Qahwa baladi, lieu de retrouvailles à l’orientale !

Hanaa Khachaba Mercredi 06 Juin 2018-12:57:55 Chronique et Analyse

Une cacophonie de rires, de murmures et de sons secs produits de l’entrechoquement répété des pions du trictrac résonne dans ces lieux hors pair.  Des échanges culturels mais aussi politiques, et pourquoi pas artistiques s’y déroulent. Une ambiance de convivialité chaleureuse, offrant aux visiteurs de véritables moments de partage et d’enrichissement déclinant à tous les goûts se confirme au qahwa baladi. Ce café à l’égyptienne confère à ses clients un moment de dépaysement et de détente à l’orientale pour savourer douceurs et boissons égyptiennes. Si pendant toute l’année les qahwas baladis ne se dégarnissent guère, le sacré mois de Ramadan échappe à la règle.

 

Evoluant au fil des siècles au gré de leur fréquentation et au rythme des conditions sociales, les cafés baladi offrent continuellement un lieu cosy pour un remue-méninge de la classe politique et des intellectuels de la société qui les fréquentent régulièrement. Depuis les Ottomans en passant par l’Expédition en Egypte de Bonaparte jusqu’à nos jours, le qahwa baladi se distingue par un goût tout particulier. On y propose la chicha, des boissons de tout genre, mais aussi ses habitués y trouvent le plaisir de jouer aux dames, aux échecs…etc.

Un café baladi est par excellence le reflet de la société égyptienne. Ses habitués, qu’ils soient des indigènes ou des étrangers, dépeignent l’Egypte avec toutes ses disparités et contrastes. Il en existe à tous les coins de rues. Lieu de sociabilité, on y parle politique, joue aux dominos ou au trictrac, on y sirote un café à la cardamome ou un thé à la menthe souvent très sucré. La chicha classique qui a toujours été le propre de l’homme égyptien, s’invite pertinemment dans ces cafés populaires où l’épaisseur de la fumée ne laissera assurément pas votre nez insensible.

Depuis des années, quelques cafés alternatifs ont vu le jour et des cafés mythiques sont redevenus des lieux de débats intellectuels. Aujourd'hui, ils sont très surveillés. La jeunesse aisée boude pourtant ces qahwas baladis, choisissant pour prédilection les lieux plus occidentalisés où le capuccino est roi.

Pendant le Ramadan, les heures de sommeil basculent. Du matin jusqu’au coucher du soleil, leurs portes se referment sur un endroit déserté dont le mobilier est rangé sens dessus dessous, histoire de faire comprendre aux passants que le service est « en pause ». La quasi-totalité de ces cafés populaires commencent leurs activités quelques minutes après la prière de Maghrab (du crépuscule).

En Egypte, on ne dort pas le soir, c’est sociétal. Ce n’est donc pas étonnant de voir ces cafés pulluler, occupant de larges espaces de trottoirs. Connus pour leur caractère extraverti et leur esprit animé, les Egyptiens, particulièrement les citadins, adorent sortir le soir pour passer d’agréables moments en amis ou en famille dans ces cafés. La coutume se perpétue tout au long du Ramadan pendant lequel ces veillées agréables se multiplient et se veulent de plus en plus joyeuses dans un café baladi où rires, blagues et anecdotes se mêlent dans un nuage de fumées des chichas et des boissons chaudes.  Les qahwas baladis étaient auparavant fréquenté par la classe bourgeoise et moyenne. Aujourd’hui, une clientèle hétérogène défend son droit de passer une soirée à l’orientale, bon marché et chaleureuse, dans un de ces cafés populaires.

Vers minuit, l’animation culmine. Ces lieux de rassemblement et d’échange à l’orientale vibrent de vie. Au terme d’une matinée un peu trop monotone au vu de l’absence des habitués, encore somnolant sous l’effet du jeûne, les qahwas se mettent à se remplir à partir de l’heure de l’iftar jusqu’aux premières lueurs de l’aurore. Une des caractéristiques intrinsèques du mois sacré est les retrouvailles nocturnes qui se font en plein air dans ce décor typiquement égyptien.

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