épidémie, à guérir les blessés et à nous accorder à tous sécurité, sûreté, tranquillité et stabilité.

 

 

Encadré 1

 

Témoignage…

 

Une situation inédite et difficile que certains musulmans affrontent. Pour Gihane, maman de trois jeunes enfants, le Ramadan connaît de petits aménagements cette année. « Ce qui me fait peur, c'est d'être enfermée et de ne pas pouvoir boire ni manger : ça ressemble à un film d'horreur ! »

La jeune maman trouve également que la pression de s’occuper des enfants s'ajoute à celle de ce mois religieux. En effet, s'occuper des enfants et de leurs cours, faire ses propres études et gérer la fatigue du jeûne ne facilitent pas le quotidien. Jusqu'à présent, Gihane avait pris l'habitude de faire des gâteaux, qui faisaient autant plaisir à ses petits qu'à elle-même. Elle doit désormais attendre le soir pour profiter de ces douceurs et de leurs bienfaits sur son moral.

Mohamed, jeune étudiant de la Faculté de commerce venu poursuivre ses études au Caire, se préparait déjà à vivre un Ramadan différent des autres. « C'est une situation inédite mais de mon côté, j'avais déjà prévu des changements. C'est la première fois que je passe le Ramadan seul, sans ma famille. Confinement ou pas, je n'aurais pas pu les rejoindre pour le passer avec eux cette année », explique-t-il.

Selon lui, le Ramadan, c'est avant tout un moment de partage, de bienveillance et de générosité. « D'habitude, on se retrouve pour rompre le jeûne ensemble, en famille. On partage la nourriture et des moments forts. Cette année, c'est ce qui me manque le plus ». La fermeture obligatoire des mosquées complique également les prières qui rythment les journées de ce mois béni.

Pour Mona également le Ramadan est synonyme d'entraide et de partage : « Plus encore que d'habitude, les prières sont importantes. On remercie Allah pour sa miséricorde. Pendant le Ramadan, on se montre généreux de ce que l'on a et on fait l'aumône à ceux qui en ont besoin ».

Habituellement, la mosquée où se rend Mona s'organise pour aider les plus pauvres : tout le monde peut apporter un plat à partager avec ceux qui n'ont pas de quoi manger. Cette année, les lieux de culte sont tous fermés.

Mona et sa famille font le jeûne et les prières comme ils les font habituellement, mais sans sortir de chez eux. Ils espèrent en revanche que la levée du confinement leur permettra de fêter la fin du Ramadan avec leurs proches et les autres membres de la mosquée. 

Les autorisations de rassemblement semblent incertaines, même après le déconfinement.  “Cette année, le Ramadan nous permet surtout de nous recentrer sur nous-mêmes, pour trouver des moyens de s'améliorer et de se rapprocher de Dieu”, conclut Mona.

 

 

Encadré 2

 

Coronavirus : Pas de contre-indications particulières de jeûner

 

Par rapport au coronavirus, il n’y a pas tellement de contre-indications de jeûner. Si vous êtes malade du coronavirus, vous suivez un traitement donc vous êtes obligé de ne pas jeûner. Si vous n’êtes pas malade, ce n’est pas le fait d’avoir jeûné qui va vous mettre en danger d’être atteint de coronavirus.

Autre cas de figure: une personne testée positive au coronavirus mais demeurant asymptomatique peut-elle jeûner ? A partir du moment où elle n’a pas de symptômes, il s’agit donc simplement d’une réaction sérologique, ça ne veut pas dire qu’elle ne doit pas jeûner. Jeûner ou pas, c’est davantage en fonction de la maladie. Dans le cas d’une PCR positive asymptomatique, ça ne va pas la fragiliser davantage; Les infections qu’on peut attraper, qu’elles soient bactériennes ou virales, ont beaucoup plus tendance à atteindre des sujets avec débilités, avec tares cardio-respiratoires ou présentant des maladies chroniques.

Par ailleurs, les patients atteints de maladies chroniques (tension, diabète, bronchopathie chronique…) avec des traitements qu’ils ne peuvent pas arrêter sans danger pour leur santé, ne doivent pas jeûner selon les avis médicaux. Les médecins recommandent aussi aux patients atteints de tuberculose de ne pas jeûner le temps du traitement (six mois), surtout les deux premiers mois.

                                                                                                                            

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