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Yolo, l’application de messages anonymes qui cartonne chez les ados américains

Ghada Choucri Mercredi 15 Mai 2019-12:48:15 Jeunesse
Yolo, l’application de messages anonymes
Yolo, l’application de messages anonymes

Arrivée numéro un des téléchargements sur l’App Store aux États-Unis et au Royaume-Uni une semaine après sa sortie, l’application Yolo, qui permet d’envoyer des messages anonymes sur le réseau social Snapchat, remet sur le devant de la scène les risques de harcèlements et de propos haineux via l’anonymat.

Le succès des réseaux sociaux ne tient pas uniquement à montrer son visage : l’anonymat y fonctionne aussi très bien. Seulement une semaine après son arrivée sur l’App Store d’Apple, l’application Yolo, qui permet d’envoyer des messages anonymes sur le réseau social Snapchat, s’est hissée à la première place des téléchargements américains et britanniques. Yolo a été développé par la start-up Popshow sur la plateforme Snape Kit, un logiciel lancé l’année dernière par Snapchat qui permet à n’importe quel créateur d’intégrer ses productions au réseau social.

Dans les faits, Yolo peut s’ajouter à deux fonctionnalités centrales à Snapchat : les stories et les snaps. Pour la première, il s’agit de photos ou de vidéos que l’utilisateur publie directement sur son profil et qui restent visibles durant 24 heures. Selon les paramètres choisis, ces dernières peuvent être soit uniquement visibles par les amis proches, soit intégralement publiques. Les snaps sont ces courtes photos ou vidéos qui disparaissent immédiatement après leur visionnage, une fonctionnalité qui a fait le succès de Snapchat.

Une fois installée, l’application Yolo permet d’ajouter une fenêtre « Envoyez-moi des messages anonymes » à ses publications Snapchat. Il est également possible d’ajouter un petit personnage cartoon tiré d’une autre application populaire, Bitmoji, propriété de Snapchat. Une fois le message repéré par un autre utilisateur, ce dernier peut envoyer un texte anonyme via Yolo. Enfin, si la personne ayant posté la requête d’origine décide de répondre, la réponse apparaîtra alors sur Snapchat.

Popshow, à l’origine de l’application Yolo, est une entreprise discrète, mais le média spécialisé TechCrunch est parvenu à remonter jusqu’à son créateur, le Français Grégoire Henrion. «[Yolo] n’était pas censé être un succès», explique l’homme au média américain. « C’était juste un projet lancé pour apprendre. ‘‘Postons ça sur l’App Store et on verra comment les gens réagiront’’ ». C’est devenu 100% viral. Nous n’en avons pas cru nos yeux quand l’application est arrivée numéro 1 ». TechCrunch affirme aussi que Yolo est très populaire auprès des adolescents. Un constat logique au vu des chiffres de Snapchat, réseau social préféré des 16-22 ans selon une étude menée par le site Diplomeo en 2017. Le succès de Yolo s’explique également par le fait que l’application n’impose pas de création de compte : il suffit de lancer le logiciel avec son identifiant Snapchat (ce qui se fait très rapidement via un bouton) et d’utiliser les personnages déjà créés sur Bitmoji pour personnaliser les messages anonymes.

L’anonymat au cœur des questions de modération

« Les applications comme Yolo qui permettent d’envoyer des commentaires anonymes pourraient être détournées pour envoyer des messages injurieux et troublants » affirme à la BBC la National Society for the Prevention of Cruelty to Children, organisation caritative britannique qui veille à la protection de l’enfance au Royaume-Uni, deuxième pays avec les États-Unis où Yolo a atteint la première place des téléchargements sur l’App Store. Des craintes fondées : avant l’application de Popshow, d’autres réseaux sociaux comme Sarahah ou Yik Yak ont misé eux aussi sur l’anonymat et ont créé la polémique. Des sites comme Ask.fm, qui permettent d’envoyer des messages anonymes aux autres utilisateurs, ont été sous le feu des critiques après plusieurs suicides d’adolescents. Même si des cas similaires sont à déplorer sur Facebook ou encore Twitter, réseaux sociaux publics, l’anonymat semble favoriser l’émergence de comportements injurieux.

Lors d‘une première connexion sur Yolo, un petit message suit les conditions d’utilisation : « [L’application] n’a aucune tolérance pour les contenus choquants et utilisateurs offensants. Vous serez banni au moindre usage inapproprié ». Se pose ainsi la question de la modération. La BBC rapporte certains avis d’utilisateurs britanniques sur l’AppStore, dont un explique que l’application a été utilisée pour souhaiter la mort d’autres personnes. « De gens vont se faire harceler avec [Yolo], ce n’est pas une bonne idée », indique un autre avis.

Après l’article de TechCrunch, Ranidu Lankage, créateur de l’application Polly, un autre logiciel développé à partir du Snap Kit et qui inclut des fonctionnalités anonymes, a réagi sur Twitter: «Comme pour toutes les applications anonymes, la rétention et les abus seront des problèmes majeurs. C’est l’une des principales raisons pour laquelle nous avons privilégié le système de vote plutôt qu’une boîte de commentaires anonymes [sur Polly]. Je suis curieux de voir comment Yolo et Snapchat vont gérer ces problèmes », écrit-il.

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