Le GME, l’évènement le plus marquant de l’année


L’année 2025 n’a pas été une année ordinaire dans l’histoire de l’archéologie égyptienne. Entre les sables du désert, les couches de limon ancien et les couloirs de tombes restées silencieuses pendant des millénaires, la terre a de nouveau parlé, prouvant, année après année, que l’histoire de l’Égypte n’a pas encore livré tous ses secrets et que chaque saison de fouilles peut révéler des surprises capables de réécrire des chapitres entiers de la civilisation humaine.
Au cours de l’année 2025, les missions archéologiques égyptiennes et étrangères ont réalisé une série de découvertes majeures qui n’ont pas seulement étonné les scientifiques, mais ont aussi attiré à nouveau l’attention du monde sur l’Égypte, considérée comme le plus grand musée à ciel ouvert de la planète.
Dans ce contexte mondial particulièrement riche, l’Égypte s’est distinguée par l’événement archéologique le plus marquant de l’année 2025 : l’inauguration du Grand Musée égyptien, le 1er novembre dernier. Un projet emblématique qui consacre la place centrale du patrimoine dans la stratégie culturelle et touristique du pays.
Dans des déclarations accordées à la chaîne Al-Mehwar, l‘ancien secrétaire général du Conseil suprême des Antiquités, Mostafa Waziri, a qualifié le Grand Musée égyptien d’« icône », soulignant que les antiquités constituent l’une des principales forces douces de l’Égypte. Il a également indiqué que l’année 2025 a marqué l’achèvement de la récupération d’un grand nombre de pièces archéologiques sorties illégalement du pays, affirmant que l’Égypte ne renoncera pas à la restitution des œuvres pillées au cours des années précédentes. À ce jour, plus de 31 000 pièces archéologiques ont été récupérées au cours des sept dernières années.
Mostafa Waziri a enfin mis en avant l’impact économique majeur du Grand Musée égyptien, dont le coût est estimé à environ un milliard de dollars. Selon les projections, l’accueil d’environ cinq millions de visiteurs pourrait générer jusqu’à cinq milliards de dollars de revenus, chaque million de touristes rapportant près d’un milliard de dollars. Le Grand Musée égyptien s’impose ainsi non seulement comme un symbole culturel, mais aussi comme un levier stratégique pour le tourisme et l’économie nationale.
Le 1er novembre dernier était une journée historique et a inauguré le Grand musée egyptien.
Un vaste musée est consacré à la civilisation pharaonique, dont l’histoire s’étend sur plus de trente dynasties et cinq mille ans, et offre une vue panoramique exceptionnelle sur les pyramides de Guizeh.

Vient ensuite les pièces de la seconde barque qui seront réassemblées publiquement dans le bâtiment du musée dédié aux deux barques du roi Khéops. Cette opération majeure constitue un nouveau jalon dans la mise en valeur du GEM, inauguré officiellement le 1er novembre dernier.
Les découvertes archéologiques égyptiennes en 2025
De Saqqarah à Karnak… la terre du Nil révèle les secrets de son antique civilisation en 2025
La tombe du roi Thoutmosis II

La découverte de la tombe du roi Thoutmosis II a été réalisée par une mission archéologique égypto-britannique conjointe du Conseil suprême des Antiquités et de la Fondation de recherche sur le Nouvel Empire, lors de travaux de fouilles et d’études archéologiques dans la tombe C4, au mont Thèbes, sur la rive ouest de Louxor, dans le sud du pays.

Il s’agit de la première tombe royale découverte datant de la XVIIIe dynastie depuis la mise au jour de la tombe du roi Toutankhamon en 1922, ce qui confère à cette découverte une importance particulière pour l’étude de l’histoire de l’Égypte ancienne et la compréhension de l’évolution de la civilisation pharaonique.
L’excellence de cette découverte s’est également illustrée par le fait que l’un des reliefs mis au jour à l’intérieur de la tombe a figuré en couverture du numéro de janvier-février 2026 de la revue Archaeology, soulignant la valeur artistique et scientifique des décors découverts.
Au début des fouilles, l’équipe pensait que la tombe appartenait à l’épouse de l’un des rois thoutmosides, en raison de sa proximité avec la nécropole des épouses de Thoutmosis III et avec la tombe de la reine Hatchepsout, préparée à l’origine pour elle en tant qu’épouse royale avant qu’elle ne devienne pharaon et ne soit inhumée dans la Vallée des Rois. Cependant, la poursuite des travaux a permis de révéler des preuves archéologiques décisives confirmant que la tombe appartenait bien au roi Thoutmosis II.
Les fouilles ont également permis de découvrir des fragments d’enduit portant des restes de décors bleus et des étoiles célestes jaunes, ainsi que des ornements et des textes issus du Livre de l’Imydouat. La tombe se distingue par une architecture simple, considérée comme une base pour les modèles architecturaux des tombes de plusieurs rois de la XVIIIe dynastie ayant succédé à Thoutmosis II.
Saqqarah… la nécropole des grands continue de surprendre
La région de Saqqarah s’est imposée comme l’un des principaux foyers de l’actualité archéologique en 2025, avec l’annonce de nouvelles découvertes dans une nécropole s’étendant sur plusieurs périodes historiques. Parmi celles-ci figurent des tombes de hauts fonctionnaires et de prêtres, contenant des statues polychromes, des fausses portes et des inscriptions remarquablement bien conservées, ainsi que des sarcophages en pierre et en bois demeurés intacts depuis leur inhumation.
Mastabas, tombes et sépultures
La mission archéologique égypto-japonaise a mis au jour des mastabas, des tombes et des sépultures qui apportent de nouveaux éclairages sur l’histoire de cette région archéologique majeure.
Lors des fouilles menées sur le versant est de Saqqarah, la mission conjointe du Conseil suprême des Antiquités et de l’université japonaise de Kanazawa a découvert quatre tombes datant de la fin de la IIe dynastie et du début de la IIIe dynastie, ainsi que plus de dix sépultures remontant à la XVIIIe dynastie du Nouvel Empire.
Le secrétaire général du Conseil suprême des Antiquités, le Dr Mohamed Ismail Khaled, a souligné l’importance de cette découverte, affirmant qu’elle démontre que la nécropole de Saqqarah recèle encore de nombreux secrets. Il a précisé que ces résultats indiquent que la nécropole actuelle s’étend plus au nord qu’on ne le pensait auparavant et que la découverte de sépultures du début de la XVIIIe dynastie confirme l’utilisation de Saqqarah comme nécropole du Nouvel Empire, après le rétablissement de Memphis comme capitale de l’État égyptien à la suite de l’expulsion des Hyksôs.
Découverte du mastaba d’un médecin royal de l’Ancien Empire à Saqqarah

Dans le sud de la zone archéologique de Saqqarah, où se trouvent les tombes des hauts dignitaires de l’Ancien Empire, la mission archéologique franco-suisse a découvert un mastaba en briques crues dotée d’une fausse porte ornée de reliefs et de peintures remarquables, appartenant à un médecin nommé Teti Neb Fou, ayant vécu sous le règne du roi Pépi II.
Il portait de nombreux titres prestigieux, notamment chef des médecins du palais, prêtre de la déesse Serket, « magicien de la déesse Serket » — spécialiste des morsures venimeuses de scorpions et de serpents — grand dentiste et responsable des plantes médicinales.
Cette découverte constitue un apport majeur à l’histoire du site, révélant de nouveaux aspects de la vie quotidienne à l’époque de l’Ancien Empire à travers les textes et les scènes figurant sur les murs du mastaba.
Les études préliminaires indiquent que la tombe avait probablement été pillée dans l’Antiquité, mais ses murs sont restés intacts, ornés de gravures et de peintures d’une grande beauté. L’un des murs présente une fausse porte polychrome aux couleurs vives, ainsi que des scènes représentant du mobilier et du mobilier funéraire, accompagnées d’une liste d’offrandes. Une frise portant le nom et les titres du défunt surmonte ces scènes. Le plafond de la tombe, peint en rouge pour imiter le granit, porte en son centre une inscription mentionnant le nom et les titres du propriétaire de la tombe.
La mission a également découvert un sarcophage en pierre dont l’intérieur est gravé d’inscriptions hiéroglyphiques portant le nom et les titres du défunt.
La ville résidentielle principale des oasis de Kharga
L’année 2025 a également été marquée par une activité archéologique intense dans plusieurs régions. Une mission égyptienne du Conseil suprême des Antiquités, travaillant sur le site d’Aïn Al-Kharab dans la zone archéologique islamique et copte des oasis de Kharga, dans le gouvernorat de la Nouvelle Vallée, a mis au jour les vestiges de la principale ville résidentielle des oasis de Kharga, qui a connu la période de transition du paganisme vers le christianisme.
Cette découverte met en lumière une étape importante de l’histoire de l’oasis de Kharga, correspondant aux débuts de l’époque copte en Égypte, et confirme le rôle des oasis occidentales comme centres majeurs de la vie religieuse et sociale à différentes époques.
Les vestiges du temple de la vallée du roi Niouserrê

La mission archéologique italienne travaillant dans la région d’Abou Ghorab, à Abousir, dirigée par les professeurs Massimiliano Nuzzolo et Rosanna Pirelli des universités de Turin et de Naples, a mis au jour les vestiges du temple de la vallée du complexe solaire du roi Niouserrê, de la Ve dynastie.
Le secrétaire général du Conseil suprême des Antiquités a indiqué que ce temple est l’un des deux seuls temples solaires connus à ce jour en Égypte ancienne. La mission est parvenue, pour la première fois, à dégager plus de la moitié du temple, révélant un édifice monumental de plus de 1 000 mètres carrés, doté d’un plan architectural unique, en faisant l’un des plus grands et des plus importants temples de la vallée de la nécropole de Memphis.
Il a rappelé que l’égyptologue allemand Ludwig Borchardt avait localisé le site du temple dès 1901, mais que le niveau élevé des eaux souterraines avait alors empêché toute fouille.
225 statues d’oushebtis du roi Sheshonq III à Tanis
La mission archéologique française opérant sur le site de Tanis (San el-Hagar), dans le gouvernorat de Sharqia, dirigée par le professeur Frédéric Payraudeau de l’université de la Sorbonne, a réalisé une découverte majeure à l’intérieur de l’une des tombes royales célèbres pour leurs trésors, connues depuis 1939, date de la découverte des célèbres trésors de Tanis aujourd’hui exposés au Musée égyptien du Caire.
Lors des travaux de nettoyage archéologique du sol de la chambre nord de la tombe du roi Osorkon II (XXIIe dynastie), la mission a découvert un ensemble de 225 figurines funéraires (oushebtis) appartenant au roi Sheshonq III, l’un des souverains les plus importants de la XXIIe dynastie et connu pour ses contributions architecturales à la ville de Tanis.
Ces statues ont été retrouvées dans leur position d’origine, enfouies dans des couches successives de limon, à proximité d’un sarcophage en granit non inscrit découvert précédemment sans identification précise de son propriétaire.
Cette découverte constitue une avancée décisive dans la résolution d’un mystère archéologique de longue date, les nouvelles données scientifiques indiquant que le sarcophage appartient au roi Sheshonq III. Elle ouvre ainsi la voie à de nouvelles études sur les pratiques d’inhumation royale de cette période et sur la possibilité que le roi ait été enterré dans la tombe d’Osorkon II ou que ses objets funéraires y aient été transférés ultérieurement pour être protégés.
Découverte des vestiges de la ville d’« Imet »
Dans la région de Tell el-Faraoun (Tell Nebasha), dans le district d’Al-Husseiniya, au gouvernorat de Sharqia, des bâtiments résidentiels datant probablement du début ou du milieu du IVe siècle avant J.-C. ont été mis au jour. Parmi eux figurent des structures identifiées comme des « maisons-tours », des habitations à plusieurs étages capables d’accueillir un grand nombre de personnes, caractérisées par des fondations très épaisses destinées à supporter le poids des bâtiments. Ce type d’habitat était particulièrement répandu dans le delta du Nil de la Basse Époque jusqu’à l’époque romaine.
La mission a également découvert des bâtiments à vocation utilitaire, utilisés pour le stockage des céréales ou l’hébergement des animaux.
Dans la zone du temple, une vaste dalle de calcaire et les vestiges de deux grandes colonnes en briques crues ont été mis au jour. Ces éléments appartiendraient à un édifice construit au-dessus de la voie processionnelle reliant le pylône de la Basse Époque à celui du temple d’Ouadjet, ce qui indique que cette voie a cessé d’être utilisée vers le milieu de l’époque ptolémaïque.
Le temple d’Ouadjet a été reconstruit sous le règne de Ramsès II, puis à nouveau sous celui d’Amasis II. Durant la période achéménide, il a été utilisé comme carrière.
Découverte d’une ville datant du Moyen Empire à Karnak
Parmi les réalisations majeures de 2025 figure la découverte de la plus ancienne ville et colonie datant du Moyen Empire dans l’enceinte des temples de Karnak. Les fouilles ont permis de mettre au jour une ville complète située à l’extrême sud-est du complexe, datant de la période du Moyen Empire (2050–1710 av. J.-C.), et utilisée pendant plus de mille ans.
Les travaux ont révélé une ville ou colonie implantée entre l’ancien mur en briques crues érigé par le roi Thoutmosis III (XVIIIe dynastie, Nouvel Empire) et l’imposant mur entourant le complexe de Karnak, construit sous le règne du roi Nectanébo Ier (XXXe dynastie).
L’importance de cette découverte réside dans le fait qu’il s’agit de l’une des plus anciennes, sinon la plus ancienne, colonies ouvrières mises au jour à Karnak. Cette implantation est restée en usage jusqu’au Nouvel Empire (1670–1069 av. J.-C.).
Patrimoine et identité
Les découvertes de 2025 ne constituent pas une simple augmentation numérique du nombre de pièces archéologiques mises au jour. Elles portent des dimensions plus profondes liées à l’identité, à la mémoire et à l’histoire partagée de l’humanité. Elles soutiennent également la stratégie de l’État visant à dynamiser le tourisme culturel et à relier les sites archéologiques au Grand Musée égyptien et à son système muséographique moderne.
Le bilan des découvertes archéologiques en Égypte en 2025 confirme une vérité immuable : la terre d’Égypte n’a pas encore livré son dernier mot. Chaque nouvelle découverte ouvre la porte à des questions plus profondes, et chaque objet exhumé renouvelle notre perception d’une histoire qui n’a jamais été un passé révolu, mais un présent vivant et en constante évolution. Dans un monde en quête de ses racines, l’Égypte demeure le point de départ et le point d’aboutissement.





