Une épidémie tous les 100 ans

Marwa Mourad Mercredi 01 Avril 2020-20:33:03 Chronique et Analyse
Une épidémie tous les 100 ans
Une épidémie tous les 100 ans

Voici ce que l'histoire nous enseigne sur la gestion et la réception des différentes épidémies qui ont marqué nos sociétés. Bien que les épidémies, les pandémies ou les maladies de masse qui ont surgi dans l’histoire de l’humanité aient varié au cours des années, l’année 20 se répète par coïncidence. A l'heure du coronavirus (COVID-19), Le Progrès Egyptien vous propose de remonter le temps en série pour mieux comprendre les enjeux liés à la propagation d'une épidémie.

Alors que l'épidémie du coronavirus suscite de vraies questions en termes de santé publique, qu'avons-nous à apprendre de l'histoire sur tous les fléaux passés qui ont marqué nos sociétés ? Les contextes sont différents en fonction des maladies qui ont marqué notre existence, mais le risque infectieux lui n'a pas disparu. L'épidémie du coronavirus interpelle notre culture épidémiologique et notre mémoire des infections. À l'heure du Covid-19, quelles réponses l'histoire peut-elle nous apporter pour essayer de mieux comprendre ? 

Nous commençons par l’année 1220, qui n’est pas connue pour une pandémie, mais pour une catastrophe encore plus destructrice pour  l’époque : les invasions mongoles.

1220, Gengis Khan

En Irak et en Iran, Gengis Khan est vu comme un seigneur de guerre sanguinaire et génocidaire qui causa d’immenses destructions. Un descendant de Gengis, Hulagu Khan, détruira une grande partie du nord de l’Iran. Il est l’un des conquérants les plus haïs des Iraniens, avec Alexandre le Grand et Tamerlan.

Il en est de même en Afghanistan, au Pakistan ainsi que dans d’autres pays non turcs à majorité musulmane. Les sacs de Bagdad et de Samarcande causèrent des massacres et le sud du Khuzestan fut complètement détruit. En RussieUkrainePologne et Hongrie, Gengis Khan, ses descendants et les Mongols et/ou Tatars sont généralement décrits comme de grands destructeurs.

L’invasion mongole de l’Europe au XIIIe siècle provoque la destruction des principautés slaves et des grandes villes, comme Kiev et Vladimir. Les invasions mongoles touchent également l’Europe centrale, notamment la Bohême-Moravie, la Pologne (bataille de Legnica, 1241), la Moldavie, la Valachie, la Transylvanie, la Hongrie (bataille de Mohi, 1241) et la Bulgarie.

Au moins 20 à 40 % de la population des pays conquis par les Mongols meurt, massacrée ou à la suite des épidémies.

Aujourd’hui, Gengis, ses descendants, ses généraux et les Mongols en général restent connus pour leurs forces militaires féroces, leur endurance, leur cruauté et leurs conquêtes destructives dans les livres d’histoire du monde entier.

1320, la peste noire

On pense que la peste bubonique, mieux connue sous le nom de peste noire, est apparue pour la première fois chez l’homme en Mongolie vers 1320. Ses symptômes étaient des maux de tête, de la fièvre et des frissons. Les langues des malades semblaient souvent blanchâtres avant qu’il n’y ait une inflammation sévère des ganglions lymphatiques. Enfin, des taches noires et violettes sont apparues sur la peau des personnes touchées. La mort pouvait se produire en une semaine.

Telle une traînée de poudre, la peste noire a décimé à elle seule près de 40% de la population européenne. Venue d’Asie, via le port de Crimée, puis de Gênes et de Marseille, elle a fait plus de 30 millions de morts. Elle est considérée aujourd’hui comme la première pandémie de l’ère moderne.

Après avoir sévi six ans dans l’Europe médiévale, elle réapparaîtra régulièrement au cours des siècles suivants. Mais dans des proportions moins destructrices.

Selon une étude parue dans la revue scientifique Cell Host & Microbe en 2016, elle serait à l’origine des épidémies actuelles.

1520, la variole

Cette maladie a été déterminante pour la victoire espagnole contre Tenochtitlan. Elle a coûté la vie à entre 2 et 3,5 millions d’indigènes selon les historiens. De nombreux Aztèques ont succombé à la variole apportée par les Européens, comme le Tlatoani Cuitláhuac, vainqueur de Hernán Cortés.

1620, une étrange maladie

Le 16 mars 1620, des colons de Plymouth arrivent à bord du Mayflower aux Etats-Unis. On dit que la grande majorité des passagers sont morts et qu’une telle maladie s’est propagée même parmi les habitants de la côte Est de l’Amérique du Nord

1720, la peste de Marseille

Le Grand San Antonio, navire de l’est méditerranéen arrivé à Marseille le 25 mai 1720, est à l’origine de l’épidémie. En effet, sa cargaison composée de soies fines et de balles de coton a été contaminée par le bacille de Yersin, responsable de la peste. À la suite d’une série de négligences graves et malgré les mesures de sécurité strictes, la peste s’est propagée dans toute la ville. Le centre de Marseille et les vieux quartiers ont été les plus touchés. La peste s’est propagée rapidement, faisant entre 30 000 et 40 000 morts, sur un total de 90 000 habitants.

1820, le Choléra

En 1820, cette maladie s’est déclarée à Java et à Bornéo. Elle est arrivé en Chine en 1821, puis s’est étendue à l’ouest de Ceylan et est arrivé plus tard en Perse, en Arabie, en Syrie et en Cochinchine la même année. Les vastes territoires de l’Empire russe ont été contaminés par l’armée malade et des dizaines de milliers d’hommes sont morts.

Depuis plus d’une vingtaine d’années, le choléra circule de façon endémique. C’est le cas notamment à Haïti depuis 2010. 

Selon les dernières estimations de l’OMS, il y a près de 95 000 décès liés au choléra dans le monde, pour environ 2,9 millions de cas suspects. «La plupart de ces cas sont enregistrés en Inde et au Bangladesh», relève l’organisation internationale. Cette infection intestinale aiguë est provoquée par des bactéries présentes dans les eaux sales et stagnantes.

Actuellement, il n’existe aucune solution miracle pour endiguer cette épidémie. Car si un vaccin existe, son effet reste limité dans le temps.

1920, la peste pneumonique ou grippe espagnole

La grippe espagnole a eu lieu il y a 100 ans, à l’époque les gens étaient aux prises avec le virus de la grippe H1N1 qui avait subi une mutation génétique, ce qui le rendait beaucoup plus dangereux que le virus normal. Ce virus a infecté 500 millions de personnes et tué plus de 100 millions de personnes dans le monde, cette pandémie a été la plus meurtrière de l’histoire.

Partie de Chine, elle doit son surnom, «grippe espagnole» du fait que seule l’Espagne (non-impliquée dans la Première Guerre mondiale) a pu, en 1918, publier librement les informations relatives à cette épidémie, explique le quotidien français Ouest-France.

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